France-Etats-Unis : Je t’aime, moi non plus…pour toujours

Avec l’avènement récent aux Etats-Unis et en France d’un nouveau président, Donald Trump et Emmanuel Macron, on a eu l’occasion d’entendre évoquer de nouveau, encore avant-hier soir lors de l’intervention d’Emmanuel Macron sur TF1 et LCI, l’amitié éternelle qui lie la France et les Etats-Unis, malgré quelques différents majeurs entre les deux chefs d’Etat sur le climat, la Corée du Nord ou l’Iran. Néanmoins ces désaccords n’ont pas empêché Donald Trump de rendre visite à Emmanuel Macron, lequel l’avait confié à assister au défilé du 14 juillet, défilé qui a énormément plu au président américain. Lesdits désaccords ne peuvent évidemment occulter aussi le fait que la France dispose avec les Etats-Unis d’un allié sûr qui, au cours du siècle dernier, a largement contribué à sauver notre pays face aux ambitions bellicistes de l’Allemagne de Guillaume II et d’Hitler. Voilà pour l’histoire récente et plus lointaine, en notant que jamais notre pays et son allié américain n’ont été en guerre, même si ces deux nations se sont affrontées très souvent dans leur histoire commune. Il est vrai que la France est une vieille nation, alors que les Etats-Unis n’ont même pas 250 ans d’existence. Cela étant l’une et l’autre se doivent beaucoup, même si chacune avait souvent son propre intérêt dans l’aide qu’elle apportait à l’autre. En disant cela, on est loin de ce que nous entendons habituellement sur le sujet.

Faisons donc un peu d’histoire pour se remémorer ce qui s’est passé entre ces deux nations. Tout a commencé en 1776, quand treize colonies anglaises proclamèrent leur indépendance. Aussitôt Vergennes, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, y vit l’occasion de prendre sa revanche sur l’Angleterre, qu’il assimilait à un « monstre contre lequel il convient d’être toujours préparé », et qui nous avait dépossédé de nos colonies en Amérique du Nord au traité de Paris du 10 février 1763, l’un des plus désastreux que notre pays ait dû signer. Même si Louis XVI n’était pas très enclin à aider des insurgés en lutte contre une monarchie, il décida finalement d’apporter son aide aux indépendantistes, malgré l’opposition de Turgot qui, considérant le mauvais état des finances, écartait toute idée de guerre. Toutefois il fallut que le marquis de La Fayette achetât lui-même son bateau, pour arriver à s’embarquer pour les Amériques avec des volontaires en 1777, et se mettre aux ordres de Georges Washington.

Après beaucoup d’épisodes guerriers au cours desquels La Fayette faillit perdre la vie, les Anglais capitulèrent à Saratoga ( 17 octobre 1777). Le 17 décembre Vergennes informa Benjamin Franklin, avec qui il avait négocié à Paris l’aide de la France un an auparavant, que celle-ci reconnaissait l’indépendance des Etats-Unis. Cependant ce n’est qu’en 1783 (traité de Versailles) que la victoire contre la puissance coloniale anglaise sera acquise définitivement, grâce aux 6000 hommes du contingent français sous le commandement de Rochambeau, et à l’escadre de 38 navires dirigée par l’amiral de Grasse, mais aussi à l’aide financière importante que la France avait apportée (6 millions de livres) malgré des finances publiques de plus en plus obérées.

Un autre évenement va contribuer à renforcer les bases de cette nouvelle nation : Bonaparte cède la Louisiane et la Floride, le 20 décembre 1803, pour 80 millions de francs. Il aura de ce fait largement contribué à la construction des Etats-Unis, même si au départ son idée était de faire de cette nouvelle nation une rivale maritime de l’Angleterre. A ce propos, il est curieux de constater que chaque fois qu’on favorise l’émergence d’une puissance pour en contrer une autre, cette nouvelle puissance finit toujours par dépasser ceux qui ont aidé à son développement. Voir la Chine de nos jours !

Les Américains qui ont largement bénéficié de l’aide de Napoléon Bonaparte pour agrandir leur pays, n’en seront pas pour autant reconnaissants avec le neveu de celui-ci, Napoléon III. En 1866, sachant le corps expéditionnaire français en difficulté au Mexique, le gouvernement américain qui venait d’achever la guerre de Sécession un an auparavant, multiplia les pressions pour que la France rapatrie ses troupes le plus rapidement possible. Ce fut fait un an plus tard dans des conditions tout à fait catastrophiques, qui discréditèrent à jamais Napoléon III, au point que certains dirent à l’époque « que jamais humiliation plus dure ne fut infligée au chef d’une grande nation ».

