Juillet, un mois tellement spécial dans l’histoire de la Révolution française

prise de la BastilleAujourd’hui nous sommes le 20 juin, date anniversaire de la décision de Louis XVI de fermer la salle de réunion du tiers état, qui venait de se proclamer Assemblée Nationale le 17 juin 1789, après avoir compris que les réformes que les députés attendaient du roi ne se réaliseraient jamais. Cela avait incité un grand nombre de ces députés (578 sur 1118)  à se réunir dans la salle du Jeu de paume, sur proposition de Guillotin (père de la guillotine), et à jurer « de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides » (Serment du Jeu de Paume), ce qui constituait l’élément fondateur de la séparation des pouvoirs et de la souveraineté nationale. Cette décision du roi, qui avait même choqué des représentants du clergé, permit à Mirabeau, monstre d’éloquence s’il en fut, de rentrer dans l’histoire en s’écriant trois jours plus tard : « Allez dire à votre maître (le roi) que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». Face à cette fronde, le roi céda et demanda au clergé et à la noblesse de se réunir au tiers état, les Etats Généraux, ouverts le 5 mai à Versailles, devenant véritablement l’Assemblée Nationale.

Cela dit, puisque nous sommes à quelques jours du mois de juillet, je vais à présent évoquer quelques uns des évènements de ce mois tellement spécial dans l’histoire de notre pays en général, et de la Révolution en particulier. Cela commence par le 12 juillet 1789, jour où le peuple de Paris venait d’apprendre que le ministre des finances Necker était congédié par le roi, alors qu’il était considéré comme le seul protecteur du peuple, comme en témoigne son opposition à la décision de Louis XVI de fermer la salle de réunion du tiers le 20 juin. C’est Camille Desmoulins qui se chargea d’haranguer la foule, demandant de « courir aux armes » malgré la charge de la cavalerie du prince de Lambesc. Le lendemain, après que les Parisiens se furent armés en pillant tous les dépôts d’armes et les armureries, le peuple se rendit au couvent Saint-Lazare pour trouver du blé…qu’ils récupérèrent d’autant plus facilement (52 charrettes) que les religieux avaient préféré s’enfuir par peur des manifestants. Enfin, le 14 juillet, ce sera la prise de la Bastille, avec plusieurs épisodes qui sont restés dans l’histoire, notamment le refus du gouverneur de Launay de donner aux manifestants de la poudre et de baisser le pont-levis. Et pourtant la foule était importante, tellement importante (cent mille personnes) que cela évitera qu’on lui tire dessus, même si au moment où la foule s’est ruée sur le deuxième pont, il y a eu des coups de feu venant de la garnison, avant que celle-ci ne soit désarmée et que soient libérés les sept prisonniers. A onze heures du soir, l’essentiel était fait pour le peuple, et la Bastille définitivement tombée, comme en témoigne la tête sanglante du gouverneur, au bout d’une pique.

Un an plus tard fut fêtée l’anniversaire de la prise de la Bastille, laquelle deviendra le symbole de la Révolution. En fait les festivités ont commencé le 12 juillet 1790, avec la préparation d’une grande fête de la patrie qui eut lieu au Champ-de-Mars. Il aura fallu 15.000 ouvriers aidés par 100.000 volontaires pour construire l’esplanade où allait se dresser l’Autel de la patrie. Des gens venus de partout se rassemblèrent au chant de « Ah ça ira, ça ira, ça ira, celui qui s’abaisse on l’élèvera… ». Et le grand jour (14 juillet 1790) arriva, avec des dizaines de milliers de personnes massées sur le Champ-de-Mars et sur les collines tout autour, pour voir Louis XVI, roi des Français et non plus roi de France, prêter serment à la nouvelle constitution, jurant d’employer le pouvoir qui lui a été délégué « à maintenir et à faire exécuter les lois », ce qui lui valut les applaudissements de la foule, et des « Vive le roi » aussi nombreux que les « Vive la Nation ». Enfin pour couronner cette belle journée, Talleyrand, évêque d’Autun, célébra la messe en portant sur les épaules une étoile tricolore. Il ne restait plus qu’à aller danser au Pont-Neuf pour clore la fête.

En juillet 1791, la fête sera moins belle pour Louis XVI et la famille royale parce que, quelques jours auparavant, le 21 juin, le roi et sa famille s’étaient enfuis. Ils avaient été reconnus à Sainte-Menehould par le facteur Drouet, grâce à une pièce de monnaie, et, après avoir été arrêtés à Varennes, ils furent ramenés à Paris le 24 juin. Du coup, le 16 juillet 1791, Danton et ses amis du club des Cordeliers ont demandé au peuple de signer une pétition pour exiger l’abolition de la royauté. Quelle différence avec ce qui s’était passé au Champ-de-Mars l’année précédente ! Plus terrible encore, le marquis de la Fayette, un des grands ordonnateurs de la fête un an auparavant, et chef de la garde Nationale, fit tirer sur la foule, ce qui signifiait que le peuple venait de tirer sur le peuple !

