Louis XIV, fou de la guerre…bien aidé par Louvois

LouvoisS’il y a bien un aspect de la politique de Louis XIV qui restera à jamais gravé dans la mémoire populaire, c’est son goût pour la guerre et la gloire militaire. D’ailleurs sur les cinquante-quatre années de son règne personnel, il en consacra trente à faire la guerre. C’est aussi pour cette raison que son ministre le plus connu, avec Colbert, s’appelle François-Michel Le Tellier, que Louis XIV fit marquis de Louvois (1639-1691). A ce propos, si ces trente années font partie de l’histoire glorieuse de notre pays telle qu’on l’apprenait à l’école primaire au siècle précédent, c’est parce que la France était réellement la puissance dominante de l’Europe. Elle était tellement puissante cette France qu’elle pouvait se permettre d’entretenir, même en temps de paix, de grandes armées. Certains diront que Louis XIV avait aussi eu la chance d’hériter de l’œuvre de Richelieu et Mazarin, mais il a quand même élargi les frontières de la France dans des proportions importantes. Cela lui valut d’ailleurs l’hostilité des autres puissances européennes, au point de devoir affronter constamment des coalitions, alors que Richelieu et Mazarin avaient su fédérer autour d’eux presque tous les pays européens, à l’exception évidemment de la maison d’Autriche, laquelle rappelons-le détenait la couronne d’Espagne. Cela allait déclencher une guerre sur terre et sur mer qui devait durer treize ans (1701-1714), qui eut pour théâtre l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’est et le Nord de la France et les colonies, qui allait laisser exsangue le royaume tout en renforçant l’Autriche et l’Angleterre.

Fermons la parenthèse pour évoquer les réformes militaires mises en place durant le règne du Roi Soleil, qui furent l’œuvre des Le Tellier. Le père, Michel, était secrétaire d’Etat à la guerre depuis 1643, y associant à partir de 1662, avec vocation à le remplacer, son fils François-Michel, plus connu sous le nom de Louvois. En fait Louvois prit définitivement la place de son père en 1677 (alors âgé de 74 ans), pour rester en fonction jusqu’à sa mort en 1691. Cela dit, c’est surtout lui que l’histoire a retenu dans la réorganisation de l’armée, comme elle a retenu qu’il fut aussi un des personnages les plus haïs de son temps, à la fois orgueilleux, dur avec ses subordonnés et obséquieux envers les puissants. Il porte d’ailleurs une lourde part de responsabilité dans les excès de la politique protestante de Louis XIV, flattant toutes ses passions. Néanmoins ce travailleur acharné fut un remarquable organisateur de l’armée française, au point qu’il en fit l’outil de guerre le plus perfectionné du monde connu. En outre, comme son père, il savait s’entourer, les deux hommes ayant eu pour collaborateur le plus grand homme de guerre de son siècle, le maréchal de Turenne (1611-1675), qui reçut la dignité suprême de la part de Louis XIV, ce dernier faisant de lui le maréchal général des camps et armées de France (1660).

Si ces hommes là eurent autant d’importance dans la politique de Louis XIV, c’est parce que ce dernier considérait que si l’on ne faisait pas la guerre, il fallait se préparer à la faire, ce que d’aucuns ont appelé la paix armée ou l’armée permanente. A tout instant l’armée devait être prête à entrer en campagne. Ainsi, alors qu’en 1661 il n’y avait qu’un petit noyau de troupes permanentes, un peu plus de dix ans plus tard (1672) Louis XIV disposait de 60 régiments d’infanterie, chiffre porté à 250 en 1701. Au total, à ce moment, l’effectif moyen sur ce que l’on appela  le pied de paix représentait 125.000 fantassins et 47.000 cavaliers, chiffres tout à fait considérables pour l’époque. Tout était bon pour recruter des gens prêts à faire la guerre, le procédé traditionnel du racolage s’avérant très vite insuffisant compte tenu des besoins. Tout était bon signifie aussi que les recruteurs n’hésitaient pas à rentrer de force dans les maisons et à enlever les récalcitrants, les plus déterminés d’entre eux étant enchaînés comme des galériens. Mais ces enrôlements forcés n’étaient pas encore suffisants pour alimenter les troupes, d’où l’idée de Louvois de demander aux sujets du roi le service militaire, ce qui lui permit de créer la milice (1688). Ces miliciens, désignés par tirage au sort, ce qui faisait des heureux et des malheureux (ceux qui avaient tiré un billet noir), étaient chargés dans un premier temps de la défense des places fortes, avant de renforcer durant la guerre de la Succession d’Espagne, les armées en campagne.

