Louis XV a fait de la France un pays affaibli et déclinant

louisXVLa période de gloire et de magnificence du Roi Soleil fut une époque où tous les souverains d’Europe (Angleterre, Espagne, Prusse, Russie…) se mirent à copier Versailles, faisant appel à des architectes, des peintres et des sculpteurs français. Ainsi on dessinait des jardins à la française, on cuisinait et on s’habillait à la française, on dansait le menuet et la gavotte comme à Versailles. Même notre langue devint de facto, à partir de 1697 (traité de Ryswick rédigé en français entre la France et les Provinces –Unies), la langue diplomatique, bien que la langue latine conservât ses droits jusqu’en 1763. Bref, la France de Louis XIV était une sorte de « phare de l’humanité », y compris à la fin de son règne, malgré les erreurs et les échecs du vieux roi.

Hélas pour l’orgueil national, cela ne dura pas, au point qu’en 1773 le monde regardait la France comme une puissance devenue secondaire dans le vrai sens du terme, ce qui signifie qu’elle n’était plus la nation prépondérante. Il est vrai que les successeurs de Louis XIV, le nonchalant Louis XV et le faible Louis XVI, ne firent rien pour stopper le déclin déjà amorcé dans les dernières années de la vie de Louis XIV, même si nombre d’historiens considèrent qu’il date de la révocation de l’Edit de Nantes (18 octobre 1685). Pour mémoire on rappellera que cette décision avait entraîné la fuite de près de 300.000 protestants pour des refuges tels que Berlin, Londres, Genève, Amsterdam ou Le Cap en Afrique du Sud, pays où l’on trouve nombre de noms à consonance bien française. Cette fuite fut surtout préjudiciable parce qu’elle concernait des gens issus de la bourgeoisie laborieuse, lesquels allaient offrir leurs talents à leur pays d’accueil. Talents d’autant plus importants que, contrairement aux nobles qui ne travaillaient pas ou si peu, ces exilés représentaient une des forces vives de la nation (négoce).

Cela dit, le déclin de la puissance française en Europe fut surtout due à une crise d’autorité comme la France n’en avait pas connu depuis longtemps. Louis XV en effet, fut un roi d’une insigne faiblesse, laquelle n’avait d’égale que son extrême paresse d’esprit. En fait, conscient de sa mollesse et de ses lacunes, les seules choses qui l’intéressaient réellement étaient la chasse, la cuisine, préparant lui-même des petits plats, et ses favorites. Pourtant son début de règne fut prometteur, un peu à l’image de ces empereurs romains auxquels on prêtait de grands desseins avant qu’ils ne provoquent de grandes déceptions (Caligula, Néron, Domitien, Commode), devenant très vite ce qu’on appellerait aujourd’hui une idole ou une grande star, sous sa perruque blanche qui mettait en évidence sa beauté aristocratique, au point de devenir pour ses sujets « le Bien–Aimé ». Il était tellement aimé, qu’à la nouvelle d’une maladie contractée à Metz, où il dirigeait la direction de la défense nationale, en pleine guerre de la Succession d’Autriche (en 1744), hommes et femmes de toute la France se précipitèrent dans les églises afin de prier pour sa guérison. On raconte même qu’à la seule sacristie de Notre-Dame de Paris, il fut demandé 6000 messes pour qu’il surmonte la maladie. Un an plus tard, il prit part à la bataille de Fontenoy (aujourd’hui en Belgique), célèbre pour son fameux « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! », victoire prestigieuse certes, mais qui sonna comme le chant du cygne de son règne.

En effet, comme je l’ai précédemment évoqué, l’espoir du peuple s’est assez rapidement envolé. Après la mort du ministre Fleury en 1743, par parenthèse à un âge canonique pour l’époque (90 ans), beaucoup pensaient que Louis XV allait enfin gouverner lui-même, disant à ceux qui lui annonçaient la fin du vieux cardinal : « Et bien, me voilà premier ministre », ce qu’il ne fut jamais, se contentant d’être roi en raison des privilèges et des plaisirs que la fonction était susceptible d’offrir. Pourtant toutes les fées semblaient s’être penchées sur son berceau avec, outre sa beauté naturelle, qui avait fait dire au marquis d’Argenson « qu’il ressemblait à l’amour », un esprit fin et une belle dose de bon sens. Il était aussi capable d’amitié et d’affection, accomplissant même strictement ses devoirs religieux. Cela étant, il était un personnage assez énigmatique, sujet à des sautes d’humeur déconcertantes. Bref, de gros défauts que certains attribuent au fait qu’ayant été roi très jeune (cinq ans), il n’avait été entouré sa vie durant que par des courtisans empressés à lui plaire, ce qui avait développé chez lui son plus terrible travers, à savoir un égoïsme exacerbé qui lui faisait oublier tous ses devoirs.

En fait, il ne s’intéressait quasiment pas aux affaires de l’Etat, suivant avec indifférence les séances du Conseil…parce que ça l’ennuyait. On notera d’ailleurs le contraste avec son arrière grand-père, Louis XIV, à qui il succéda en 1715. Toutefois il y eut au moins un point sur lequel il ressembla à son prestigieux prédécesseur : ses liaisons parfois dangereuses avec des femmes qui n’eurent pas toujours une bonne influence sur lui. Mais sur ce plan Louis XV fit beaucoup plus fort que le Roi soleil, au point que le roi de Prusse Frédéric parla de « règne des favorites » ou de celui « des cornettes et des cotillons ». Toutefois ce caractère volage n’apparut pas dans ses premières années de mariage. On dit même qu’au début, son mariage avec Marie Leczinska fut plutôt heureux, le couple ayant eu dix enfants, dont sept survécurent (six filles et un garçon). Mais son règne à peine commencé, l’influence de la reine, au demeurant plutôt effacée, s’estompa au profit des favorites.

La première qui joua un rôle politique fut la duchesse de Châteauroux (à partir de 1742), mais son influence dura peu, car elle mourut subitement en 1744. Ensuite ce fut une bourgeoise, Jeanne Poisson, qui lui succéda, au grand dam de la noblesse qui lui reprochait d’être la fille d’un père condamné à l’exil pour divers trafics frauduleux. Mais le roi n’eut cure de cette paternité et la fit marquise de Pompadour en 1745, après avoir été séparée légalement de son mari. Plus jeune que Louis XV, elle était assez jolie si l’on croit le portrait dessinée par Maurice-Quentin Delatour, datant de 1753, alors qu’elle était âgée de trente deux ans. Elle était également lettrée, et surtout dévorée d’ambition. Dès 1747, après avoir été officiellement présentée à la Cour, le roi lui donna un appartement au château de Versailles, qu’elle occupera pendant vingt ans, c’est-à-dire jusqu’à sa mort (1764). Et si elle resta aussi longtemps, c’est surtout parce qu’elle fut en fait la vraie souveraine, faisant et défaisant les ministres, allant jusqu’à confier ou retirer les commandements…aux armées.

