Les récits des écrivains n’aident pas toujours l’histoire

Aujourd’hui je vais dire quelques mots ayant trait à la fois à la littérature et à l’histoire, pour souligner combien à travers  les récits des écrivains il a toujours été difficile de séparer ce qui était vrai de ce qui ne l’était pas. Pour illustrer ce propos je vais prendre un exemple emblématique qui concerne un empereur romain, Domitien. Nous allons voir aussi que de tous temps nombre d’écrivains n’ont jamais eu de scrupules pour flatter bassement ceux qui étaient susceptibles de leur donner une solide rente de situation, et les honneurs qui vont avec. Chez nous il y a le cas emblématique de Vincent Voiture, flagorneur patenté de Richelieu, ce qui lui valut de faire partie de l’Académie Française dès sa fondation,  et d’avoir eu une place de choix à l’hôtel de Rambouillet.

Mais, plus caractéristique encore, il y a quatre écrivains romains, parmi les plus célèbres, que je voudrais citer pour illustrer mon propos, à savoir Tacite qui était à la fois sénateur, historien et philosophe (55 – vers 120), Pline le Jeune (61-vers 114) qui fut un brillant écrivain et un homme politique, le poète Stace (vers 40 et après 96)  et  un autre poète, Martial (40 -104), qui fera profession d’écrivain parce que c’était pour lui le seul moyen de bien vivre, à défaut de faire fortune. Ces quatre personnages lettrés sont parmi ceux qui nous ont laissé le plus de renseignements et de témoignages sur leur époque, et notamment sur la période la seconde dynastie des successeurs d’Auguste, les Flaviens.

Celle-ci avait commencé avec l’avènement de Vespasien qui monta sur le trône en l’an 70, après l’horrible interrègne qui suivit la mort de Néron et avec lequel prit fin la dynastie des Jules et des Claude. Celui qui avait succédé à Néron s’appelait Galba, qui est surtout resté dans l’histoire parce qu’il avait eu l’idée jugée incensée d’ordonner à ceux qui avaient reçu des dons de Néron de les restituer à l’Etat. Cela lui coûta la vie parce que parmi les bénéficiaires des générosités de Néron il y avait des prétoriens. Il fut remplacé brièvement sur le trône par un ancien banquier, Othon, qui avait déjà fait une banqueroute frauduleuse, puis après que celui-ci se soit suicidé avant l’arrivée des troupes stationnée en Germanie marchant sur Rome, ce fut Vitellius qui se proclama empereur.

Mais trop occupé à « faire bombance », Vitellius se porta trop tard à la rencontre des troupes de Vespasien qui commandait l’autre partie des troupes disloquées en Germanie et fut battu à la bataille de Crémone, qui trancha le sort de la guerre de succession. Tacite raconte que les Romains s’amusèrent tant et plus du spectacle offert par cette bataille et de la boucherie qui se déroulait sous leurs yeux, les gens s‘entassant aux fenêtres et sur les toits comme pour une rencontre sportive, dirions-nous de nos jours, pariant même sur les résultats. Si je donne tous ces détails c’est parce qu’on peut supposer que sur de tels faits, Tacite s’est contenté de rapporter avec objectivité ce qui lui a été raconté. Il n’y a donc aucune raison de mettre en doute ce qu’il a écrit, sauf que parfois la réalité est bien difficile à imaginer, comme nous l’allons voir à propos d’un des deux fils de  Vespasien, nommé Domitien.

Celui-ci en effet après les brillants règnes de son père Vespasien (entre 69 et 79) et de son frère Titus qu’il aida à mourir en 81, eut un règne contrasté. En effet après des débuts assez sages et plutôt clairvoyants, Domitien achèvera son règne dans l’absolutisme le plus brutal avec un culte de la personnalité outrancier,  ce qui lui valut d’être haï par les sénateurs  parmi  lesquels se trouvait Tacite qui allait devenir un juge impitoyable. Il ne sera pas le seul car Pline a lui aussi laissé de Domitien le portrait le plus noir, au contraire de Stace et Martial qui en firent le tableau  le plus rose, au point qu’il nous paraît difficile aujourd’hui de porter un jugement d’ensemble objectif sur cet empereur qui a régné sur Rome jusqu’en 96.