En juillet 1792, alors que la patrie était en grand danger, les atermoiements du roi et l’utilisation de son droit de véto, avaient fini de le déconsidérer aux yeux du peuple, notamment quand l’Assemblée avait voulu organiser un camp de 20.000 fédérés, soldats venus de toute la France, pour protéger la capitale contre les ennemis qui frappaient à sa porte, ce que Louis XVI refusa. Cela lui avait valu de voir la foule se rendre aux Tuileries, où il résidait depuis octobre 1789, pour y subir maintes humiliations, y compris se voir coiffer par un manifestant du bonnet phrygien, ou encore être obligé de boire une rasade de vin contenu dans une bouteille tendue par un autre révolutionnaire. Désormais le roi n’allait plus être appelé que sous le nom de Capet, nom de la famille royale depuis Hughes Capet. Le 11 juillet 1792, une armée d’Autrichiens et de Prussiens fonça vers Paris pour envahir la capitale et libérer Louis XVI et sa famille, ce qui explique le véto du roi. Une action qui allait entraîner la réaction de l’Assemblée Constituante, celle-ci déclarant le 22 juillet « la Patrie en danger ». Résultat, des milliers de volontaires s’engagèrent dans cette armée, y compris des femmes qui iront jusqu’à se déguiser en hommes pour pouvoir se battre.

En juillet 1793 le roi n’était plus là, ayant été guillotiné sur la place de la Révolution (aujourd’hui de la Concorde) le 21 janvier 1793. Mais la révolution n’était pas terminée, d’autant que la Vendée, qui comptait encore beaucoup de royalistes, était à feu et à sang. Cette guerre civile allait faire des centaines de milliers de morts parmi les Vendéens. Il y avait aussi l’opposition entre les Girondins, avec à leur tête Brissot, Condorcet ou encore Pétion, qui passaient pour être des modérés et qu’on accusait d’avoir voulu sauver le roi, et les Montagnards qui eux-mêmes étaient divisés entre extrémistes assumés comme Robespierre et Saint-Just, un peu plus modérés comme Danton, ou plus extrémistes encore que Robespierre comme Marat. Ce dernier, ancien médecin appelé « l’Ami du peuple », fut assassiné le 13 juillet 1793 (à l’âge de 49 ans) par Charlotte Corday. Cette femme, qui avait préparé cet assassinat de longue date, allait faire de Marat une sorte de saint pour les révolutionnaires. A noter que Marat ne sera pas enterré au Panthéon comme le souhaitaient les Cordeliers, mais sous les saules du jardin de l’ancien couvent des Cordeliers devant une foule immense, notamment de pauvres gens. Charlotte Corday sera pour sa part guillotinée le 17 juillet.

L’année 1794 allait à son tour être très riche en évènements et pas seulement en juillet, avec tout d’abord la poursuite et l’extension des attaques contre le clergé, notamment le pillage des églises, celles-ci étant consacrées désormais à la déesse Raison. Ensuite, après avoir été porté en triomphe le 25 février 1794, parce qu’il souhaitait, comme Camille Desmoulins, la fin de la Terreur, Danton (34 ans) sera guillotiné avec Desmoulins, Fabre d’Eglantines, Héraut de Sechelles etc., le 5 avril 1794. C’était le triomphe de Robespierre et de ses amis comme Saint-Just, surnommé « l’Archange de la terreur ». Mais ce triomphe sera éphémère, puisque le 27 juillet 1794 Robespierre sera arrêté avec ses amis, et guillotiné le 28 (10 thermidor an 2). Le peuple ne le pleurera pas, contrairement à Marat ou Danton, ne serait-ce que parce que le 19 juillet 1794 le gouvernement avait fixé un prix maximum pour les salaires ! C’était la fin d’une période terrible, où énormément de sang avait été versé au nom de l’idéal révolutionnaire. La Révolution allait pouvoir enfin souffler, d’autant que la victoire de Jourdan à Fleurus sur les Autrichiens et leurs alliés anglais, le 26 juin 1794, allait libérer définitivement la France de la menace extérieure.

Michel Escatafal


Les relations entre l’Elysée et Matignon sous la Vè République

Dans les relations entre le président de la République et le Premier ministre sous la Cinquième République, nous sommes aujourd’hui dans une configuration inédite dans la mesure où le Premier ministre, François Fillon, se cantonne dans un rôle de collaborateur discret. Force est de constater en effet qu’il n’est effectivement rien d’autre qu’une sorte d’adjoint qui sert de relais entre la direction et son équipe. D’ailleurs les Français, qui ne sont pas à une contradiction près, le placent relativement haut dans les sondages précisément parce qu’il vit dans l’ombre du chef de l’Etat.

Essayons donc de faire un peu d’histoire depuis 1958, en précisant tout d’abord que la Constitution de 1958 était mi-présidentielle, mi-parlementaire. D’ailleurs pendant les premières années de la Vè République jusqu’au référendum de 1962, instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel, le général de Gaulle s’est comporté comme un chef d’Etat parlementaire. Michel Debré a lui-même reconnu que durant les trois années où il fut Premier ministre, le général lui laissa conduire librement les affaires intérieures du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958, elle-même issue du discours de Bayeux (1946) où Charles de Gaulle avait exposé sa vision d’un état démocratique dirigé par un éxécutif fort.