En revanche, comme je l’ai précédemment évoqué, une cinquantaine d’années plus tard, les Etats-Unis aideront la France et plus généralement les Alliés, lors de la première Guerre mondiale. En fait l’entrée en guerre des Etats-Unis fut tardive, le président Wilson, fils de pasteur et pacifiste convaincu, ne voulant à aucun prix intervenir dans « cette guerre civile » entre Européens. Malgré le torpillage du Lusitania (paquebot britannique) par les Allemands en 1915, qui fit 1000 morts dont 128 Américains, les Etats-Unis restaient fidèles à leur politique « de neutralité médiatrice ». Il fallut attendre janvier 1917, et la décision prise par les Allemands de faire la guerre sous-marine à outrance, entraînant un blocus de fait vis-à-vis des Etats-Unis, pour que ceux-ci décident enfin de rentrer dans la guerre (2 avril 1917). « La Fayette nous voilà ! ». Cette intervention sera évidemment décisive pour la victoire des Alliés.

Cette aide et la victoire qui suivit allaient permettre à l’Amérique de commencer à assurer son leadership sur le monde. Tout d’abord parce que les puissances européennes étaient exsangues, voire même complètement ruinées, et ensuite parce que les Etats-Unis allaient faire en sorte que la France ne profite pas de la victoire, alors que c’est elle qui a subi le plus durement cette guerre. N’oublions pas que la France avait perdu entre 1914 et 1918, 1400.000 morts contre 744.000 au Royaume-Uni, 750.000 à l’Italie et 68.000 aux Etats-Unis. A ces pertes sur les champs de bataille, il faut ajouter la surmortalité due aux mauvaises conditions d’hygiène, aux privations, aux épidémies, la France ayant vécu ce conflit sur son territoire.

Clémenceau, appelé le « Tigre», ne s’était pas trompé quand il avait annoncé : « Nous avons gagné la guerre, nous avons maintenant à gagner la paix ». Il savait bien que Français, Anglais et Américains ne feraient pas longtemps front commun dans la victoire. Il savait aussi que les Etats-Unis s’accommoderaient mal d’une France agrandie par le retour de l’Alsace-Moselle dans l’hexagone, et par l’extension de son empire colonial, avec « les mandats » qui lui furent accordés sur le Togo, le Cameroun, la Syrie et le Liban. De fait, les Etats-Unis en refusant de ratifier le traité de Versailles (1919), rendirent caduque la promesse américaine de garantie d’aide en cas de nouvelle attaque de l’Allemagne. Les Anglais inaugureront à cette occasion le suivisme que nous connaissons sur les positions américaines, en se dégageant à leur tour de cette promesse.

Dans cette affaire l’amitié américaine vis-à-vis de la France aura montré ses limites, et la Grande-Bretagne, qui voit sa puissance s’amoindrir rapidement au détriment de son cousin anglo-saxon, va désormais devenir l’alliée privilégiée des Etats-Unis. La France essaiera de participer à ce partenariat en se rapprochant de l’Amérique, avec le pacte signé en 1928 entre Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères, et Kellogg, secrétaire d’Etat américain, « qui interdit tout recours à la guerre comme instrument politique ». Ce pacte sera ratifié par 63 nations dont le Royaume Uni, mais aussi par l’Allemagne et le Japon. On sait ce qu’il advint onze ans plus tard.

La signature de ce pacte n’empêchera pas les Etats-Unis d’essayer d’affaiblir leur ancien partenaire, la France, taxée d’impérialisme, et de contribuer de tout leur poids au relèvement de l’Allemagne, assurément le meilleur contrepoids à la puissance française. Ils iront même plus loin en essayant de contrecarrer par tous les moyens le rapprochement franco-allemand qui se dessinait en 1925, quand Aristide Briand déclarait à Locarno le 16 octobre : « Les Etats-Unis d’Europe commencent ». Aujourd’hui leur position n’a guère changé sur l’Europe, même si l’Union Européenne est une réalité affirmée et, espérons-le, irréversible malgré les coups reçus ces derniers temps, tels que le Brexit, les désirs d’indépendance en Catalogne, en Flandres ou en Italie du Nord, sans oublier le poids politique grandissant dans de nombreux pays de l’U.E des populistes très à droite et très à gauche.