Plus grave encore, ces écrivains ne sont même pas d’accord sur son portrait physique. Tacite et Pline décrivent Domitien comme un homme chauve, avec un gros ventre sur des jambes rachitiques, alors que Stace et Martial le voient beau comme un archange. Cela dit il est bien difficile de connaître la vérité car si Domitien fut en opposition avec Tacite c’est surtout parce qu’il limogea Agricola, gouverneur en Angleterre, qui voulait étendre les frontières de l’Empire jusqu’à l’Ecosse. Or Agricola était le beau-père de Tacite qui le vénérait et qui, par ailleurs, s’était donné pour mission de juger les hommes de son temps. Et bien entendu dans La vie d’Agricola (De Vita Agricolae) il n’a  pas été tendre avec Domitien. Quant à Pline son jugement sur cet empereur ne peut être que défavorable dans la mesure où il fut l’ami de Tacite, mais aussi parce qu’il n’échappa à une mort certaine que parce que Domitien lui-même fut assassiné.

Tel ne fut pas le cas de Stace et Martial  qui au contraire ont bénéficié des faveurs du dernier des Flaviens. Stace par exemple fut introduit à la cour impériale sous Domitien, qu’il a su encenser avec ferveur comme il l’a fait avec les grands du monde de son époque (La Thébaïde). Cela lui valut de jouir d’une réputation sans doute exagérée, certains affirmant  que le feu de son génie était loin d’avoir la vigueur de Virgile. Martial lui aussi aime à recevoir la « protection » des grands, notamment celle des écrivains (Sénèque, Lucain et plus tard Pline avant de se brouiller avec lui). Cet Espagnol de Bilbao, arrivé à Rome à vingt quatre ans, n’était pas un très grand poète, mais il était jugé remarquable par la qualité des traits qu’il dessinait. Ses Epigrammes sont de la meilleure veine et le témoignage qu’il a porté sur Rome est parmi les plus authentiques, même si son adulation pour Domitien était très suspecte. Mais ce type de travers n’a-t-il pas toujours existé ?

Michel Escatafal

Publicités

Quand Rome s’amusait – Partie 2

gladiateursSi les combats entre animaux et hommes étaient divertissants pour les Romains, le fin du fin était quand même les combats entre gladiateurs. Cela fait un peu penser aux débuts de la boxe à la fin du dix-neuvième siècle, sauf qu’à l’époque des gladiateurs la mort était quasiment toujours au rendez-vous, à un moment ou un autre. Tous étaient des hommes condamnés à mort pour homicide, mais aussi pour rapine, sacrilège ou mutinerie, crimes passibles de la peine de mort. Cependant quand il y avait pénurie de gladiateurs, de complaisants tribunaux condamnaient à mort pour des motifs futiles, car Rome et ses empereurs ne pouvaient se passer de cette viande humaine de boucherie. Et puis, il y avait aussi les volontaires, et parmi ceux-ci certains n’étaient pas de basse extraction, comme on disait à l’époque. Ces volontaires s’inscrivaient dans les écoles de gladiateurs afin de pouvoir combattre au cirque, écoles qui étaient, aux dires des témoins de l’époque, les plus sérieuses et les plus rigoureuses. On y entrait presque comme en religion, après avoir juré être prêt à se « faire fustiger, brûler et poignardé ».