Plus grave encore, l’arrivée à Versailles de « la Pompadour » marqua le début d’un terrible gaspillage qui se perpétua jusqu’à la fin du règne de Louis XV, lequel, livré à lui-même, se comporta comme un enfant gâté essayant de distraire son ennui. Quant à la favorite, elle chercha à assurer son crédit en multipliant les divertissements autour de Louis XV et en prodiguant de multiples largesses. Les « menus plaisirs » se révélèrent plus ruineux les uns que les autres, moins toutefois que les pensions distribuées aux courtisans. Par exemple, le prince de Condé touchait 500.000 livres, avant de voir sa dotation tripler (1.500.000 livres équivaudraient de nos jours à un peu moins de 4.000.000 d’euros)…pour payer ses dettes ! Une générosité pour quelques privilégiés qui absorbaient une bonne partie des revenus de l’Etat. Et à l’époque il n’y avait pas de Cour des Comptes, créée seulement en 1807, ce qui n’aurait sans doute rien changé si elle avait existé pendant le règne de Louis XV.

Comme évoqué précédemment, après la mort de Fleury, il n’y eut plus de premier ministre, et comme le roi n’en faisait pas fonction, le gouvernement se trouva sans réelle direction. Cela étant, parmi les différents ministres désignés par la faveur du roi ou de Madame de Pompadour, il y eut quand même quelques hommes à qui l’on peut reconnaître quelques mérites, et même un grand administrateur, le contrôleur général Machault. Remplaçant d’Orry en 1745, homme intègre et habile financier qui rétablit l’impôt du dixième après le désastre du système Law, Machault d’Arnouville était un ancien intendant réputé pour son énergie, au point qu’on le surnomma « Tête de fer ». Au lendemain de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), il entreprit de rétablir de nouveau la situation financière fortement dégradée par les dépenses militaires et le gaspillage de la Cour. Comme Fleury, Machault voulait faire des économies, tout en sachant que le seul remède véritable aux difficultés des finances publiques était de s’attaquer aux scandaleux privilèges des grands propriétaires fonciers qui échappaient à l’impôt.

En mai 1749, avec l’approbation du roi, Machault d’Arnouville abolit l’ancien dixième ressuscité par Orry en 1733. Il le remplaça par un impôt deux fois moins lourd, le vingtième, mais prélevé sur les revenus de tous, privilégiés ou non, pour assurer graduellement le remboursement de la dette. Une bonne décision qui ne fit pas long feu, puisque le vingtième, comme autrefois la capitation ou le dixième, se heurta à la résistance farouche des privilégiés, à commencer par les Parlements (Paris et province), et le clergé. Résultat, Louis XV céda, et le clergé comme les autres privilégiés furent exemptés, la charge retombant sur le peuple. Cette reculade eut pour premier effet de voir s’élever une antipathie de plus en plus marquée entre le peuple et le souverain, plus particulièrement le peuple de Paris, même si le roi fut dans un premier temps davantage épargné que la marquise de Pompadour ou les courtisans avides de faveurs et hostiles à toute réforme. Cette hostilité ne fit que croître jusqu’en 1774, année de la mort de Louis XV.

Michel Escatafal


Louis XIV, fou de la guerre…bien aidé par Louvois

LouvoisS’il y a bien un aspect de la politique de Louis XIV qui restera à jamais gravé dans la mémoire populaire, c’est son goût pour la guerre et la gloire militaire. D’ailleurs sur les cinquante-quatre années de son règne personnel, il en consacra trente à faire la guerre. C’est aussi pour cette raison que son ministre le plus connu, avec Colbert, s’appelle François-Michel Le Tellier, que Louis XIV fit marquis de Louvois (1639-1691). A ce propos, si ces trente années font partie de l’histoire glorieuse de notre pays telle qu’on l’apprenait à l’école primaire au siècle précédent, c’est parce que la France était réellement la puissance dominante de l’Europe. Elle était tellement puissante cette France qu’elle pouvait se permettre d’entretenir, même en temps de paix, de grandes armées. Certains diront que Louis XIV avait aussi eu la chance d’hériter de l’œuvre de Richelieu et Mazarin, mais il a quand même élargi les frontières de la France dans des proportions importantes. Cela lui valut d’ailleurs l’hostilité des autres puissances européennes, au point de devoir affronter constamment des coalitions, alors que Richelieu et Mazarin avaient su fédérer autour d’eux presque tous les pays européens, à l’exception évidemment de la maison d’Autriche, laquelle rappelons-le détenait la couronne d’Espagne. Cela allait déclencher une guerre sur terre et sur mer qui devait durer treize ans (1701-1714), qui eut pour théâtre l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’est et le Nord de la France et les colonies, qui allait laisser exsangue le royaume tout en renforçant l’Autriche et l’Angleterre.

Fermons la parenthèse pour évoquer les réformes militaires mises en place durant le règne du Roi Soleil, qui furent l’œuvre des Le Tellier. Le père, Michel, était secrétaire d’Etat à la guerre depuis 1643, y associant à partir de 1662, avec vocation à le remplacer, son fils François-Michel, plus connu sous le nom de Louvois. En fait Louvois prit définitivement la place de son père en 1677 (alors âgé de 74 ans), pour rester en fonction jusqu’à sa mort en 1691. Cela dit, c’est surtout lui que l’histoire a retenu dans la réorganisation de l’armée, comme elle a retenu qu’il fut aussi un des personnages les plus haïs de son temps, à la fois orgueilleux, dur avec ses subordonnés et obséquieux envers les puissants. Il porte d’ailleurs une lourde part de responsabilité dans les excès de la politique protestante de Louis XIV, flattant toutes ses passions. Néanmoins ce travailleur acharné fut un remarquable organisateur de l’armée française, au point qu’il en fit l’outil de guerre le plus perfectionné du monde connu. En outre, comme son père, il savait s’entourer, les deux hommes ayant eu pour collaborateur le plus grand homme de guerre de son siècle, le maréchal de Turenne (1611-1675), qui reçut la dignité suprême de la part de Louis XIV, ce dernier faisant de lui le maréchal général des camps et armées de France (1660).

Si ces hommes là eurent autant d’importance dans la politique de Louis XIV, c’est parce que ce dernier considérait que si l’on ne faisait pas la guerre, il fallait se préparer à la faire, ce que d’aucuns ont appelé la paix armée ou l’armée permanente. A tout instant l’armée devait être prête à entrer en campagne. Ainsi, alors qu’en 1661 il n’y avait qu’un petit noyau de troupes permanentes, un peu plus de dix ans plus tard (1672) Louis XIV disposait de 60 régiments d’infanterie, chiffre porté à 250 en 1701. Au total, à ce moment, l’effectif moyen sur ce que l’on appela  le pied de paix représentait 125.000 fantassins et 47.000 cavaliers, chiffres tout à fait considérables pour l’époque. Tout était bon pour recruter des gens prêts à faire la guerre, le procédé traditionnel du racolage s’avérant très vite insuffisant compte tenu des besoins. Tout était bon signifie aussi que les recruteurs n’hésitaient pas à rentrer de force dans les maisons et à enlever les récalcitrants, les plus déterminés d’entre eux étant enchaînés comme des galériens. Mais ces enrôlements forcés n’étaient pas encore suffisants pour alimenter les troupes, d’où l’idée de Louvois de demander aux sujets du roi le service militaire, ce qui lui permit de créer la milice (1688). Ces miliciens, désignés par tirage au sort, ce qui faisait des heureux et des malheureux (ceux qui avaient tiré un billet noir), étaient chargés dans un premier temps de la défense des places fortes, avant de renforcer durant la guerre de la Succession d’Espagne, les armées en campagne.