Mais cette milice était évidemment encadrée par ce qui existait déjà par le passé, à savoir la maison du roi, la cavalerie et l’infanterie, puis, un peu plus tard, un corps spécial pour l’artillerie et divers services complémentaires. Cette maison du roi, dont l’effectif s’élevait à près de 15.000 hommes, était une troupe d’élite qui, maintes fois, décida de la victoire. La cavalerie restait encore l’armée la plus estimée, et, pour y entrer, un officier devait avoir fait ses preuves avec à son actif deux campagnes dans l’infanterie. A partir de 1687, l’invention par Vauban de la baïonnette à douille, qui enveloppait l’extrémité du canon sans l’obturer, permit de faire disparaître du paysage militaire les piquiers. A peu près à la même époque, le mousquet fut remplacé par le fusil à pierre, beaucoup plus maniables, ce qui entraîna de facto la fin des mousquetaires et leur remplacement par les fusiliers. En outre, faute de soldats pour servir les pièces d’artillerie, ce qui obligeait à emprunter des hommes à l’infanterie, Louvois organisa aussi des compagnies de canonniers et de bombardiers qui formèrent le corps de Royal Artillerie. Enfin Le Tellier, puis plus tard son fils, réorganisèrent complètement le service d’intendance, très rudimentaire jusque-là. Le Tellier le constitua en rassemblant le matériel qui permit d’assurer, sans recours « aux munitionnaires », la nourriture des troupes en campagne. Par la suite Louvois multiplia les magasins de ravitaillement aux lieux d’étapes et aux frontières : l’armée cessa ainsi de dépendre en totalité des pays qu’elle parcourait. Dans la foulée, on commença à ébaucher le service d’ambulance, avec création des hôpitaux et ambulances. L’Hôtel des Invalides, prévu pour héberger 7000 anciens soldats, servit d’asile, à partir de 1674, aux mutilés de guerre, jusque-là réduits à la mendicité. On comprend pourquoi il était aussi difficile de recruter !

Autre problème : comme les officiers civils, la plupart des grades militaires étaient vénaux. On achetait le commandement d’une compagnie ou d’un régiment, ce qui signifiait pour certains officiers qu’ils étaient ignorants, incapables, parfois très jeunes ou très vieux. Louvois ne supprima pas la vénalité, mais il obligea les officiers à s’instruire, ce qui permit la création des compagnies de cadets, recrutés tout naturellement parmi les jeunes nobles. Louvois exigea d’eux une discipline totale, obéissant aux ordres sans formuler la moindre réplique…ce qui ne se fit pas sans résistance, nombre de nobles se disant nés pour commander et non pour uniquement obéir. Cela dit, ils finirent par s’incliner. Enfin, les guerres de Louis XIV étant principalement des guerres de sièges, Louvois créa un nouveau corps particulier regroupant tous les officiers ingénieurs : la Direction générale du génie. Il mit à sa tête (1678), avec le titre de commissaire général des fortifications, le plus brillant ingénieur de l’époque, Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (voir mon article Vauban, l’homme qui a construit les frontières françaises). Le système de Vauban, créateur de la fortification moderne, fut imité par toute l’Europe, et fut efficace pendant plus de deux siècles.

esca


Vauban, l’homme qui a construit les frontières françaises

vaubanComme je l’ai déjà souligné dans mes précédents articles, la France fut à l’époque de Louis XIV considérée comme la puissance dominante en Europe, s’imposant notamment par sa forte population, son armée et sa marine puissante, sa diplomatie. Pour ce faire, Louis XIV avait su s’entourer d’une pléiade d’hommes parfois exceptionnels, tels que Colbert à qui j’ai consacré un article. Je n’en dirais pas autant de l’autre ministre important du roi, le secrétaire d’Etat pour la guerre François-Michel Le Tellier, que Louis XIV fit marquis de Louvois (1639-1691). Ce dernier en effet, s’il contribua largement à faire de l’armée française le plus perfectionné des outils de guerre, eut en revanche une influence politique détestable, portant une grande part de responsabilité dans les excès de la politique protestante du roi.