A chaque combat les gladiateurs avaient une chance sur deux d’être tués, mais aussi une chance sur deux de devenir des héros populaires à qui les poètes dédiaient leurs chants, les sculpteurs leurs statues, les édiles leurs rues, sans parler de l’aura qu’ils avaient auprès des femmes. Avant le combat on leur offrait un repas pantagruélique, afin que s’ils étaient vaincus ils puissent mourir avec une souriante insouciance. On les désignait par différents noms selon les armes dont ils faisaient usage. Chaque spectacle comportait des centaines de ces duels où il n’était pas forcé qu’il y eut un cadavre. Parfois le vaincu s’était comporté avec une telle bravoure et une telle audace qu’il était gracié par la foule, celle-ci le confirmant en levant le pouce. Lors d’un spectacle offert par Auguste et qui dura huit jours, dix mille gladiateurs combattirent. Des gardes déguisés en Charon (dieu de la mort) et en Mercure (fils de Jupiter) piquaient ceux qui étaient tombés de la pointe des fourches aiguisées pour vérifier s’ils étaient bien morts, les simulateurs étant décapités sur le champ. Des esclaves africains empilaient les cadavres et renouvelaient le sable de l’arène pour les combats suivants.

Cette façon de prendre du plaisir au sang et aux tortures ne soulevait aucune objection, même chez les moralistes les plus sévères. Comme quoi la morale que l’on veut imposer…Fermons la parenthèse pour noter que Juvénal, qui critiquait tout, était un passionné du cirque qu’il trouvait tout à fait légitime. Tacite eut bien quelque doute, avant de considérer que le sang qu’on versait était du sang « vil », et cet adjectif sauva tout. Même Pline, l’honnête homme, le plus scrupuleux et le plus civilisé de son temps, trouva que ces massacres avaient une valeur éducative parce qu’ils habituaient les spectateurs au mépris stoïque de la vie, du moins celle des autres. Ne parlons pas de Stace et de Martial, les deux poètes qui ont chanté les louanges de l’horrible Domitien : ils passaient la plus grande partie de leur vie au cirque. Nous dirions aujourd’hui qu’ils étaient addict. Cela dit, c’est là qu’ils ont puisé l’essentiel de leur inspiration poétique, ce qui ne les empêcha pas d’être des personnages assez ignobles, ce qui suffit à expliquer que la seule chose pour laquelle ils eurent de l’admiration, leur vie durant, étaient le Cirque.

En fait le seul grand personnage qui ait condamné les combats de gladiateurs fut Sénèque, lequel affirma ne les avoir jamais fréquentés. D’ailleurs il n’alla visiter le Colisée qu’une fois et en fut épouvanté, au point d’écrire quand il rentra chez lui que « l’homme est tué ici comme sport et comme divertissement », ce qui pour lui était l’horreur absolue. Et pourtant, ce sport, ce divertissement était tout-à-fait en harmonie avec le niveau moral d’une Rome qui n’était pas encore chrétienne, sans être tout-à-fait païenne. L’empereur qui présidait à son destin était encore le grand prêtre, une sorte de pape, d’une religion d’Etat qui ne trouvait plus rien à objecter à de telles ignominies, pour le simple motif que cette religion ne croyait plus à elle-même.

Elle célébrait les fêtes avec une liturgie de plus en plus compliquée, élevait des temples de plus en plus fastueux, créait de nouvelles idoles comme Annona (personnification divine de l’approvisionnement en céréales) et Fortuna (personnification de la fortune et de la chance). En fait, à part de beaux chapiteaux de marbre, cette religion n’avait aucune foi pour la soutenir, cette foi devenant de plus en plus le monopole de quelques milliers de chrétiens, Juifs pour la plupart, qui, au lieu d’aller au cirque exulter de joie et de ferveur quand on tuait des hommes, se réunissaient dans leurs petits locaux, préfiguration des églises, afin de prier pour leur âme. Au fait, n’est-ce pas une constante dans l’histoire, y compris celle que nous vivons : la foi, à quelque religion qu’elle appartienne, n’est-elle pas plus forte que tout ?

Michel Escatafal


Titus et Domitien : le rose et le noir

Vespasien mort le 24 juin 79, c’est son fils Titus (né le 30 décembre 39) qui lui succéda. Beaucoup disent qu’il fut le plus fortuné des souverains, ce qui est vrai dans le sens où il n’eut pas le temps de commettre d’erreurs, comme cela lui fût certainement arrivé en raison non pas de ses défauts mais de ses vertus : de son sentiment de l’honneur, de sa candeur et de sa générosité. Car il changea radicalement de vie en devenant empereur,  comme si la fonction l’avait transformé. Déjà, il renvoya Bérénice chez elle, malgré le déchirement que cela lui imposait. Ensuite il renonça aux plaisirs, à tous les plaisirs, choisissant son entourage uniquement sur les compétences et le sens de l’Etat. Une telle transformation ne pouvait que faire de lui un homme bon, au point de ne pas signer une seule condamnation à mort pendant son court règne. Autre exemple de cette manière de gouverner : ayant appris l’existence d’un complot, il envoya un message d’avertissement aux conjurés et un autre à leurs mères pour rassurer celles-ci. Bref, un empereur presque parfait !