Mais cette milice était évidemment encadrée par ce qui existait déjà par le passé, à savoir la maison du roi, la cavalerie et l’infanterie, puis, un peu plus tard, un corps spécial pour l’artillerie et divers services complémentaires. Cette maison du roi, dont l’effectif s’élevait à près de 15.000 hommes, était une troupe d’élite qui, maintes fois, décida de la victoire. La cavalerie restait encore l’armée la plus estimée, et, pour y entrer, un officier devait avoir fait ses preuves avec à son actif deux campagnes dans l’infanterie. A partir de 1687, l’invention par Vauban de la baïonnette à douille, qui enveloppait l’extrémité du canon sans l’obturer, permit de faire disparaître du paysage militaire les piquiers. A peu près à la même époque, le mousquet fut remplacé par le fusil à pierre, beaucoup plus maniables, ce qui entraîna de facto la fin des mousquetaires et leur remplacement par les fusiliers. En outre, faute de soldats pour servir les pièces d’artillerie, ce qui obligeait à emprunter des hommes à l’infanterie, Louvois organisa aussi des compagnies de canonniers et de bombardiers qui formèrent le corps de Royal Artillerie. Enfin Le Tellier, puis plus tard son fils, réorganisèrent complètement le service d’intendance, très rudimentaire jusque-là. Le Tellier le constitua en rassemblant le matériel qui permit d’assurer, sans recours « aux munitionnaires », la nourriture des troupes en campagne. Par la suite Louvois multiplia les magasins de ravitaillement aux lieux d’étapes et aux frontières : l’armée cessa ainsi de dépendre en totalité des pays qu’elle parcourait. Dans la foulée, on commença à ébaucher le service d’ambulance, avec création des hôpitaux et ambulances. L’Hôtel des Invalides, prévu pour héberger 7000 anciens soldats, servit d’asile, à partir de 1674, aux mutilés de guerre, jusque-là réduits à la mendicité. On comprend pourquoi il était aussi difficile de recruter !

Autre problème : comme les officiers civils, la plupart des grades militaires étaient vénaux. On achetait le commandement d’une compagnie ou d’un régiment, ce qui signifiait pour certains officiers qu’ils étaient ignorants, incapables, parfois très jeunes ou très vieux. Louvois ne supprima pas la vénalité, mais il obligea les officiers à s’instruire, ce qui permit la création des compagnies de cadets, recrutés tout naturellement parmi les jeunes nobles. Louvois exigea d’eux une discipline totale, obéissant aux ordres sans formuler la moindre réplique…ce qui ne se fit pas sans résistance, nombre de nobles se disant nés pour commander et non pour uniquement obéir. Cela dit, ils finirent par s’incliner. Enfin, les guerres de Louis XIV étant principalement des guerres de sièges, Louvois créa un nouveau corps particulier regroupant tous les officiers ingénieurs : la Direction générale du génie. Il mit à sa tête (1678), avec le titre de commissaire général des fortifications, le plus brillant ingénieur de l’époque, Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (voir mon article Vauban, l’homme qui a construit les frontières françaises). Le système de Vauban, créateur de la fortification moderne, fut imité par toute l’Europe, et fut efficace pendant plus de deux siècles.

esca


La triste fin du règne de Louis XIV

Louis XIVRares sont les grands rois ou empereurs qui ont laissé à leur mort leur royaume ou leur empire en bonne santé. Louis XIV fait partie de cette catégorie de monarques qui, pour ajouter de la gloire à leur gloire, en firent tant et plus qu’à la fin ils moururent haïs de tous en laissant leur pays exsangue, suite à une succession de guerres le plus souvent inutiles et tellement dévastatrices pour le peuple. En fait, dans le cas de Louis XIV, il a vécu une quinzaine d’années de trop pour que son image la plus glorieuse résiste à la postérité. Cela correspond au temps que dura la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), où la France dut affronter une coalition formée de l’Angleterre, la Hollande, l’Empire, la Suède et le Danemark. Tout le monde n’a pas eu la chance de Jules César, mort au faîte de sa gloire !

Parlons à présent des années tragiques pour la France du début du dix-huitième siècle. A cette époque, pour la première fois depuis les débuts de son règne, les armées de Louis XIV subissent de graves défaites répétées : tout d’abord en Bavière (Blenheim) en 1704, où les troupes françaises furent battues par les Autrichiens du prince Eugène, et les Anglais de John Churchill, futur duc de Malborough. On notera pour l’histoire  que c’est cette même année que les Anglais se sont emparés de Gibraltar…qui est encore territoire britannique de nos jours. Fermons la parenthèse, pour noter que les Espagnols ont changé de roi, le Bourbon Philippe V étant remplacé par l’archiduc Charles, futur empereur d’Allemagne.

Plus tard les Français seront battus à Ramillies, à Turin à l’issue d’un long siège (1706), à Oudenarde (1708). Ces batailles perdues se sont toutes achevées en débandade, des places bien pourvues en hommes et en munitions se rendant sans résistance, ce qui fit dire à Louis XIV : « Je ne reconnais plus les Français ».  Il faut dire qu’en plus de ces guerres contre des coalitions étrangères, Louis XIV devait aussi affronter le soulèvement des protestants des Cévennes, les Camisards emmenés par Cavalier.

Cela étant, Louis XIV aurait quand même dû réaliser que les Français souffraient de plus en plus, à force de voir les magasins se vider, à force aussi de manquer d’argent, sans parler des soldats mal payés qui désertaient par milliers. Ou était passée cette armée de 280.000 hommes, chiffre énorme pour l’époque, qui faisait la fierté du royaume au début des années 1660 ? Il est vrai qu’à ce moment le pays était relativement riche, avec un trésor bien pourvu par Colbert, un trésor dans lequel les diplomates pouvaient puiser pour acquérir des alliances. Ce n’est pas pour rien que l’on dit que « l’argent est le nerf de la guerre » !

En outre, comme si ces guerres ne suffisaient pas au malheur des Français, le pays devait subir les caprices du temps, notamment en 1709, où, lors d’un hiver terrible, des provinces entières mourraient de faim, et où à Paris, de mars à septembre, les attroupements et les émeutes ne cessaient pas. Cependant, même si cette année 1709 est à souligner, ce n’était pas le premier annus horribilis que subissait le pays, car les famines et les misères avaient commencé bien avant.

Devant tout ce désarroi, le roi semblait désemparé, au point de finir par écouter ceux qui lui conseillaient de changer d’attitude vis-à-vis des pays ennemis. Il faut savoir en effet que, depuis 1705, un « parti de la paix » existait à la Cour, avec notamment Chamillart et Chevreuse, en rappelant que la guerre de Succession d’Espagne avait commencé en 1701. Madame de Maintenon, elle-même, préférait une capitulation à la continuation de la guerre, n’hésitant pas à dire : « Il faut céder à la force, au bras de Dieu qui est réellement contre nous. Notre roi est trop glorieux, il veut l’humilier pour le sauver. Notre nation était insolente et déréglée, Dieu veut la punir et l’éclairer ». Fénelon tient le même langage : «  La paix, la paix à quelque prix que ce puisse être ».