Fermons la parenthèse pour noter que ces évenements du début du vingtième siècle ont amené les Français à se méfier désormais de leurs grands alliés outre-Atlantique qui, il faut bien le dire, ne vont rien faire pour éviter cette défiance. Cela va entraîner dans notre pays des débats au sein de la droite française, voire même parfois à gauche, qu’on a du mal à imaginer de nos jours. En effet, si toute la droite dans notre pays était sensible au péril soviétique, l’unanimité fut loin d’être de mise sur le péril allemand, certains allant jusqu’à prôner un rapprochement avec l’Allemagne, doutant du soutien anglo-américain en cas de conflit avec cette dernière. Il faudra les accords de Munich en 1938 pour que les Français prennent conscience de la menace qui pesait sur eux, et que l’alliance avec les Britanniques était bien la seule réalité envisageable.

Ensuite ce sera la guerre, avec l’infamante capitulation de juin 1940 et l’appel du général de Gaulle. Là s’ouvre un autre épisode de la relation franco-américaine. Le général de Gaulle refusant l’effondrement de notre pays, voulait aussi que les Américains et les Anglais reconnaissent la France dans le jeu diplomatique, ce qu’ils avaient du mal à accepter. Après la libération du pays dans laquelle la contribution américaine fut capitale, le général de Gaulle maintiendra ses exigences, et la France retrouvera sa place à égalité avec les trois grands (Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne). Cependant, le règlement des questions internationales à Yalta (février 1945) se fera sans la France, même si elle finit par garder un siège permanent à l’ONU, et si elle obtenait une zone d’occupation en Allemagne.

Le général de Gaulle avait donc maintenu l’essentiel mais quand il quitta le pouvoir, en 1946, ses successeurs acceptèrent la solidarité atlantique face au « totalitarisme soviétique ». La France devenait dépendante de l’Amérique, et ses rêves de grandeur s’effondraient petit à petit. Les Etats-Unis feront le minimum pour aider la France en Indochine, et s’y installeront quelques années après pour leur malheur. Au moment de la nationalisation du canal de Suez par Nasser (1956), les Etats-Unis participeront activement à la déconfiture des pays qui ont attaqué l’Egypte, à savoir Israël, la Grande-Bretagne et la France. Le rôle de cette dernière a changé, nous sommes devenus une puissance moyenne comme d’ailleurs les autres grandes nations européennes.

Le retour du général de Gaulle va obliger les Etats-Unis à composer de nouveau avec la France. Celle-ci, au demeurant, se montrera d’une loyauté sans faille vis-à-vis de son allié américain, notamment dans l’affaire des fusées soviétiques à Cuba (octobre 1962). Mais de Gaulle voulait une France indépendante de l’Amérique, et décida de se retirer de l’OTAN en 1966, tout en restant dans l’Alliance Atlantique. Ses successeurs suivront globalement la même politique jusqu’en 2007, au point même que Français et Américains s’affrontèrent durement en 2003 au sujet de la guerre en Irak (discours de Dominique de Villepin à l’ONU), les Etats-Unis et la Grande-Bretagne partant en guerre sans l’aval de l’ONU. Cette politique d’indépendance allait aussi favoriser la construction européenne que les Etats-Unis n’ont jamais vue d’un très bon œil, du moins dans la conception fédéraliste de ceux qui l’avaient initiée. Le général de Gaulle avait plutôt une idée différente aboutissant à une confédération, dont la France serait bien évidemment le leader. Le traité de l’Elysée le 26 janvier 1963 avec Konrad Adenauer participait de cette démarche.

Ces derniers temps la France et les Etats-Unis ont retrouvé des relations davantage voire extrêmement cordiales, notamment dès l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007. Notre diplomatie était même devenue très dépendante de celle des Etats-Unis, au point que la France semblait abandonner la vocation d’équilibre qui était la sienne, avec la possibilité de parler avec tout le monde. Cette position a fait dire à certains que la France et l’Union Européenne devaient non pas s’aligner sur les positions souvent très contestables des Etats-Unis, mais au contraire affirmer leur place dans la construction d’un monde multipolaire, promouvant sur la scène internationale la paix et la stabilité du monde. Ce fut un peu le même reproche qui fut adressée à la France de François Hollande, dont la voix était inaudible sur la scène internationale. Il semble que celle d’Emmanuel Macron, très européenne, soit davantage écoutée que celles de ses prédécesseurs, ce qui n’empêche pas les Etats-Unis d’en faire à leur guise sur le plan diplomatique, surtout avec quelqu’un comme Donald Trump. Toutefois, cela ne nous empêchera pas de considérer les Etats-Unis comme un allié privilégié.