Hélas pour lui, c’est pendant son règne que Rome et l’Italie connurent quelques unes de leurs plus grandes catastrophes, lesquelles évidemment ne peuvent en aucun cas lui être imputées. En effet, au cours de ses deux années de règne, Rome subit un terrible incendie, les villes d’Herculanum et Pompéi furent ensevelies  par une éruption du Vésuve, et l’Italie fut dévastée par une horrible épidémie. Pour réparer les dommages, Titus épuisa le Trésor, mais donna aussi beaucoup de sa personne lors de cette épidémie. En assistant personnellement les malades, il s’exposa à la contagion et mourut ainsi lui-même, le 13 septembre 81, à l’âge de quarante deux ans, pleuré de tous, sauf de son frère Domitien (né le 24 octobre 51) qui lui succéda sur le trône.

Avant d’évoquer plus longuement Domitien, faisons un retour sur le tremblement de terre qui fit le malheur de Pompéi le 24 août 79, tout en faisant sa fortune posthume. Pompéi était une jolie cité romaine de quinze mille habitants. Vivant surtout de l’agriculture, aucun grand évènement historique n’était lié à son nom, sauf un violent tremblement de terre qui avait eu lieu en février 62, sous le règne de Néron. Mais le 24 août 79, le Vésuve cracha un nuage noir d’où surgit un torrent de lave qui engloutit en quelques minutes la riche Pompéi et le port voisin, à l’habitat davantage  populaire, d’Herculanum. Pline l’Ancien (né en 23), l’auteur d’une gigantesque Histoire Naturelle, qui commandait la flotte ancrée dans le port de Pouzzoles tout proche, et qui avait aussi pour passion la géologie, accourut avec ses navires pour voir de quoi il s’agissait, mais aussi dans l’espoir de sauver les habitants qui fuyaient éperdument vers la mer.

Aveuglé par la fumée et emporté par la foule, il tomba et fut atteint par la lave qui le submergea. Son neveu, Pline le Jeune (61-114), qui avait alors dix-sept ans, et qui assista de Misène à l’éruption du Vésuve en rédigea un compte-rendu précis qui fut exploité par les vulcanologues, lesquels donneront le qualificatif de « plinéen » à ce type d’éruption volcanique. Près de deux mille personnes moururent de ce désastre à Pompéi et sans doute plus encore à Herculanum, un désastre dont les archéologues attendront le milieu du dix-huitième siècle, pour exhumer une partie de ce qui restait de ces cités, suite notamment à la découverte par des paysans de vestiges antiques en poussant leur charrue. Et ce qui revint lentement au jour constitua le document le plus instructif non seulement sur l’architecture, mais encore sur la vie d’un petit centre de province au siècle d’or de l’empire.

Fermons cette longue parenthèse pour revenir sur Domitien. Nous ne savons guère quel jugement d’ensemble donner sur ce dernier représentant de la dynastie des Flaviens. Parmi les écrivains qui vécurent sous son règne, Tacite et Pline ont laissé de lui le portrait le plus noir, Stace et Martial le plus rose. Ils ne sont même pas d’accord sur son portrait physique : les deux premiers le décrivent chauve, avec un gros ventre sur des jambes rachitiques, alors que les deux autres le voient beau comme un archange, doux et timide. En fait il semble que les deux premiers aient été plus objectifs que les seconds, même si les sculptures le représentant ne laissent guère voir sa calvitie. Une chose est certaine en tout cas : Domitien a beaucoup souffert de la préférence que Vespasien avait toujours eue pour Titus. Quand leur père disparut, il émit la prétention de partager le pouvoir avec Titus. Celui-ci le lui offrit. Domitien, alors, refusa et se mit à comploter. Dion Cassius soutient que, lorsque Titus tomba malade, Domitien hâta sa mort en le couvrant de neige.