Autre brillante figure de l’entourage direct de Louis XIV et collaborateur de Louvois, Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), sans doute le plus grand des hommes de guerre français avant Napoléon, ce qui lui vaudra de recevoir en 1660 la dignité unique de maréchal-général des camps et armées de la France. Mais on n’omettra pas de citer le Maréchal de Luxembourg, qui s’illustra pendant la guerre de Hollande, pays dont il fut nommé gouverneur en 1672, sans oublier sa victoire sur le prince de Waldeck à Fleurus (1690), son nom figurant sur le monument élevé dans cette petite ville belge avec celui de Jourdan, le second vainqueur de Fleurus en 1794, et de Napoléon le troisième qui remporta là sa dernière bataille l’avant-veille de la défaite de Waterloo (18 juin 1815). N’oublions pas non plus Abraham Duquesne dit le Grand Duquesne (1610-1688),  un des plus grands officiers de la marine de guerre, ni le grand diplomate Hughes de Lionne (1611-1671), et enfin Vauban (1633-1707).

En 1651 Condé, gouverneur de la Bourgogne, traverse sa province. On lui présente un jeune homme de dix-sept ans, de vieille noblesse bourguignonne, qui n’a jamais quitté son village, et qui a appris plus ou moins seul les mathématiques et le dessin. Il s’appelait Sébastien Le Prestre avant de devenir marquis de Vauban et maréchal de France. De nos jours  nous dirions que c’était un autodidacte, terme ayant une connotation beaucoup plus positive qu’aujourd’hui. Condé décide de l’engager à la fois pour les combats, mais aussi pour qu’il poursuive ses études sur les fortifications. Cela lui vaudra à vingt-deux ans de recevoir un brevet d’ingénieur du roi, et de diriger le premier de ses cinquante sièges, sans qu’il en perdît un seul. « Citadelle assiégée par Vauban, citadelle prise », disait-on à l’époque. Pour mémoire, il faut rappeler que les guerres de Louis XIV furent avant tout des guerres de siège, d’où l’importance prise par Vauban aux yeux du roi.

Pendant quarante ans, Vauban va sans cesse arpenter les chemins du royaume, d’une frontière à l’autre, dans sa chaise de poste qui lui servait de cabinet de travail. Il y dirigeait les sièges, sa grande spécialité, et les travaux de fortifications. Il dressa les plans et dirigea les travaux de près de trois cents places fortes. Il a inauguré le tir à ricochet, les tranchées parallèles, faisant face à la place assiégée et reliant les boyaux d’approche. Au lieu des remparts en hauteur, il imagina les fortifications rasantes, protégées par des talus de gazon (glacis) et des fossés. Pour faciliter la défense il décida de tracer des murs en saillants et rentrants.

Partout il tira parti de la configuration du terrain, adaptant remarquablement la fortification au relief. Ainsi à Dunkerque, où il n’y avait à l’époque que du sable et de l’eau, Vauban y construisit ce que certains considèrent comme son chef d’œuvre, profitant des marées et plus généralement de la mer en captant les eaux pour les étendre au long des glacis. En revanche il se servira des eaux terrestres pour combattre l’ensablement du port. Tout était prévu pour que l’ensemble des éléments de la nature puissent servir, les Flandres étant pour lui d’abord un immense réservoir d’eaux dormantes qu’il suffit de pouvoir canaliser, afin de permettre aux vaisseaux de haut bord de disposer d’un passage.

Vauban coordonna aussi les places fortifiées dans un système de défense cohérent, organisé sur plusieurs lignes en profondeur. C’est pour cela que les historiens ont dit qu’il avait véritablement construit les frontières françaises. Il est vrai que cette redoutable ceinture de pierres,  édifiée un peu partout dans le pays, a constitué pour la France un atout considérable pour sa sécurité…qui fut imité un peu partout en Europe, et qui servit pendant plus de deux siècles, jusqu’à l’invention des explosifs à grande puissance et des armes à longue portée.

Mais Vauban ne fut pas seulement le créateur de la fortification moderne et un remarquable conducteur de sièges, comme je l’ai évoqué précédemment, car il fut aussi un intrépide soldat dans l’attaque comme dans la défense, au point qu’il reçut de Louvois l’ordre de ne pas « s’exposer inutilement ». Mais plus encore, cet homme modeste aux goûts simples fut un esprit curieux de tout et un cœur généreux. Emu par la misère du peuple à la fin du règne de Louis XIV, il proposa dans son livre écrit juste avant sa mort, la Dîme royale (1707), tout un plan de réformes qui ne fut, hélas, jamais appliqué et qui déplut au roi…qui ne lui en voulut pas pour autant. La preuve, apprenant la nouvelle de sa mort, Louis XIV n’hésita pas à dire : « Je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’Etat».