Louis XIV finit par se laisser convaincre et tenta de négocier. Mais les exigences des ennemis étaient trop énormes pour pouvoir aller au bout de ces négociations. En effet, ils exigaient que la France renonce à l’Alsace, la Franche-Comté et l’Artois, ce qui était tout à fait inacceptable. Du coup, le vieux roi décide de poursuivre la lutte, lançant même une souscription pour pouvoir former une nouvelle armée, lui-même donnant l’exemple en vendant sa vaisselle en or. Les années 1710-1711 marquent une résistance très ferme des troupes françaises, mais en en 1712 la situation demeure très préoccupante, avec 130.000 Hollandais et Impériaux qui se préparaient à envahir la France.

Il faut savoir qu’en 1710, Louis XIV, qui ne disposait plus que de 70.000 hommes, avait confié son armée au maréchal Villars pour sauver le pays, ce qui sera fait après la bataille de Malplaquet (Flandres), qui ne vit ni vainqueurs, ni vaincus. Par ailleurs le duc de Vendôme remporta sur les Impériaux une bataille décisive à Villaviciosa (décembre 1710), ce qui permit le rétablissement sur le trône d’Espagne de Philippe V, les Anglais ne voulant en aucun cas que se reconstitue l’empire de Charles Quint. Une manière aussi de protéger Gibraltar, fraîchement récupérée par la couronne anglaise.

La victoire de Denain, en 1712, ferma le chemin de Paris aux envahisseurs, ce qui permit à la France de signer les traités de paix d’Utrecht et Rastadt (1713-1714), à des conditions nettement moins défavorables que celles qui furent proposées à Louis XIV quelques années auparavant. Certes la France abandonna quelques importants territoires en Amérique du Nord (une partie de l’Acadie, Terre-Neuve, Baie d’Hudson), mais l’essentiel des conquêtes de Louis XIV était sauvé, alors que  l’Espagne, où les Bourbons règnent encore, devenait une puissance de second ordre, après avoir perdu ses possessions en Italie (Milanais, royaume de Naples, Sardaigne) et la partie des Pays-Bas qui lui restait, ce qui correspondait à l’actuelle Belgique, attribuées à la maison d’Autriche, l’Angleterre recevant Minorque en plus de la confirmation du rattachement de Gibraltar déjà conquise.

Un an plus tard, le 1er septembre 1715, Louis XIV mourut, laissant une France ruinée et lasse des guerres, une France qui accueillit la mort de Louis XIV comme une délivrance. Comme l’a écrit Voltaire à propos du passage du cortège funèbre : « J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on riait ».  Tout est dit dans ce jugement du peuple ! Et encore ce peuple ne réalisait pas que son pays était en train d’abandonner la prépondérance en Europe qui était la sienne jusque là, au profit de l’Angleterre.

Michel Escatafal


La vie de chaque jour sous le règne de Louis XIV

paysans sous Louis XIVPour terminer ce petit cycle sur Louis XIV, nous allons essayer de regarder comment vivait le peuple à son époque, en notant tout d’abord que la vie à ce moment de notre histoire n’avait guère évolué depuis le moyen-âge, plus particulièrement à la campagne. Ensuite les différences entre classes sociales étaient beaucoup plus marquées que de nos jours, même si ces inégalités se sont beaucoup creusées depuis une trentaine d’années. Il est vrai qu’ au siècle du Roi Soleil il n’y avait pas le plus petit amortisseur social, ce qui signifie que l’on pouvait voir des gens mourir de faim, alors que d’autres au contraire pouvaient perdre la vie chaque jour d’indigestion…sans que cela n’inquiète les hauts représentants du clergé, dans cette France pourtant tellement empreinte de chrétienté.

Ces inégalités se manifestaient dans tous les domaines de la vie, à commencer par le logement. A la campagne les maisons étaient faites en bois et torchis, avec un toit de chaume. Il y avait généralement une grande pièce, avec une fenêtre sans vitre et une cheminée, séparée de l’étable par une cloison. On s’éclairait avec un lampion à huile, ou dans les grandes occasions à la chandelle. L’ameublement était très sommaire avec un lit, un grabat pour les enfants, une table avec des bancs, des écuelles en bois ou en terre, et des cuillères de fer ou d’étain. Les habitants des villes, du moins les classes poulaires comme nous dirions aujourd’hui, n’étaient pas mieux lotis, s’entassant dans des maisons construites en bois enduit de plâtre, aux façades étroites, avec boutiques et auvents au rez-de-chaussée, ce qui obligeait les gens à emprunter un escalier tortueux pour accéder à leur logement. On imagine aisément !

En revanche les hôtels particuliers des nobles et des riches bourgeois étaient bâtis en pierre de taille, comme les bâtiments publics, avec de vastes pièces bien éclairées par de hautes fenêtres, de grandes portes cochères pour l’entrée des carrosses, une cour intérieure et des jardins de plaisance. Ces hôtels particuliers étaient au nombre de sept cents environ à Paris vers la fin du dix-septième siècle, à comparer aux vingt-trois mille maisons que comptait la capitale. Cela dit, même si le confort dans ces demeures de luxe était incommensurablement plus développé que dans les habitations du bas peuple, le chauffage et l’éclairage (chandelle de suif) n’avaient guère évolué depuis la fin du règne de Saint-Louis, c’est-à-dire quatre cents ans auparavant.

A ce propos, il faut noter que si les Romains avaient inventé le chauffage central à air chaud, ce mode de chauffage n’a jamais été repris depuis des siècles, y compris dans les belles demeures où la cheminée était privilégiée. Résultat, tout le monde avait froid, au point que la Maréchale de Luxembourg se calfeutrait dans une chaise à porteurs, la tête recouverte de plusieurs coiffes, ce qui lui faisait dire : « Je deviens sourde à la Saint-Martin (11 novembre) et ne retrouve l’ouïe qu’à Pâques ». En fait, les seules personnes supportant le froid étaient celles qui travaillaient dur, donc les plus endurcies. Cela dit, globalement le froid faisait de nombreuses victimes chaque hiver.

En ce qui concerne l’habillement, chaque costume était règlementé selon les classes sociales. Le campagnard portait des vêtements de toile ou de drap grossier, et marchait pied nus ou en sabot. Le dimanche et jours de fête, les plus aisés mettaient des souliers. Les femmes du peuple étaient habillées avec des tissus bon marché et des petits draps, notamment la grisette. Evidemment, les bourgeois achetaient des étoffes infiniment plus confortables, draps sombres pour les hommes, et camelots de Hollande et soie tramée de laine ou de coton pour les femmes. A noter qu’après 1663, à l’exemple du roi devenu chauve à moins de vingt ans suite à sa maladie contractée à Calais (en 1658), sans doute le typhus, l’usage de la perruque s’est généralisée.

