Jules Ferry, où la politique qui change la vie

Né à Saint-Dié le 5 avril 1832, mort à Paris le 17 mars 1893, avocat de profession mais aussi journaliste à ses heures, Jules Ferry avait de grandes qualités qui en ont fait un des hommes politiques majeurs du dix-neuvième siècle. En revanche, son allure austère, ses manières froides et plutôt distantes, qui cachaient sans doute une grande timidité, l’ont desservi pour se faire écouter à la tribune, comme savait le faire par exemple Gambetta. Cela ne l’empêcha pas d’être élu très tôt député, en 1869. Il avait profité de la montée de l’opposition aux élections au Parlement qui avaient eu lieu le 20 mai 1869, malgré les multiples pressions du pouvoir pour que le nombre de voix perdues par rapport au précédent scrutin en 1863 ne soit pas trop important. En fait il le sera, puisqu’en 1863 le nombre de voix s’étant porté sur les candidats gouvernementaux dépassait le chiffre de 5.300.00,  contre  2.000.000 sur ceux de l’opposition, alors qu’en 1869 les candidats officiels ne recueillirent que  4. 438.000 voix contre 3.355.000 pour les opposants.

Ces résultats décevants pour l’Empereur allaient l’obliger à organiser un plébiscite un an plus tard, consacrant les réformes libérales opérées dans la Constitution depuis 1860, en faisant en sorte que majorité et opposition ne puissent pas faire campagne pour le NON, les partisans de l’Empereur votant nécessairement dans le sens désiré par le pouvoir, et l’opposition ne pouvant pas décemment refuser des réformes libérales…qu’ils réclamaient. Résultat, malgré des scores plutôt médiocres pour le OUI dans les grandes villes, la campagne restant fidèle à l’Empire, le OUI l’emportera avec plus de 7.300.000 voix contre un peu plus de 1.570.000 au NON. Néanmoins ce succès de l’Empereur n’empêchait pas Jules Ferry et ses amis républicains d’être quand même très méfiants sur  un régime certes parlementaire, mais assorti d’une centralisation à laquelle on ne touchait guère. Pour les républicains en effet, « ce qui est national est à l’Etat, ce qui est régional à la région, et ce qui est communal doit rester à la commune ». Voilà une belle profession de foi qui pouvait  servir de base à la nouvelle République proclamée le 4 septembre 1870, après le désastre de Sedan, mais qui sera loin d’être appliquée.

Ce 4 septembre 1870, nous retrouvons Jules Ferry avec les parlementaires qui vont proclamer le République et former le nouveau gouvernement, avant que des révolutionnaires comme Blanqui ou Delescluze n’en constituent un. En fait c’est Jules Ferry qui va permettre à son camp de gagner cette course au pouvoir, en proposant de constituer le gouvernement avec les seuls députés de Paris, lesquels étaient tous républicains. On trouvait parmi eux, outre Jules Ferry, des gens comme Gambetta, Jules Favre, Arago ou Garnier-Pagès. Le chef du gouvernement sera le général Trochu. En fait c’était une sorte de coup d’Etat…républicain, la république étant « le régime qui nous divise le moins » comme dira Thiers, ajoutant qu’elle « sera conservatrice ou ne sera pas ».

Problème, tout ce tintamarre ne faisait pas oublier que les Prussiens n’étaient qu’à trois cents kilomètres de Paris, comme on n’allait pas tarder à s’en rendre compte une quinzaine de jours plus tard, très exactement le 18 septembre. Chose curieuse, les évènements qui viennent de se passer en France sont salués à l’étranger, et notamment en Allemagne, comme une révolution. En fait ce sont les socialistes allemands qui acclament la République, Bakounine (théoricien de l’anarchisme politique) n’hésitant pas à dire en parlant de la France qu’il « déplore amèrement le malheur de cette sympathique et grande nation ». En fait seul Marx n’est pas compatissant, mais parce qu’il pense qu’une fois la France battue, les théories de Proudhon ne seront plus prépondérantes par rapport aux siennes.