Michel Escatafal


La Fronde et les dernières années de Mazarin

La révolte appelée la Fronde, nom assimilé à un jeu d’enfant consistant à s’envoyer des cailloux avec des frondes, fut une période où effectivement les aspects puérils ne manquèrent pas, avec des gens changeant de camp avec désinvolture, pendant que d’autres se donnaient l’illusion d’être des acteurs de romans. Bref, la Fronde prit souvent l’allure d’une aventure presque légère, alors que dans sa finalité elle témoignait des prétentions qu’avaient les parlementaires à limiter l’absolutisme royal. Mais elle n’avait aucune chance d’aller au bout de ces prétentions, dans la mesure où les Grands ont souvent fait preuve d’un esprit d’indiscipline que l’on assimilerait presque de nos jours à de l’anarchie. Enfin, entre le peuple et les Grands, il y avait trop de distance et trop d’intérêts divergents pour que ce mouvement puisse aboutir à faire obstacle aux décisions arbitraires du gouvernement. Et tout cela sur fond de guerre avec l’Espagne, ce qui compromit les succès français et retarda d’autant la conclusion de la paix. Cela permit même à l’ennemi d’intervenir dans les affaires du royaume, sans parler des inévitables dévastations dans plusieurs provinces qui ne pouvaient qu’accroître la misère dans ces régions.

Il y eut deux phases successives dans la Fronde, à savoir la Fronde parlementaire en 1649 et la Fronde des princes entre 1650 et 1652. Cela étant, on retrouve tout au long de la période la même coalition du Parlement, du peuple parisien et des princes contre Mazarin et le pouvoir. La Fronde parlementaire dura à peine trois mois, puisque dès la fin du mois de janvier 1649, Condé, resté fidèle à la régente, bloqua Paris avec 15.000 hommes. Le Parlement aidé de l’intrigant Paul de Gondi, coadjuteur de l’archevêque de Paris, qui aspirait à remplacer Mazarin et à devenir cardinal, organisa la résistance. Quant aux bourgeois parisiens, aux princes et aux grandes dames, ils s’amusèrent à jouer à la guerre.  Mais très rapidement ce jeu n’amusa plus grand-monde, car les parlementaires, qui n’avaient jamais réellement cessé de maintenir le contact avec Mazarin, s’effrayèrent de l’ampleur de l’agitation populaire et manifestaient leurs craintes devant les menées des princes qui recherchaient l’alliance des Espagnols. Du coup, ils choisirent de traiter avec la régente, et signèrent la paix de Rueil le 30 mars 1649.

Mais cette paix n’allait pas durer très longtemps du fait de Condé et de Gondi. Le prince de Condé, en effet, se considéra après la signature de la paix de Rueil comme le sauveur de la royauté, et exigeait des récompenses qui exaspérèrent tellement Anne d’Autriche qu’elle le fit arrêter. Mais loin de calmer les ardeurs de ses amis, cette arrestation allait provoquer des soulèvements dans plusieurs provinces du royaume, la Normandie, la Guyenne, la Bourgogne et le Poitou, sous l’impulsion de la femme de Condé et de sa sœur, la duchesse de Longueville. Et pour couronner le tout, de Gondi, furieux de n’avoir pas obtenu le chapeau de cardinal qui lui avait été promis, entraîna de nouveau Paris et le Parlement dans la révolte (février 1651). Face à cette coalition de tous ses ennemis, Mazarin feignit une nouvelle fois de céder, quittant la Cour  (nuit du 6 au 7 février) et remettant Condé en liberté. Il partit donc en Allemagne (à Brülh près de Cologne), sachant très bien que cette coalition de circonstance ne pouvait déboucher à court terme que sur la discorde entre rebelles…ce qui ne manqua pas d’arriver, la France tombant dans l’anarchie.