L’alimentation au dix-septième siècle différait très sensiblement de la nôtre aujourd’hui. Certains légumes, communs aujourd’hui, étaient alors une rareté, par exemple les petits pois considérés comme un met de grand luxe, de même d’ailleurs que la pomme de terre, très répandue en Allemagne et en Angleterre, mais presque inconnue en France, sauf dans quelques provinces, par exemple le Vivarais (Ardèche). Les oranges aussi, mises au goût du jour par le roi, ne se trouvaient que sur les tables des riches. Le sucre coûtait très cher, tout comme à leur apparition dans la seconde moitié du siècle le thé, le chocolat et le café. Mais le plus étonnant résidait surtout dans la manière de cuisiner : les potages à la volaille, notamment, avaient bouilli pendant…dix à douze heures, ce qui avait le mérite de compenser le manque d’hygiène pour tuer ces volailles. On mettait aussi beaucoup de parfums dans les viandes, les sauces ou les confitures.

Les menus des classes riches étaient pantagruéliques, avec plusieurs services de nombreux plats. La princesse Palatine (belle sœur de Louis XIV) écrivait à ce propos : « J’ai souvent vu le roi manger quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de jambon, du mouton au jus et à l’ail, une assiette de pâtisseries et puis encore des fruits et des œufs durs ». Un repas que les sumotori n’auraient pas renié! En revanche la masse du peuple vivait surtout de pain grossier et compact, de soupe plus ou moins à l’eau et de légumes, la viande étant naturellement un luxe pour cette catégorie de citoyens. En outre les disettes étaient fréquentes, ce qui faisait que les trois-quarts de la population étaient gravement sous-alimentés.

Comme on peut l’imaginer, l’hygiène la plus élémentaire était complètement ignorée. En ville, les maisons, y compris le Palais de Versailles, n’avaient pas de vrais lieux d’aisance. On jetait les immondices par la fenêtre en criant : « Gare à l’eau » ! Les tas d’ordures s’entassaient devant les portes, le long des ruelles empuanties. On buvait l’eau des puits à la campagne, et à Paris l’eau de la Seine. Par ailleurs personne n’avait le souci de l’hygiène corporelle, y compris les riches bourgeois et les nobles pour qui prendre un bain constituait une véritable épreuve…qu’ils ne voulaient pas endurer. Enfin dans les hôpitaux, les malades, contagieux ou non, couchaient à deux, à trois ou même quatre par lit, ce qui permettait aux épidémies de prospérer. La peste apparut plusieurs fois dans le siècle, et la typhoïde et la variole faisaient de terribles ravages. La mortalité infantile était considérable, au point que la durée moyenne de vie des Français n’atteignait pas trente ans.

Cette situation était due également au fait que la médecine ne progressait pas depuis des années. Il suffit de voir comment on a soigné Louis XIV quand il fut atteint de sa maladie à Calais, essentiellement à base de saignées, de purges et de lavements (Louis XIV en aurait reçu entre 1500 et 2000 au cours de son existence !). La Faculté de Paris, par exemple, en proie à des querelles qui n’auraient pas dû être, se montrait constamment hostile aux nouveautés. Ainsi elle rejeta longtemps la théorie de l’Anglais Harvey sur la circulation du sang, qui affirmait que le cœur, et non pas le foie, est bien le centre de la circulation sanguine. Les caricatures de Molière ne faisaient d’ailleurs que traduire la réalité concernant ces charlatans qu’étaient en vérité les médecins, lesquels n’hésitaient pas à prescrire pour soigner leurs malades des bouillons de vipère, de la fiente d’oie ou de la cendre d’abeille. Enfin, on notera que les chirurgiens ne faisaient aucune étude médicale, avant d’exercer leur métier de barbiers-chirurgiens, les barbiers transformant leur rasoir en bistouri.

La situation n’était guère meilleure dans l’éducation que dans la médecine, la masse du peuple demeurant aussi ignorante qu’au moyen-âge. En 1684, à l’apogée du règne de Louis XIV, près de 80% des nouveaux époux sont incapables de signer leur acte de mariage (86% pour les femmes et 70% pour les hommes).  S’il en était ainsi, c’était tout simplement parce que les petites écoles, où pouvaient aller les enfants des villageois et des compagnons des villes, étaient payantes (3 à 5 sous par mois), et elles étaient complètement désertées à la campagne entre Pâques et la Toussaint, c’est-à-dire au plus fort des travaux des champs.

Pour ceux qui néanmoins allaient à l’école, ils apprenaient à lire en latin, puis en français. Ensuite on enseignait l’écriture, quelques éléments de calcul, et bien évidemment le catéchisme, le maître étant en réalité un auxiliaire du curé, remplissant aussi les fonctions de chantre, sacristain, fossoyeur et parfois de chirurgien et d’horloger. En revanche les fils des nobles  et des riches bourgeois étaient instruits à domicile dans un premier temps par un précepteur, puis au Collège de la ville voisine tenu par des religieux, le plus souvent des Jésuites. De 14 à 18 ou 20 ans, le garçon apprenait le latin, un peu de grec ancien, quelques notions d’histoire et géographie, et les rudiments des sciences. Plus tard, à l’Université, il pouvait prendre ses grades de licencié et de docteur.

Michel Escatafal


L’œuvre de Colbert, sans équivalent dans l’histoire de notre pays

colbertL’oeuvre de Colbert est multiple, à la mesure des fonctions qui lui étaient dévolues, ce qui signifie qu’elle eut une importance capitale dans les finances, mais aussi dans l’industrie, les douanes, les colonies et la marine. Le sujet des finances a déjà été évoqué précédemment, mais cela ne nous empêche pas d’insister sur le fait qu’il fallait s’appeler Colbert pour ne pas être découragé d’avance devant la situation économique de la France en 1661. Il fallait aussi et surtout être rompu depuis une vingtaine d’années, auprès des divers ministres, à la pratique des affaires administratives, et donc posséder une longue expérience, la passion de l’ordre et du détail pour pouvoir assumer une tâche considérable…qu’il ne pourra toutefois mener à bien qu’en partie, ce qui finit par l’épuiser et le désespérer.

Passons à présent aux autres aspects de l’œuvre de Colbert, à commencer par l’agriculture qui avait à cette époque un rôle infiniment plus important que de nos jours, en premier lieu celui d’assurer la subsistance de la population du royaume. L’industrie pour sa part devait non seulement fournir le nécessaire aux Français, mais aussi produire pour l’exportation, de manière à faire rentrer de l’or. C’est la raison pour laquelle, après une intense et minutieuse enquête, toujours ce souci de la bonne information, Colbert dressa un véritable plan de créations d’industries, aidant certains fabricants, leur accordant des avances de capitaux ou des primes. Il créa aussi des manufactures royales subventionnées et exemptées d’impôts, mais aussi des manufactures du roi (comme les Gobelins dont l’œuvre avait été renouvelée par Henri IV), qui sont de véritables ateliers d’Etat. Mais Colbert s’appliquera surtout à développer les industries du luxe, notamment la soierie, les verreries et les tapisseries, faisant appel au besoin à des spécialistes étrangers payés à prix d’or.