Michel Escatafal

Publicités

Juillet, un mois tellement spécial dans l’histoire de la Révolution française

prise de la BastilleAujourd’hui nous sommes le 20 juin, date anniversaire de la décision de Louis XVI de fermer la salle de réunion du tiers état, qui venait de se proclamer Assemblée Nationale le 17 juin 1789, après avoir compris que les réformes que les députés attendaient du roi ne se réaliseraient jamais. Cela avait incité un grand nombre de ces députés (578 sur 1118)  à se réunir dans la salle du Jeu de paume, sur proposition de Guillotin (père de la guillotine), et à jurer « de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides » (Serment du Jeu de Paume), ce qui constituait l’élément fondateur de la séparation des pouvoirs et de la souveraineté nationale. Cette décision du roi, qui avait même choqué des représentants du clergé, permit à Mirabeau, monstre d’éloquence s’il en fut, de rentrer dans l’histoire en s’écriant trois jours plus tard : « Allez dire à votre maître (le roi) que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». Face à cette fronde, le roi céda et demanda au clergé et à la noblesse de se réunir au tiers état, les Etats Généraux, ouverts le 5 mai à Versailles, devenant véritablement l’Assemblée Nationale.

Cela dit, puisque nous sommes à quelques jours du mois de juillet, je vais à présent évoquer quelques uns des évènements de ce mois tellement spécial dans l’histoire de notre pays en général, et de la Révolution en particulier. Cela commence par le 12 juillet 1789, jour où le peuple de Paris venait d’apprendre que le ministre des finances Necker était congédié par le roi, alors qu’il était considéré comme le seul protecteur du peuple, comme en témoigne son opposition à la décision de Louis XVI de fermer la salle de réunion du tiers le 20 juin. C’est Camille Desmoulins qui se chargea d’haranguer la foule, demandant de « courir aux armes » malgré la charge de la cavalerie du prince de Lambesc. Le lendemain, après que les Parisiens se furent armés en pillant tous les dépôts d’armes et les armureries, le peuple se rendit au couvent Saint-Lazare pour trouver du blé…qu’ils récupérèrent d’autant plus facilement (52 charrettes) que les religieux avaient préféré s’enfuir par peur des manifestants. Enfin, le 14 juillet, ce sera la prise de la Bastille, avec plusieurs épisodes qui sont restés dans l’histoire, notamment le refus du gouverneur de Launay de donner aux manifestants de la poudre et de baisser le pont-levis. Et pourtant la foule était importante, tellement importante (cent mille personnes) que cela évitera qu’on lui tire dessus, même si au moment où la foule s’est ruée sur le deuxième pont, il y a eu des coups de feu venant de la garnison, avant que celle-ci ne soit désarmée et que soient libérés les sept prisonniers. A onze heures du soir, l’essentiel était fait pour le peuple, et la Bastille définitivement tombée, comme en témoigne la tête sanglante du gouverneur, au bout d’une pique.

Un an plus tard fut fêtée l’anniversaire de la prise de la Bastille, laquelle deviendra le symbole de la Révolution. En fait les festivités ont commencé le 12 juillet 1790, avec la préparation d’une grande fête de la patrie qui eut lieu au Champ-de-Mars. Il aura fallu 15.000 ouvriers aidés par 100.000 volontaires pour construire l’esplanade où allait se dresser l’Autel de la patrie. Des gens venus de partout se rassemblèrent au chant de « Ah ça ira, ça ira, ça ira, celui qui s’abaisse on l’élèvera… ». Et le grand jour (14 juillet 1790) arriva, avec des dizaines de milliers de personnes massées sur le Champ-de-Mars et sur les collines tout autour, pour voir Louis XVI, roi des Français et non plus roi de France, prêter serment à la nouvelle constitution, jurant d’employer le pouvoir qui lui a été délégué « à maintenir et à faire exécuter les lois », ce qui lui valut les applaudissements de la foule, et des « Vive le roi » aussi nombreux que les « Vive la Nation ». Enfin pour couronner cette belle journée, Talleyrand, évêque d’Autun, célébra la messe en portant sur les épaules une étoile tricolore. Il ne restait plus qu’à aller danser au Pont-Neuf pour clore la fête.