Les Parisiens se brouillèrent avec Condé, qui se réfugia à Bordeaux, ne craignant pas de s’allier avec l’Espagne (septembre 1651). Turenne, après avoir été lui aussi frondeur avant de revenir très rapidement dans le parti du roi, fut chargé de le combattre. Pour mémoire, Condé et Turenne, furent les plus grands soldats de l’époque de Louis XIV. Fermons la parenthèse pour noter que l’épisode principal de cette guerre se déroula le 2 juillet 1652, lorsque Condé qui était remonté de Bordeaux avec ses troupes, après avoir battu le maréchal d’Hocquincourt à Blenau (7 avril 1652),  se trouva pris entre l’armée royale (regroupée par Turenne) et les murs de Paris où le Parlement ne voulait pas le laisser rentrer. Condé semblait avoir perdu la bataille lors des combats du Faubourg Saint-Antoine contre Turenne, quand le canon de la Bastille se mit à retentir contre les troupes du roi. En même temps la porte Saint-Antoine était ouverte, et Condé put ainsi se réfugier dans la ville, coup de théâtre dû à l’œuvre de Mademoiselle de Montpensier, dite la Grande Demoiselle, fille de Gaston d’Orléans, une romanesque princesse de vingt six ans qui se voyait jouer un grand rôle dans le futur…qu’elle ne jouera pas, puisqu’elle connaîtra l’exil jusqu’en 1657 (à Saint-Fargeau), et sera à jamais brouillé avec le roi son cousin germain.

Mais de nouveau les frondeurs furent incapables de s’entendre, et les princes, les parlementaires et Gondi recommencèrent leurs disputes. On se battit, dès le 4 juillet, à l’Hôtel de Ville, où des magistrats furent massacrés. Condé fut finalement obligé de quitter Paris et rejoignit aux Pays-Bas les Espagnols. Son départ marqua la fin de la guerre civile, le Parlement lui-même demandant au jeune roi (14 ans à peine) de rentrer avec sa mère dans la capitale, dans l’enthousiasme général (octobre 1652). Quant à Mazarin, dont le rôle fut loin d’être négligeable en coulisses pendant cette période, il ne rentra que quelques mois plus tard (février 1653), après que les colères se fussent apaisées. Il eut bien raison d’agir ainsi, car il eut droit aux plus grands honneurs, avec un banquet à l’Hôtel de Ville où l’on but à sa santé et à celle « de tous les Mazarins ». Il fut dès lors plus puissant qu’il ne l’avait jamais été, au point que le roi lui faisait la cour comme un simple courtisan, et cela allait durer jusqu’à la fin de sa vie.

Dans ses dernières années, Mazarin allait travailler principalement à terminer la guerre avec l’Espagne, négociant et concluant le traité des Pyrénées (7 novembre 1659), qui marqua la fin d’un conflit entre la France et l’Espagne commencé en 1635. C’est à cette occasion que Condé obtint le pardon du roi, ce dernier n’ayant pas la même attitude qu’avec la Grande Demoiselle. Il est vrai que Condé avait pour lui sa valeur militaire, ce qui explique la mansuétude du roi à son égard, d’autant qu’il savait qu’il n’allait pas tarder à régner seul. De son côté Mazarin continuait à oeuvrer pour rétablir l’autorité du roi et réorganiser l’administration, avec un Parlement réduit à une stricte obéissance, et la réinstallation des intendants qui avaient été supprimés pendant la Fronde. Le cardinal fit aussi en sorte d’offrir à Louis XIV des collaborateurs de grande valeur, qui deviendront un peu plus tard les ministres de Louis XIV, Le Tellier (qui deviendra marquis de Louvois) pour diriger l’administration militaire, et un jeune bourgeois, Colbert, qui après avoir été l’intendant particulier du cardinal, deviendra le ministre de l’économie et des finances de Louis XIV. Mazarin profita aussi de cette période pour refaire sa fortune personnelle après son exil, et faire celle de sa famille, notamment ses sept nièces qui l’avaient rejoint en France, et qu’il maria aux plus grands seigneurs du royaume.

Un dernier mot enfin, pour noter que, comme lors de chaque guerre civile, la Fronde avait couvert la France de ruines, mais avait aussi assuré le triomphe de l’absolutisme. En fait notre pays était avide de paix intérieure et attendait un maître qui la lui donnerait.  Et cela tombait bien, car après la mort de Mazarin (9 mars 1661),  le roi était bien décidé à régner en maître, d’autant qu’il avait été profondément marqué par la période qu’il avait vécue entre le 5 janvier 1649 (nuit des Rois) où il fut emmené au château de Saint-Germain et le moment où il rentra à Paris en octobre 1652, après avoir passé presque quatre années à courir les provinces au milieu des troupes dans les perpétuelles alertes de la guerre. Dès lors, il eut constamment la crainte des désordres et la ferme envie de ne plus tolérer la moindre résistance à ses commandements. Dit autrement, il avait la volonté d’être un monarque absolu, dans une période où son peuple n’aspirait plus qu’à obéir.

Michel Escatafal