Ces spécialistes étaient des Suédois pour la métallurgie de Saint-Etienne et de Grenoble, des Vénitiens pour les glaces et la broderie, des Milanais pour les soieries. Ils pouvaient aussi être hollandais, comme on disait à l’époque, pour les draps d’Abbeville, ou danois pour une fabrique de goudron. Pour compléter cette action d’industrialisation forcée, Colbert fit la chasse aux oisifs et aux vagabonds, mais aussi contraignit les parents à mettre leurs enfants en apprentissage.  Autant de mesures qui paraissaient d’une grande modernité à l’époque, et qui allaient permettre à notre industrie de réaliser en quelques années de remarquables progrès. Les draps du Languedoc, les toiles de Normandie,  les soieries de Lyon, les dentelles d’Alençon et du Puy, les tapisseries d’Aubusson et de Beauvais, les faïences de Nevers, par exemple, ont survécu jusqu’au vingtième siècle.

Afin d’obtenir des produits de qualité irréprochables, Colbert développa le système des corporations, déjà très répandu, des règlements minutieux prescrivant les conditions de fabrication. Ceux qui ne s’y conformaient pas firent l’objet de sévères sanctions, avec amendes, confiscation des articles défectueux, exposition au pilori sur la place publique du nom voire même de la personne du marchand. Avec un tel arsenal de mesures contraignantes, on comprend pourquoi ces produits rencontraient autant de succès en France et ailleurs. En revanche, Colbert n’hésita pas pour favoriser l’industrie française d’interdire l’importation de produits de fabrication étrangère (glaces, dentelles de Venise), et quand il n’y avait pas interdiction c’étaient des droits de douane considérables qui s’abattaient sur les produits importés. Bref, une véritable politique protectionniste, telle que certains en rêvent aujourd’hui, à la différence qu’au siècle de Louis XIV la mondialisation n’avait pas encore accompli son œuvre. Cela dit, les pays étrangers n’hésitaient pas à user parfois de représailles face à ce protectionnisme, au point même d’être une des causes de la guerre avec  la Hollande (1672-1678), un des pays les plus touchés par les tarifs douaniers exorbitants imposés par Colbert en 1667.

Comme Richelieu en son temps, Colbert s’est toujours intéressé à la possession de territoires lointains, susceptibles de fournir des produits bon marché et d’être un réservoir d’écoulement des marchandises fabriquées en France. Le Canada est un bon exemple de cette expansion française, même si les mesures d’émigration forcée à destination de ce pays nouveau furent un échec. En revanche le commerce des fourrures s’y est beaucoup développé, notamment les peaux de castor destinées à la fabrication de chapeaux. La colonisation se fit aussi grâce aux explorateurs qui parvinrent au Mississipi, puis, en descendant le fleuve, jusqu’au Golfe du Mexique (Cavelier de la Salle en 1681-1682). Dans les Indes orientales, des Français créèrent Pondichéry et Chandernagor. Aux Antilles, la production de sucre s’accrut fortement.

Enfin, pour ne plus être dépendant de la flotte marchande hollandaise ou anglaise, Colbert résolut de faire une gros effort pour que la France fût dotée d’une flotte qui lui assure une partie de la maîtrise des mers. En 1661, la flotte marchande française était extrêmement réduite, ce qui contrastait avec la forte croissance du commerce extérieur. Par ailleurs, la marine militaire ne comptait que huit vaisseaux et six galères en état de naviguer, situation intolérable aux yeux de Colbert qui s’appliqua très vite à la redresser. Il encouragea donc les constructeurs de navire, leur accordant des primes, s’efforçant de regrouper les négociants armateurs  dans de puissantes compagnies de commerce, financées à l’aide d’emprunts lancés dans le public. Parmi celles-ci on peut citer la Compagnie des Indes orientales, des Indes Occidentales, du Nord, du Levant, du Sénégal ou de Guinée. Le succès de ces placements ne fut pas toujours au rendez-vous, mais des comptoirs subsistèrent au Sénégal, en Inde et au Canada.

Comme dit précédemment, l’effort sur la marine de guerre était surtout destiné à protéger le commerce des marchandises hors du royaume, mais aussi à accroître le prestige du roi. Secondé par son fils aîné, Seignelay, Colbert accomplit une œuvre immense, puisque dès 1667 la marine militaire possédait 270 bâtiments. Les ports et arsenaux de Brest et de Toulon furent aménagés, celui de Rochefort créé. Pour former des cadres, on créa des écoles d’hydrographie, de pilotage, de tir, et un collège de la marine à Saint-Malo. Si les équipages de galère continuaient à être composés de condamnés ou d’esclaves turcs, ceux des autres navires étaient fournis par le système de l’inscription maritime, avec des marins et pêcheurs des paroisses littorales , recensés et divisés en trois ou quatre classes, devant à tour de rôle un certain temps de service rétribué sur les vaisseaux du roi.

Un tel effort économique est à peu près unique dans notre histoire, et sans les dépenses liées aux guerres, mais aussi celles de Versailles et de la Cour, le trésor royal aurait été rempli et n’aurait pas eu besoin d’avoir recours à l’emprunt…ce que ne supporta pas Colbert, qui mourut en 1683 à l’âge de soixante quatre ans. Cela étant, pour l’ensemble de son œuvre, Colbert restera dans l’histoire comme un des plus grands administrateurs que notre pays ait connu. Tout juste si l’on pourra lui reprocher d’avoir peut-être voulu trop vite transformer son pays, essentiellement rural, en un Etat industriel. Mais cette restriction n’aurait pas lieu d’être, si Louis XIV avait davantage écouté son ministre, et surtout n’avait pas dilapidé l’or et l’argent qu’avait procuré Colbert au bénéfice de ses envies de grandeur et de gloire. Résultat, un peu plus de trente ans après la mort de Colbert, Louis XIV mourut à son tour (1715) en laissant son pays exsangue financièrement, et incapable de bénéficier des bienfaits de la politique mise en place par Colbert.

Michel Escatafal


Colbert (1619-1683), ce grand commis de l’Etat

colbertSous Louis XIV on distingua nettement quatre Conseils ayant chacun des attributions spéciales, à savoir le Conseil d’en haut, le Conseil des finances, le Conseil des dépêches et le Conseil des parties. Rien qu’au nom, chacun devine qu’ils n’avaient pas tous la même importance. Le plus important était évidemment le Conseil d’en haut, appelé ainsi parce qu’il se réunissait habituellement dans l’appartement du roi, situé à Versailles au premier étage du palais. Ce Conseil d’en haut était aussi appelé Conseil d’Etat. Il se réunissait sept fois par quinzaine, et le roi y examinait toutes les grandes affaires, plus particulièrement celles dites du dehors, la paix, la guerre, les négociations. Il n’y appelait que trois ou quatre personnes qui avaient toute sa confiance et qui seules portaient le titre de ministres d’Etat.

Le Conseil des finances se tenait deux fois par semaine, et ne comprenait, comme le Conseil d’Etat, que quelques personnes sûres et expérimentées. Pour sa part le Conseil des dépêches ne se tenait qu’une fois par quinzaine. Il regroupait tous les ministres et secrétaires d’Etat. On y examinait principalement la correspondance des intendants, donc tout ce qui concernait l’administration du royaume.  Quant au Conseil des parties, il était une sorte de tribunal suprême en matière civile et administrative, comme sont aujourd’hui le Conseil d’Etat et la Cour de Cassation. Ses membres étaient seuls à porter le titre de Conseillers d’Etat. Au Conseil des parties étaient attachés des maîtres de requêtes, parmi lesquels le roi choisissait ses principaux agents dans les provinces, les intendants, ceux-ci ayant des pouvoirs sur ces provinces quasi illimités, étant en quelque sorte le roi présent en la province. Leur rôle, sous l’impulsion de Colbert, était non seulement de contrôler de près ce qui se passait, mais aussi de tenir en bride la noblesse provinciale, les Parlements, les officiers de finance, les états provinciaux et les municipalités.

