Caracalla : un empereur pire que Commode

caracallagetaComme on pouvait s’en douter, Septime Sévère n’aurait jamais dû désigner ses deux fils pour lui succéder. Cette décision surprenante n’était en rien viable et ne le fut pas, pour la simple raison qu’après avoir aidé leur père à mourir, ils en arrivèrent très vite à régler eux-mêmes leur compte. En fait, ce règne à deux dura en tout et pour tout onze mois, du 5 février 211 au 26 décembre de la même année. On ne pouvait pas faire plus court! Il est vrai que l’aîné des deux frères, Caracalla, né un an avant Geta (en 188) ressemblait beaucoup plus à Commode qu’à Antonin, ce qui explique sa férocité. Et j’emploie le mot à dessein, car après avoir fait assassiner Geta, il condamna à mort vingt mille citoyens soupçonnés d’avoir pris le parti de son frère. En outre, pour apaiser une éventuelle mauvaise humeur des soldats, Caracalla appliqua à la lettre les préceptes de son père, en remplissant généreusement leurs poches de sesterces…ce qui ne lui garantira pas la vie pour autant, sa mort en témoigne.

Caracalla n’était pas ce que l’on appelle de nos jours une nullité, bien au contraire,mais il était tout simplement profondément cruel et amoral. Bien qu’il ait un faciès de brute, il avait été plutôt bien éduqué, au point que Don Cassius a écrit : « Etant déjà empereur, il s’entretenait avec des maîtres, et s’occupait de philosophie la plus grande partie du jour ». Cela étant nombre d’historiens ont trouvé ce compliment très exagéré, dans la mesure où Caracalla était plutôt un passionné d’animaux sauvages, ce qui n’est contesté par personne. Ainsi chaque matin, à peine levé, il voulait un ours vivant pour se mesurer avec lui et garder ainsi des muscles bien entraînés. Ensuite il s’asseyait à table avec un tigre comme compagnon, et quand venait le moment de se coucher, il se mettait entre les pattes d’un lion.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il aimait vraiment les animaux, et pas forcément ceux qu’on appelle de compagnie! Il les aimait plus que les sénateurs, qu’il ne recevait jamais, après les avoir laissés stationner une partie de la journée dans son antichambre, mais se montrait toujours cordial avec les soldats…parce qu’ils se sentaient beaucoup plus proches d’eux, sans parler du fait qu’ils pouvaient être beaucoup plus utiles que les sénateurs si quelqu’un s’avisait de vouloir prendre sa place. Autre particularité de Caracalla, il donna les droits de citoyen romain à tous les mâles de l’empire, certainement pour augmenter le nombre de gens astreints aux taxes de succession, mais cette décision le fit entrer dans l’histoire et contribua un peu à faire oublier le reste dans la trace qu’il laissa à la postérité. A partir de 212 (date de l’édit qui porte le nom de Caracalla), Romains, Italiens, provinciaux se confondaient dans l’égalité des droits, toute citoyenneté particulière restant acquise à chacun.

Pour la politique proprement dite, il s’en occupait peu , laissant ce soin à sa mère qui s’y connaissait, mais qui agissait en fonction de ses sympathies et de ses antipathies, ce qui, évidemment, n’avait rien de très rationnel. C’est elle qui triait la correspondance et donnait audience aux ministres et ambassadeurs. A Rome, on disait qu’elle s’était procuré cette position privilégiée en cédant aux désirs incestueux de son fils, ce qui était probablement faux. Ah les rumeurs! Si les historiens ont estimé que cela n’était pas vraiment crédible, c’est tout simplement parce que Caracalla était assez sérieux. En fait il n’aimait rien tant que la guerre et les duels.

Un jour quelqu’un lui parla d’Alexandre le Grand. Il se prit d’admiration et d’enthousiasme pour lui, au point de vouloir l’imiter. Résultat, il recruta une phalange comme le fit à sa manière son héros et marcha sur la Perse. Mais par rapport à Alexandre, il lui manquait le génie militaire, oubliant même au cours des batailles qu’il était général, parce que cela l’amusait davantage d’être soldat et de provoquer l’ennemi en corps à corps. Du coup les légionnaires finirent par se fatiguer de ces marches militaires et de ces guerres qui n’aboutissaient à rien sauf à massacrer les populations locales , sans programme et surtout sans butin. Et ils le poignardèrent le 8 avril 217, mettant fin à un règne de six ans seulement, un des maîtres d’oeuvre de ce crime étant Marcus Opelius Macrinus…qui lui succéda. Julia Domna, sa mère, fut déportée à Antioche après avoir tout perdu, à savoir son mari, son trône, ses enfants. Elle se laissa mourir de faim, mais en laissant derrière elle une soeur, Julia Maesa, qui avait son cerveau et son ambition, mais aussi deux petit-fils, nés de deux de ses filles : l’un s’appelait Varius Bassianus et l’autre Alexis, lequel était encore un enfant.

Michel Escatafal