Ensuite ce sera la poursuite de la guerre avec le siège de Paris qui commence le 19 septembre. Paris est investi et un peu plus tard, le 31 octobre au matin, Paris apprend la capitulation de Metz, ce qui amène les bataillons de la Garde nationale  à se masser sur la place de l’Hôtel de Ville, où siège le gouvernement avec parmi ses membres Jules Ferry, lequel deviendra maire de Paris en novembre 1870. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne se fera beaucoup d’amis dans cette fonction, qui l’obligera notamment à faire appliquer une rigoureuse politique de répartition des vivres pendant le siège de la capitale, ce qui le fera surnommer « Ferry-famine ».   

Ce siège ô combien terrible pour les Parisiens, mis à part les éternels privilégiés, allait déboucher sur une des périodes les plus dramatiques de notre histoire, la Commune de Paris (du 18 mars 1871 au 28 mai), qui allait mettre à feu et à sang Paris, et donner à la France deux capitales. Paris sera la capitale des émeutiers, et Versailles, où s’étaient réfugié le gouvernement et l’Assemblée nationale élue au suffrage universel (hommes). Cette insurrection, véritable guerre civile sur fond de révolution autogestionnaire pour les insurgés, provoquée à la fois par la défaite face à la Prusse, la capitulation, et les privations dues au siège, aggravées par un hiver très rigoureux, allait en effet commencer le 18 mars vers 22 heures si l’on en croit ce qu’a écrit Jules Ferry au ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire au moment où les troupes ont évacué l’Hôtel de Ville sous la pression des insurgés, J. Ferry sortant le dernier.

La commune s’achèvera par ce que l’on a appelé « la semaine sanglante » (du 21 au 28 mai)…qui en fait se prolongera par le châtiment des fédérés, dont 3.000 prisonniers furent exécutés sommairement la nuit du mardi au mercredi 31 mai. Au total cette « semaine sanglante » et les jours qui suivirent avaient fait 877 morts dans l’armée, et 20.000 parmi les insurgés. Même pendant la Terreur, jamais notre pays n’avait connu pareille répression. Désormais c’était la lutte ouverte entre d’une part la classe ouvrière et les milieux populaires et d’autre part la bourgeoisie au pouvoir s’appuyant sur les milieux ruraux de province…comme à l’époque du Second Empire, sauf que maintenant le pouvoir s’appelait la République.   

Mais revenons à Jules Ferry qui, après avoir été élu député des Vosges en février 1871,  sera réélu en 1876, puis conservera son siège suite à la dissolution des chambres en juin 1877, où les Républicains remportaient un nouveau succès. Cela permit à Jules Grévy de rester président de la Chambre des Députés,  jusqu’au moment où il deviendra président de la République, un changement de président intervenant plus tôt que prévu suite à la démission de Mac Mahon.  Ce dernier en effet, suite à la chute de Thiers, avait été élu président de la République (en mai 1873) grâce à l’appui des monarchistes, lesquels espéraient secrètement qu’il les aiderait à rétablir la monarchie. En fait, Mac Mahon n’aida pas vraiment les monarchistes, et démissionna parce qu’il ne supportait plus qu’on veuille lui imposer des réformes qu’il désapprouvait, et surtout qu’on touche à l’armée. Du coup, compte tenu du fait aussi que le Sénat était devenu républicain, il remit sa démission le 30 janvier 1879, remplacé le jour même par Grévy avec la bienveillante protection de Gambetta…qui ne voulait pas de la présidence.

Cette démission du duc de Magenta signifiait aux yeux de tous que les républicains étaient désormais maîtres du pouvoir. Des républicains divisés entre radicaux, lesquels voulaient tout changer  radicalement  contrairement à leurs lointains successeurs d’aujourd’hui, avec pour figure de proue Clémenceau, et les modérés et les opportunistes qui étaient ceux destinés à occuper le pouvoir. Parmi eux, Gambetta, Jules Grévy et Jules Ferry, qui allait se voir proposer le ministère de l’Instruction publique, dans un gouvernement présidé par un parlementaire de second rang, William Waddington, inoffensif pour le président et les chambres.