Dans le Conseil d’en haut, Louis XIV n’avait admis dans un premier temps que trois ministres : Fouquet, Le Tellier et Hughes de Lionne. Fouquet, surintendant des finances, aspirait ouvertement à la succession de Mazarin. C’était un personnage à la fois fastueux et prodigue, confondant allègrement le trésor public et le sien, pensionnant des écrivains, artistes et courtisans, il s’était fait construire un magnifique château à Vaux, près de Melun, qu’avaient décoré les plus grands artistes de l’époque, et où il donnait des fêtes éblouissantes. Mais il en faisait trop aux yeux de Louis XIV, qui voulait être le seul maître et qui se chargeait de le faire savoir si nécessaire. Résultat, il fit arrêter brusquement Fouquet en septembre 1661. Ce dernier fut jugé et, après un procès qui dura trois ans, condamné pour malversations à la peine du bannissement que le roi transforma, pour l’aggraver, en celle d’emprisonnement perpétuel.

Mais si Louis XIV se résolut aussi vite à arrêter Fouquet, ce fut à l’instigation de Colbert qui, par ses capacités et ses allures modestes, avait su gagner la faveur de Louis XIV. Jean-Baptiste Colbert avait à ce moment quarante deux-ans. Ce fils de marchand drapier de Reims, était entré au service de Mazarin, et il avait su parfaitement gérer la malhonnête fortune du cardinal, lequel dans son testament pria Louis XIV de « se servir de lui, étant fort fidèle ». Et c’est tout naturellement qu’après la disgrâce de Fouquet il entra au Conseil, étant nommé surintendant des Bâtiments et Manufactures (1664), contrôleur général des Finances (1665), puis secrétaire d’Etat de la maison du Roi et de la marine (1669). Bref, il administrait tout, sauf la guerre et les affaires étrangères.

Colbert était un homme sévère et dur, à la mine plutôt renfrognée, faisant peur à tous les solliciteurs, ce qui explique le surnom que lui donna Michelet, le bœuf de labour, tout le contraire du séduisant Fouquet, assez aimé pour garder des amitiés fidèles jusque dans sa disgrâce. Et ce n’est pas une légende, puisque selon  Madame de Sévigné il était glacial, au point que la grande écrivaine l’appela le Nord. Cela étant, Colbert  était surtout un extraordinaire travailleur, capable de passer jusqu’à seize heures dans son bureau surchargé de dossiers. Son esprit clair et méthodique lui permettait de dénouer les affaires les plus difficiles. Mais plus encore, à l’inverse de Mazarin et Fouquet, Colbert était un administrateur adroit et surtout intègre. C’est pour cela que l’histoire a retenu de lui qu’en plus de mettre de l’ordre dans l’administration, il se préoccupa surtout d’accroître les revenus dont pouvait disposer le roi pour conduire sa politique, C’est ainsi qu’à peine nommé à son poste de contrôleur général des Finances, il commença par poursuivre tous ceux qui avaient volé l’Etat, à commencer par plusieurs centaines de financiers qui furent condamnés à restituer cent dix millions de livres (plusieurs dizaines de milliards d’euros de nos jours). Il s’ingénia à arrêter les gaspillages de tous ordres, allant jusqu’à demander au roi de faire des économies…ce qui n’était pas le plus facile, « pour assurer dans le royaume l’abondance d’argent ».

Bref, comme nous dirions de nos jours, il s’efforça de réduire la dépense tout en essayant d’augmenter le rendement des impôts. A ce propos, il faut noter qu’il diminua le montant global de la taille, pour ne point trop accabler les paysans, mais en revanche il fit la traque aux fraudeurs et augmenta les impôts indirects, la gabelle et les traites, qui frappaient d’une façon plus égale les diverses catégories de sujet. Cette réorganisation fiscale permit pendant une dizaine d’années l’équilibre des dépenses et des recettes. En fait jusqu’en 1672, époque où les guerres et la construction de Versailles entrainèrent une forte croissance des dépenses, qui entraîna de nouveau l’apparition des déficits, et cela allait s’aggraver jusqu’à la fin du règne de Louis XIV.

Michel Escatafal


Le roi Louis XIV et sa Cour

Louis XIVA la mort de Mazarin, le 9 mars 1661, Louis XIV avait vingt-deux ans. Jusqu’alors il n’avait pris aucune part au gouvernement. Aussi y eut-il un mouvement de surprise générale et d’incrédulité, quand il déclara au Conseil sa volonté « d’être à l’avenir son premier ministre », parce que dans son esprit il était roi et « né pour l’être ». A partir de là, il était normal qu’il considérât que son règne ne pouvait être que « personnel ». Et de fait il le fut, la royauté française atteignant au plus haut degré de puissance et de splendeur.

Ce qui était pris au départ pour un caprice de jeune homme était une résolution ferme qui, pendant cinquante-quatre ans (1661-1715), ne se démentit jamais un seul instant. Oui Louis XIV n’eut jamais de premier ministre, car il en fit lui-même les fonctions, et il exerça pleinement ce qu’il appelait « son métier de roi », avec une conscience scrupuleuse et une rare application. Un métier qu’il jugeait « grand, noble, délicieux, quand on se sent digne de bien s’acquitter de toutes les choses auxquelles il engage ».

Mais qui veut régner seul, doit beaucoup travailler, et Louis XIV fut un roi travailleur, le plus ponctuel et le plus régulier des travailleurs. Il entendait voir lui-même toutes les affaires et les étudiait, seul ou avec ses secrétaires d’Etat, y passant plusieurs heures chaque jour, voire même plus si le besoin s’en faisait sentir. D’ailleurs son emploi du temps était réglé jusque dans les moindres détails, se conformant très exactement à ce qu’il avait fixé lui-même.

Son métier de roi, Louis XIV l’exerçait à la perfection dans ses fonctions de représentation, s’imposant à tous par son air de noblesse  et de majesté, naturel chez lui, au point qu’on retrouvait cet attribut aussi bien en robe de chambre qu’à cheval à la tête de ses troupes ou en tenue d’apparat.  Enfin, il savait toujours rester maître de lui-même, en paroles comme sur son visage. De nos jours, nous dirions qu’il était impassible quelles que soient les circonstances.

On ne peut pas dire que Louis XIV fût un être doué d’une intelligence supérieure, comme on l’a dit de César ou plus tard de Napoléon, mais il était doté d’un solide bon sens, ne décidant rien avant d’avoir bien réfléchi, après s’être renseigné auprès de ceux qui savaient. Bref, c’était un personnage qui savait constamment où il allait, sauf dans les dernières années de sa vie où, malgré un royaume exsangue financièrement et envahi, il continua à se montrer intraitable quant aux décisions qu’il devait prendre. Certains appelleront cela de l’obstination, d’autres y verront une sorte d’honneur à rester lui-même sans la plus petite affectation.