En juillet 1791, la fête sera moins belle pour Louis XVI et la famille royale parce que, quelques jours auparavant, le 21 juin, le roi et sa famille s’étaient enfuis. Ils avaient été reconnus à Sainte-Menehould par le facteur Drouet, grâce à une pièce de monnaie, et, après avoir été arrêtés à Varennes, ils furent ramenés à Paris le 24 juin. Du coup, le 16 juillet 1791, Danton et ses amis du club des Cordeliers ont demandé au peuple de signer une pétition pour exiger l’abolition de la royauté. Quelle différence avec ce qui s’était passé au Champ-de-Mars l’année précédente ! Plus terrible encore, le marquis de la Fayette, un des grands ordonnateurs de la fête un an auparavant, et chef de la garde Nationale, fit tirer sur la foule, ce qui signifiait que le peuple venait de tirer sur le peuple !

En juillet 1792, alors que la patrie était en grand danger, les atermoiements du roi et l’utilisation de son droit de véto, avaient fini de le déconsidérer aux yeux du peuple, notamment quand l’Assemblée avait voulu organiser un camp de 20.000 fédérés, soldats venus de toute la France, pour protéger la capitale contre les ennemis qui frappaient à sa porte, ce que Louis XVI refusa. Cela lui avait valu de voir la foule se rendre aux Tuileries, où il résidait depuis octobre 1789, pour y subir maintes humiliations, y compris se voir coiffer par un manifestant du bonnet phrygien, ou encore être obligé de boire une rasade de vin contenu dans une bouteille tendue par un autre révolutionnaire. Désormais le roi n’allait plus être appelé que sous le nom de Capet, nom de la famille royale depuis Hughes Capet. Le 11 juillet 1792, une armée d’Autrichiens et de Prussiens fonça vers Paris pour envahir la capitale et libérer Louis XVI et sa famille, ce qui explique le véto du roi. Une action qui allait entraîner la réaction de l’Assemblée Constituante, celle-ci déclarant le 22 juillet « la Patrie en danger ». Résultat, des milliers de volontaires s’engagèrent dans cette armée, y compris des femmes qui iront jusqu’à se déguiser en hommes pour pouvoir se battre.

En juillet 1793 le roi n’était plus là, ayant été guillotiné sur la place de la Révolution (aujourd’hui de la Concorde) le 21 janvier 1793. Mais la révolution n’était pas terminée, d’autant que la Vendée, qui comptait encore beaucoup de royalistes, était à feu et à sang. Cette guerre civile allait faire des centaines de milliers de morts parmi les Vendéens. Il y avait aussi l’opposition entre les Girondins, avec à leur tête Brissot, Condorcet ou encore Pétion, qui passaient pour être des modérés et qu’on accusait d’avoir voulu sauver le roi, et les Montagnards qui eux-mêmes étaient divisés entre extrémistes assumés comme Robespierre et Saint-Just, un peu plus modérés comme Danton, ou plus extrémistes encore que Robespierre comme Marat. Ce dernier, ancien médecin appelé « l’Ami du peuple », fut assassiné le 13 juillet 1793 (à l’âge de 49 ans) par Charlotte Corday. Cette femme, qui avait préparé cet assassinat de longue date, allait faire de Marat une sorte de saint pour les révolutionnaires. A noter que Marat ne sera pas enterré au Panthéon comme le souhaitaient les Cordeliers, mais sous les saules du jardin de l’ancien couvent des Cordeliers devant une foule immense, notamment de pauvres gens. Charlotte Corday sera pour sa part guillotinée le 17 juillet.

L’année 1794 allait à son tour être très riche en évènements et pas seulement en juillet, avec tout d’abord la poursuite et l’extension des attaques contre le clergé, notamment le pillage des églises, celles-ci étant consacrées désormais à la déesse Raison. Ensuite, après avoir été porté en triomphe le 25 février 1794, parce qu’il souhaitait, comme Camille Desmoulins, la fin de la Terreur, Danton (34 ans) sera guillotiné avec Desmoulins, Fabre d’Eglantines, Héraut de Sechelles etc., le 5 avril 1794. C’était le triomphe de Robespierre et de ses amis comme Saint-Just, surnommé « l’Archange de la terreur ». Mais ce triomphe sera éphémère, puisque le 27 juillet 1794 Robespierre sera arrêté avec ses amis, et guillotiné le 28 (10 thermidor an 2). Le peuple ne le pleurera pas, contrairement à Marat ou Danton, ne serait-ce que parce que le 19 juillet 1794 le gouvernement avait fixé un prix maximum pour les salaires ! C’était la fin d’une période terrible, où énormément de sang avait été versé au nom de l’idéal révolutionnaire. La Révolution allait pouvoir enfin souffler, d’autant que la victoire de Jourdan à Fleurus sur les Autrichiens et leurs alliés anglais, le 26 juin 1794, allait libérer définitivement la France de la menace extérieure.

Michel Escatafal