Jules Ferry était un fervent positiviste comme Waddington, le positivisme étant l’école de pensée dominante à cette époque, où l’on retrouvait tout ce qui faisait dans l’anticléricalisme et l’athéisme. La lutte anticléricale allait d’ailleurs être le moteur des lois scolaires qui ont rendu célèbre Jules Ferry. Ainsi par une loi du 9 août 1879, il crée les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices destinées à recruter les enseignants de l’école primaire. Ensuite il va s’attaquer à l’enseignement supérieur, en prenant l’Algérie comme banc d’essai, parce qu’elle ne comprenait qu’une seule université. Il veut aussi  retirer le droit d’enseigner aux congrégations non autorisées, mais le Sénat repoussa cet article de la loi approuvé par la Chambre des députés (9 mars 1880). Enfin, le 21 décembre 1880, une loi fut votée instituant l’enseignement secondaire des jeunes filles, peu après que J. Ferry fût devenu Président du Conseil.

Il le devint en effet  une première fois entre septembre 1880 et novembre 1881, tout en restant ministre de la Fonction publique et des Beaux-arts, un gouvernement où l’on retrouvait deux futurs présidents de la République, Sadi Carnot et Armand Fallières, et un homme qui allait beaucoup faire parler de lui plus tard, Daniel Wilson, gendre de Jules Grévy (voir article sur les présidents de la République).  Jules Ferry va poursuivre la réforme scolaire, mais aussi amorcer sa politique coloniale en décidant d’intervenir en Tunisie pour y établir un protectorat (Traité du Bardo du 12 mai 1881). Mais l’agitation gagne à la fois Paris et la province avec des populations qui apportent leur soutien à la résistance des milieux catholiques à l’expulsion des congrégations, seul moyen pour Jules Ferry d’organiser l’enseignement laïque, primaire et obligatoire (loi du 16 juin 1881 qui sera complétée par celle du 28 mars 1882), avec obtention du certificat d’études pouvant être délivré à l’âge de onze ans.

Jules Ferry se verra remplacer par Gambetta comme chef du gouvernement en novembre 1881, mais ce gouvernement ne tiendra que 73 jours, faute d’une véritable assise parlementaire, tous les anciens présidents du Conseil s’étant récusés, dont J. Ferry, pour le motif qu’il était hostile au scrutin de liste départemental et majoritaire. Ce dernier allait très rapidement retrouver son portefeuille de l’Instruction publique le 30 janvier 1882, dans un gouvernement présidé par Ch. De Freycinet, qui ne tiendra que six mois (29 juillet 1882), le temps toutefois de faire passer la loi Naquet (député du Vaucluse) sur le divorce (27 juillet 1882), où une fois encore J. Ferry fit valoir son point de vue, le divorce ne pouvant être décidé qu’en cas de peine infamante d’un des époux, en cas de constatation d’adultère ou de violences conjugales. Une fois le gouvernement Freycinet tombé, J. Ferry ne sera plus ministre  jusqu’au moment où il fut rappelé comme Président du Conseil par Jules Grévy le 21 février 1883, poste qu’il occupa jusqu’au 30 mars 1885.

Il sera en effet mis en minorité dans un débat sur le Tonkin, malgré le soutien très appuyé de Gambetta. Et cela nous amène à évoquer la politique coloniale de J. Ferry, très controversée à l’époque, mais que la postérité a presque oublié ne retenant que les lois sur l’enseignement. En fait, tout remonte au remplacement de Mac Mahon par Jules Grévy, lequel approuvait une nouvelle politique d’expansion coloniale initiée par Jules Ferry, Charles de Freycinet et l’amiral Jauréguiberry. C’est par l’action de ces trois hommes que la France va devenir la deuxième puissance coloniale dans le monde. Déjà, dans les années 1881-1882, la France va reprendre l’initiative en Extrême-Orient, mais aussi en Afrique noire, à Madagascar, dans le Sud Algérien (Lyautey) en plus de la Tunisie. En outre Tahiti qui était jusque là un protectorat était annexé. Il n’y a qu’en Egypte, malgré les protestations de Ferdinand de Lesseps (canal de Suez), que les Français laissèrent les Britanniques écraser l’armée égyptienne, et mettre la main sur la totalité du territoire égyptien. Mais il était difficile de réclamer quoi que ce soit aux Britanniques, ne serait-ce que pour avoir les mains libres ailleurs…ce qui ne fut pas toujours le cas, par exemple au Congo en 1884..