La réforme de 1962 va permettre au président de la République de modifier substantiellement le fonctionnement du régime, et de concentrer à l’Elysée les divers moyens du pouvoir. Cette concentration sera d’autant plus facilitée, que les élections législatives de novembre 1962 allaient donner au général de Gaulle une majorité parlementaire nette et homogène. En fait on était déjà dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, sauf que le président de la République s’appelait Charles de Gaulle, et que le Premier ministre était Georges Pompidou.

Si je rappelle le nom des ces deux hommes, c’est précisément parce que ce sont quand même les hommes qui font en partie la fonction. Georges Pompidou fut loin d’être ce Premier ministre falot, type Fillon, en qui certains voyaient au moment de sa nomination un simple faire-valoir du général de Gaulle. Les faits ont largement démontré le contraire, y compris après l’élection au suffrage universel du général de Gaulle en 1965,au point qu’en 1968 ce dernier décida le remplacement de Georges Pompidou, qui finissait par lui porter ombrage, par Maurice Couve de Murville.

Une fois élu à son tour président de la République en 1969, et fort du soutien de la majorité parlementaire pléthorique issue des urnes en juin 1968, Georges Pompidou allait confirmer le présidentialisme qui s’était développé avec le général de Gaulle. Et lui aussi allait céder à la tentation de se séparer de son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas (1972), devenu trop populaire à ses yeux et surtout trop réformiste par rapport aux idées de Georges Pompidou. Avec Pierre Messmer qui ne souhaitait pas mener une politique autonome, le président Pompidou allait gérer plus directement l’action gouvernementale.

Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 après la mort de Georges Pompidou, allait dans un premier temps se comporter lui-aussi comme un véritable chef de gouvernement. De fait cela aboutit très vite à un conflit avec son Premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, ce qui permit à ce dernier de démissionner avec fracas en août 1976. Il est vrai que cette démission tombait bien pour les deux hommes, la situation économique de notre pays, confronté au premier choc pétrolier, s’étant beaucoup dégradée. Cela permit à l’un, Jacques Chirac, de préserver l’avenir et à l’autre, Valéry Giscard d’Estaing, d’appeler au poste de Premier ministre Raymond Barre qui sera, sans aucune contestation possible, le meilleur Premier ministre de toute l’histoire de la Vè République.

François Mitterrand élu en 1981, renouera avec la tendance amorcée par Georges Pompidou et la renforcera. A cette époque le Premier ministre, Pierre Mauroy, aura surtout un rôle de relais auprès des organisations syndicales pour mettre en œuvre les réformes décidées par la présidence de la République. Cela étant, si son poids politique était fort, il ne saura pas arrêter les dérives en termes de finances publiques que cette politique produisait, faute sans doute des compétences nécessaires. Il sera remplacé en 1984 par Laurent Fabius, à l’époque très jeune (à peine 38 ans), lequel se singularisera essentiellement par ses prises de position en politique étrangère, refusant parfois de cautionner les décisions de François Mitterrand, notamment  lors de la visite en décembre 1985 du général Jaruzelski, chef d’Etat communiste de la Pologne, au moment où ce dernier réprimait sévèrement la contestation du syndicat Solidarnosc.

Bien entendu, je ne parlerais pas des périodes de cohabitation où la nomination du Premier ministre est imposée par le suffrage universel, et où tout à fait normalement la République redevient en grande partie parlementaire. Ce fut le cas entre 1986 et 1988, où François Mitterrand nomma Jacques Chirac comme Premier ministre, puis entre 1993 et 1995 avec la nomination d’Edouard Balladur, et enfin entre 1997 et 2002 avec Lionel Jospin comme Premier ministre. Entre temps, il n’y aura eu réellement qu’un seul Premier ministre ayant réellement marqué son époque, Michel Rocard. Ce dernier lui aussi très populaire, sera renvoyé sans ménagement en mai 1991 sans jamais avoir été désavoué par la majorité parlementaire, ce qui permettra à François Mitterrand de nommer pour la première fois une femme au poste de Premier ministre, Edith Cresson. Cette dernière ne laissera pas pour autant un souvenir impérissable.

Jacques Chirac, une fois président de la République (1995), essaiera lui aussi d’élargir au maximum sa sphère d’intervention. Je dis bien essaiera, parce qu’entre une dissolution manquée (1997) et une présidence entre 2002 et 2007 où son adversaire le plus farouche, Nicolas Sarkozy, était au gouvernement, ses pouvoirs ont quand même été largement limités. Et nous en arrivons à la période actuelle, avec ce couple improbable à la tête de l’exécutif formé par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Les deux hommes, très dissemblables, avaient en fait un seul point commun, leur farouche opposition à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy parce qu’il voulait prendre sa place et François Fillon parce qu’il ne faisait plus partie du gouvernement. Rien que de l’idéologie ! La suite nous la connaissons puisque nous la vivons.

esca