Son règne ressemble par certains côtés à celui de Tibère, auquel il ressemblait aussi en temps qu’homme. Début identique : sage et clairvoyant, avec une nuance d’austérité puritaine, Domitien étant avant tout un moraliste et un ingénieur. La charge à laquelle il tint le plus fut celle de censeur, qui lui permettait de contrôler les moeurs, et les ministres dont il s’entoura furent des techniciens particulièrement qualifiés pour reconstruire la ville dévastée par l’incendie. Parmi le programme d’importants travaux qu’il entreprit à Rome nous pouvons citer l’Odéon, un magnifique palais, et le stade connu sous le nom de cirque Domitien. L’empereur était sincèrement épris de paix, et quand Agricola, gouverneur en Angleterre, prétendit étendre les frontières de l’Empire jusqu’à l’Ecosse, il le limogea. Peut-être fut-ce là sa plus grande erreur, parce qu’Agricola était le beau-père de Tacite qui l’adorait et qui assuma la charge de juger les hommes de son temps. Il est donc naturel qu’il ait maltraité ce pauvre souverain. 

La paix, malheureusement, il faut être deux à la vouloir. Et Domitien eut à faire avec les Daces qui n’en voulaient pas. Les Daces traversèrent le Danube, battirent les généraux romains, et obligèrent l’empereur à prendre la direction de l’armée. Il s’en tirait fort bien quand Antoninus Saturninus, gouverneur de la Germanie, se rebella avec quelques légions, obligeant Domitien à conclure une paix prématurée et désavantageuse avec les Daces (89), et lui donnant l’obsession des conjurations. Domitien qui, jusqu’alors, avait gouverné avec une certaine mesure devint une sorte de dictateur de l’ère moderne, instaurant un culte outrancier de la personnalité. Il s’installa sur un vrai trône, voulut être appelé « Notre Seigneur et notre Dieu» et prétendit que ses visiteurs lui baisent les pieds.

Lui aussi expulsa d’Italie les philosophes parce qu’ils contestaient son absolutisme, fit couper la tête aux chrétiens parce qu’ils refusaient d’admettre sa divinité, et accorda une préséance aux délateurs, parce qu’il croyait que ceux-ci le protégeaient de ses ennemis. Les sénateurs le haïssaient, mais l’encensaient et contresignaient ses condamnations à mort. Parmi ces sénateurs se trouvait Tacite, qui devait devenir son juge impitoyable. Dans un accès de manie de la persécution, il se souvint que son propre secrétaire, Epaphrodite, était le même homme qui avait aidé Néron, un quart de siècle plus tôt, à se couper la carotide. Craignant qu’il n’en eût pris l’habitude, il le condamna à mort. Alors, tous les autres fonctionnaires du palais se sentirent menacés et organisèrent une conjuration, invitant même l’impératrice Domitia à en faire partie. Ils le poignardèrent de nuit. Domitien se défendit jusqu’au bout, sauvagement, mais en vain (18 septembre 96). Il avait presque cinquante cinq ans, et avait régné quinze ans, d’abord avec sagesse, puis comme le plus néfaste des souverains.

C’est ainsi que finit, dans l’obscurité d’où elle était sortie, la seconde dynastie des successeurs d’Auguste. Sur dix empereurs qui s’étaient succédé depuis l’avènement d’Auguste (27 av.J.C.), sept étaient morts assassinés. Il y avait quelque chose qui ne marchait pas dans ce système qui transformait en tyrans sanguinaires même des hommes a priori portés au bien, quelque chose de plus décisif encore que le mal héréditaire empoisonnant peut-être le sang des Jules et des Claude. Ce quelque chose qu’il fallait sans doute chercher dans la société romaine telle qu’elle était devenue au cours des trois derniers siècles.

Michel Escatafal