Tout cela préparait la poursuite, voire même l’amplification de la politique d’expansion coloniale, dans la mesure où Jules Ferry était convaincu de l’importance d’une politique coloniale pour la France. Pour lui c’était le meilleur moyen de se relever de la défaite de 1870, ensuite il y eut l’argument ô combien contestable du devoir supérieur de civilisation (avec le soutien de gens comme V. Hugo !), enfin c’était le meilleur moyen pour pouvoir trouver des débouchés pour nos entreprises.  Cela étant, il fallait convaincre le parlement, à défaut de l’opinion publique, et Jules Ferry y mit beaucoup d’énergie, tout en essayant de faire preuve d’une grande prudence…qui l’obligea à engager des opérations avec des moyens insuffisants, ce qui lui vaudra d’être chassé du pouvoir sans ménagements. En réalité il tomba par la faute d’un incident militaire survenu à Lang Son que les adversaires de sa politique exploitèrent au maximum, alors que la Chine avait accepté de retirer ses troupes du Tonkin et de reconnaître le protectorat sur l’Annam et sur le Tonkin.  

Malgré tout quand Jules Ferry quittera le pouvoir, et grâce à son habileté qui lui aura permis de s’attacher la bienveillance de Bismarck, la France aura étendu son empire à toute la future Afrique équatoriale française depuis le Congo (Savorgnan de Brazza) jusqu’au Tchad, en plus de ses possessions en Afrique Occidentale, à Madagascar (1883-1885), mais aussi à l’Indochine avec l’Annam (1883), le Tonkin (1883-1885). Il quittera le pouvoir non seulement à cause de Langson, mais surtout parce que sa politique intérieure devenait aussi très impopulaire. Et c’est Clémenceau qui lui donnera le coup de grâce en lui disant : « Nous ne vous connaissons plus et nous ne voulons plus vous connaître ». Résultat le ministère Ferry sera renversé par 306 voix contre 149, sous les cris de : « A bas Ferry ! A mort le Tonkinois ! ».

Sa carrière n’était pas terminée pour autant, comme c’est le cas de tous ceux qui ont fait profession de la politique, ce qui est  aussi valable de nos jours. Il subira quand même une défaite importante lors de l’élection présidentielle de décembre 1887 où il fut battu par Sadi Carnot, le candidat soutenu par les radicaux de Clémenceau, ce dernier ne voulant pas d’une personnalité trop connue comme J. Ferry ou encore de Freycinet. Quelques jours plus tard il échappera de peu à la mort, un boulangiste (d’Aubertin) tirant sur lui un coup de revolver. Battu aux élections législatives de 1889, il sera élu au Sénat en 1891, ce qui lui permettra  de finir sa vie comme président du Sénat, fonction à laquelle il avait accédé quelques jours avant sa mort. Une fin de vie rêvée pour ce personnage important, qui aura globalement connu tout au long de son existence une vie de privilégié. Néanmoins on retiendra de lui son œuvre scolaire, preuve que la politique permet de changer la vie si ceux qui sont en charge des affaires publiques en ont réellement la volonté, et rien que pour cela il mérite le respect de la postérité. D’ailleurs combien d’hommes politiques peuvent se flatter, comme lui, d’avoir autant de monuments ou d’établissements publics à leur nom ?

esca


L’enseignement en France au milieu du 19è siècle

Les problèmes de l’enseignement sont récurrents dans notre pays, plus peut-être que partout ailleurs, car nous sommes à la fois le pays des Lumières et celui où l’enseignement laïque et obligatoire a sans doute le plus contribué à notre rayonnement intellectuel dans le monde. Revenons un peu plus de 150 ans en arrière, et nous verrons que les questions posées dans les années 1850 ressemblaient beaucoup à celles que nous nous posons aujourd’hui. Remontons donc le temps vers le milieu du dix-neuvième siècle, très exactement en 1849, quand se réunit une commission qui doit préparer un nouveau statut de l’enseignement et qui aboutira à la loi Falloux de 1850. Il faut d’abord se rappeler que la loi de 1833, établie par Guizot, donnait à l’instituteur une relative indépendance, mais celle-ci a davantage été un vœu pieux qu’une réalité, sous l’influence de l’Eglise qui protégeait les privilèges qui lui restaient. Malgré tout 15 ans plus tard (en février 1848) Hippolyte Carnot,  descendant du grand Lazare Carnot qui sauva la République en 1793-1794, s’installe rue de Grenelle au ministère de l’Instruction Publique, ancêtre du Ministère de l’Education Nationale.  Même si personne ne lui reconnaît un grand sens politique, il sait prendre quelques initiatives intéressantes.