En fait, le sentiment qui dominait chez lui était l’amour passionné de la gloire. Très jeune déjà, il avait décidé de tout sacrifier à sa réputation, une réputation qu’il voulait supérieure à celle de tous ceux qui exerçaient les fonctions de monarque. De toutes ses forces, et dans tous les domaines, il voulait être un grand roi, et même le grand roi en Europe, ce qu’il réussit à être au point d’être appelé Louis le Grand.

Louis XIV avait peu d’idées personnelles, mais il en est une qui était fortement enracinée en lui, à savoir qu’il était une sorte de vice-Dieu, ce que certains dans son entourage n’avaient cessé de professer pour lui. A ce propos, on raconte que le premier modèle d’écriture qu’il eut à copier était conçu ainsi : « L’hommage est dû aux rois : ils font ce qui leur plaît ». On a l’impression en lisant cela, qu’on se retrouve à l’époque des dieux romains ou grecs, notamment Jupiter ou Zeus, sauf qu’il n’était pas le dieu des dieux, mais le lieutenant de Dieu, ne devant rendre des comptes qu’à lui (droit divin des princes). Bossuet, à sa façon, confortera cette idée en écrivant que « le trône royal n’est pas le trône d’un homme, mais le trône de Dieu même. Les princes agissent donc comme ministres de Dieu et ses lieutenants sur la terre ». Cela fait sourire aujourd’hui, mais à l’époque c’était l’idée qu’on se faisait d’un roi !

Cette idée signifiait pour Louis XIV qu’il était le maître absolu dans son royaume, qu’il disposait souverainement des biens, de la liberté, et même de la vie de ses sujets. D’ailleurs lui-même écrivait dans ses Mémoires rédigés pour l’éducation du dauphin : « La volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement ». On comprend mieux pourquoi son orgueil était exacerbé, ce qui lui fit prendre pour emblème un grand soleil, d’où son surnom de Roi-Soleil. Sans la crainte du diable, Saint-Simon prétend qu’il se serait fait adorer, mais il n’en était pas loin dans la mesure où ses adorateurs se découvraient pour traverser sa chambre, faisant une révérence devant le lit royal. Chacun des actes ordinaires de la vie quotidienne, le lever, le dîner, la promenade, le souper, le coucher, devint un épisode de culte, une cérémonie publique dont tous les détails étaient minutieusement réglés (l’étiquette).

Le roi n’était pas très matinal, se levant à huit heures. Aussitôt les courtisans étaient introduits dans sa chambre, par séries que l’on appelait les entrées. Pour le lever il y avait six entrées, si bien qu’après la dernière entrée, une centaine de personnes se trouvaient dans la chambre. Les plus favorisés avaient droit à la sortie du lit du monarque et à la prise de sa robe de chambre. En revanche d’autres n’entraient que lorsque le roi s’était frotté les mains à une serviette imbibée d’alcool, ce qui était l’essentiel de sa toilette. Enfin il achevait de s’habiller, certains ayant un rôle particulier à jouer. Ainsi la chemise du jour devait être présentée par un fils du roi ou un prince de sang, à défaut par le grand chambellan.

Une fois habillé, le roi entrait dans son cabinet, donnait des ordres pour la journée, puis se rendait à la messe. Au sortir de la chapelle, à dix heures, il tenait conseil avec ses ministres jusqu’à une heure, parfois plus tard. A une heure, il prenait un repas dans sa chambre, seul. Chaque plat était apporté par un gentilhomme, précédé d’un huissier et d’un maître d’hôtel, escorté de trois gardes du corps, carabine à l’épaule. Les jours de grand couvert, généralement le dimanche, le roi, toujours seul à table, avait autour de lui une trentaine de personnes, dont seize gardes en armes. Ces jours-là, le public (pas n’importe qui toutefois) était admis à contempler Sa Majesté mangeant.

Après le déjeuner (qu’on appelait dîner à l’époque)  le roi sortait, soit pour chasser, soit pour se promener. Au retour il s’enfermait dans son cabinet pour lire les rapports des secrétaires d’Etat, ou pour écrire ses lettres. Il travaillait une ou deux heures, s’en allait ensuite converser avec les dames et dinait ou plutôt soupait à vingt-deux heures, avec sa famille, en grand cérémonial. Après le souper venaient bal dans les vastes salons de l’appartement du roi, concert, représentation théâtrale, ou le jeu de cartes, un très gros jeu. Tout cela avant de se coucher, d’une manière aussi publique et compliquée que le lever.

La Cour redevenue très simple et sobre avec Henri IV, après l’avoir connue très brillante sous François  1er,  retrouva tout son éclat et même bien au-delà sous Louis XIV. Elle comprenait la maison militaire, dix mille hommes aux uniformes resplendissants, et la maison civile, quatre mille personnes, partagée en six services.  Ces services étaient dirigés par six grands officiers : grand aumônier, grand maître de France, grand chambellan, grand écuyer, grand veneur, grand fauconnier. Le seul service de la bouche du roi, c’est-à-dire l’ensemble des gens employés pour la table, comptait…498 personnes, pas une de moins ! En outre le cadre de Versailles convenait parfaitement à la somptuosité de la vie de cette Cour, telle que l’avait réglée Louis XIV. On comprend aisément pourquoi Colbert se faisait autant de soucis pour les finances du royaume !

Les chefs de service étaient de la plus haute noblesse. Le grand maître de France, chef des services de la bouche, était le premier prince du sang, le prince de Condé. C’étaient encore des nobles qui remplissaient les charges secondaires, gentilshommes panetiers, échansons, écuyers tranchants. Ceux qui n’appartenaient pas à la maison, les simples courtisans, rêvaient de servir : on attendait comme une faveur d’être désigné par le roi pour porter son bougeoir, quand il regagnait sa chambre pour se coucher.

Le développement de la Cour fut voulu par le roi, non seulement pour satisfaire son ego, son goût du cérémonial, mais aussi par calcul : Louis XIV avait conservé de la Fronde un très mauvais souvenir, et le meilleur moyen de prévenir les turbulences d’une noblesse oisive lui parut être de la domestiquer, ou tout au moins de la retenir près de lui par un procédé infaillible, à savoir la distribution des faveurs. Chaque jour le roi passait une sorte de revue des courtisans, voyant et remarquant les uns et les autres, quelques uns ayant droit de faire de la Cour leur séjour ordinaire, certains y étant invités de temps à autres, et d’autres enfin n’y venant que très rarement.

Le but pour les courtisans était de se faire remarquer le plus possible par le roi. Du coup, tout ce qu’il y avait de noblesse riche accourut auprès du roi. Pour se loger près de lui, elle bâtit ses hôtels autour de l’immense château qu’il faisait construire à Versailles et qui devint, après 1682, sa résidence principale. Cette noblesse oisive, comme au temps de François 1er, n’avait d’autre souci que participer aux fêtes, récupérer des cadeaux et attendre les pensions : « Quoiqu’on ne soit pas son valet de chambre, écrivait Madame Sévigné, il peut arriver qu’en faisant sa cour, on se trouvera sous ce qu’il jette ».

Michel Escatafal