Ainsi pour démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat, idée à souligner à l’époque, il crée une Ecole d’Administration qui va vite tomber aux oubliettes mais qui, un siècle plus tard, renaîtra et deviendra l’Ecole Nationale d’Administration (l’ENA). Les instituteurs de leur côté prennent de l’importance. Ainsi en 1848, lors des élections à l’Assemblée Constituante, Carnot invite les instituteurs à élargir leur rôle en conseillant aux nouveaux citoyens d’élire des gens honnêtes et plein de bon sens, hors de toute considération de fortune ou d’éducation. Certes la Chambre des députés ne doit pas nécessairement être envahie par des rigoleurs invétérés, mais pour siéger au Palais-Bourbon et accomplir le travail législatif il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel, ce qui signifie qu’un employé ou un ouvrier peut parfaitement faire l’affaire.

Sur ce plan  aussi la circulaire de Carnot restera lettre morte, nombre d’électeurs trouvant cette idée saugrenue, les instituteurs eux-mêmes n’étant pas nécessairement convaincus du bien-fondé des suggestions du ministre. Cela étant, 150 ans après, le Parlement est largement ouvert à des hommes ou des femmes qui ne sont pas nécessairement énarques ou diplômés de grandes écoles. Dans le même ordre d’idées, on notera que l’actuel président de la République lui-même n’est ni l’un, ni l’autre. Cependant, même si le temps donnera raison à Carnot, il fut obligé de démissionner le 5 juillet 1848, pour être remplacé par un personnage cultivé, pieux, fils de riches commerçants anoblis en 1825, dénommé Frédéric de Falloux, promoteur de la loi de 1850 établissant le principe de la liberté de l’enseignement.

Cette loi, dont on parle encore à intervalles réguliers, a mis en place le statut de l’enseignement primaire. Les instituteurs, au nombre de 36000 en 1849, étaient des personnages très décriés à l’époque, considérés par Thiers comme « des petits rhéteurs et des anticurés ».  Désormais ils vont être placés sous la coupe du Préfet, le recteur lui-même étant installé au chef-lieu du département. La 3è République perpétuera la situation. Plus tard on optera pour une organisation plus rationnelle, où le rectorat sera centré autour d’une ville dotée d’une faculté. Toutefois, il y a un fait acquis depuis la loi Falloux, à savoir des écoles primaires publiques et privées.

Les conseils municipaux étaient libres de choisir pour l’école privée des religieux ou des laïcs. Les religieux étaient évidemment choisis dans les villes ou les gros villages industriels, car ils étaient considérés par le patronat comme les meilleurs remparts contre le socialisme. De plus, les ouvriers et les paysans étaient plus préoccupés de voir les enfants travailler le plus rapidement possible plutôt que de poursuivre des études, car ils apportaient un surcroît de main d’œuvre ou de  ressources pour des familles qui en manquaient cruellement. Par ailleurs, les divers types d’enseignement tels que nous les connaissons de nos jours n’existaient pas.

Il y avait la culture gréco-latine pour ceux qui faisaient des études et c’est tout. Même Duruy, ministre de l’Instruction Publique entre 1863 et 1869, pourtant très lié personnellement à l’empereur Napoléon III, ne réussira pas à développer l’enseignement scientifique, ce qui nous rappelle qu’à notre époque nombreux sont ceux qui regrettent qu’on n’investisse pas davantage dans notre pays sur la recherche scientifique à l’Université. Bien mieux, les socialistes ou assimilés des années 1860, tel  Auguste Blanqui, redoutaient l’école professionnelle « qui risque de faire un homme techniquement compétent, mais civiquement servile ».

D’autres comme Frédéric Bastiat  s’en prendront au baccalauréat, disant  aux bourgeois de l’époque à propos de ce diplôme : « Il conduit le pays à la ruine. Il fait des tribuns, des Caïus Gracchus, des esprits critiques ou lyriques, mais non des producteurs. Il fabrique trop de légistes, trop d’avocats qui ne peuvent vraiment fleurir que sur le terreau des sociétés décomposées ». Il ajoutait également : « Que la bourgeoisie ouvre la soupape de l’école professionnelle ; son intérêt et l’intérêt du pays tout entier lui commandent ce geste »! Les bourgeois resteront sourds à l’appel.

esca