Clémenceau, sans doute l’homme le plus influent de la Troisième République

Né à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) le 28 septembre 1841, fils et petit-fils de médecin, Clémenceau pratiquera lui aussi la médecine pendant près de vingt ans. Mais c’est l’homme politique, et accessoirement le journaliste, qui le fera entrer dans la postérité, en étant une des figures les plus marquantes de la Troisième République, si ce n’est la plus influente. Cela dit, avant d’être député il se fera remarquer par son activisme, notamment en refusant l’armistice (une trahison pour lui) et en organisant un soulèvement pour s’emparer de l’Hôtel de Ville, ce qui lui vaudra l’inimitié de Jules Ferry, premier d’une longue liste, qui s’opposait à ce type de mouvement. Ce même Jules Ferry, qu’il contraindra à démissionner en 1885, en raison de leurs divergences sur la politique coloniale de ce dernier.

Plusieurs fois député, la première fois en février 1871 aux côtés de gens comme Victor Hugo, Gambetta ou Louis Blanc, président du Conseil entre octobre 1906 et juillet 1909, ministre de l’intérieur et « premier flic de France » comme il se désignait, chef des radicaux d’extrême gauche, il fut de tous les moments importants de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Par exemple ce fut lui qui proposa Sadi Carnot, petit-fils de Lazare Carnot, organisateur de la victoire sous la première République, pour remplacer Jules Grévy contraint à la démission le 26 novembre 1887, suite à l’affaire des décorations où était impliqué son gendre Daniel Wilson. Il sera aussi le soutien le plus ardent de Boulanger, avant d’en être son adversaire le plus irréductible (voir article sur Boulanger).

Il fit partie aussi de ceux qui furent éclaboussés dans le scandale financier de Panama (1891), dont il faut dire quelques mots. Ce scandale a démarré, suite à la décision de Ferdinand de Lesseps de creuser en Amérique Centrale un canal entre l’Océan Atlantique et l’océan Pacifique, sur le modèle de ce qui avait été fait avec le canal de Suez. En 1880, de Lesseps fonde une compagnie au capital de trois cents millions de francs pour accomplir son nouvel ouvrage, ce qui était très insuffisant pour le mener à bien. Du coup on décida d’émettre un emprunt à lots, a priori très attrayant pour le public…à condition qu’il en soit informé, ce qui nécessita un énorme travail de propagande, ou pour parler comme aujourd’hui de communication. Le coût de cette propagande s’éleva à soixante millions, mais cela n’empêcha pas cet emprunt de faire un énorme fiasco, puisqu’il était prévu qu’il rapporte sept cent vingt millions, alors qu’il ne fut souscrit qu’à hauteur de deux cent cinquante quatre millions. Résultat, le 2 février 1889, un jugement du tribunal de la Seine prononçait la liquidation de la société. Mais il apparut très vite que les fonds souscrits pour la construction du canal avaient été en partie détournés, à l’insu de Ferdinand de Lesseps…et qu’il en avait été fait un usage politique.

Après maintes péripéties, le gouvernement décide d’engager des poursuites contre cinq députés et cinq sénateurs, tous de la majorité républicaine sauf un. Tous ces personnages importants, comptant aussi d’anciens ministres ou président du Conseil,  vont voir lever leur immunité parlementaire à l’issue de débats houleux. Et au cours de ce débat, on assiste à une attaque en règle de Déroulède contre Clémenceau, l’accusant d’avoir été complaisant avec un certain Herz, personnage douteux très influent auprès des pouvoirs publics en France et à l’étranger. En fait, malgré les dénégations de Clémenceau, et bien que Déroulède n’ait apporté aucune preuve, la carrière de Clémenceau va subir un terrible coup d’arrêt, et il ne retrouva sa popularité qu’au moment de l’affaire Dreyfus, dont il prit la défense (1898). C’est lui qui permettra à Zola d’écrire dans son journal, l’Aurore, son immortel « J’accuse », réquisitoire précis contre les responsables de la condamnation de Dreyfus et opposés à la révision du procès.

Partisan comme les socialistes de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Clémenceau sera chargé de mettre en application la loi de 1905, malgré les protestations du pape Pie X. En revanche il provoquera la colère des socialistes en réprimant durement la grève des mineurs du Pas-de-Calais (1906) au moment où il était président du Conseil et ministre de l’Intérieur, appliquant les mêmes méthodes vis-à-vis des vignerons en Languedoc-Roussillon. Mais c’est surtout lors de la première guerre mondiale qu’il va donner la pleine mesure de ses talents d’homme d’Etat, au point d’avoir été surnommé « le Tigre » en raison de son acharnement à lutter contre l’ennemi, après avoir été appelé une nouvelle fois à la tête du gouvernement, en novembre 1917, par le président de la République Poincaré. Dans cette fonction, Clémenceau sut notamment redonner du courage à la nation toute entière, en annihilant tout esprit défaitiste, car le doute s’était insinué chez un grand nombre de Français, lesquels voyaient les cercueils rentrer toujours aussi nombreux…sans résultat sur le terrain. En plus, on venait d’apprendre que la Russie faisait sa révolution et que le front oriental s’effondrait, libérant des troupes allemandes pour renforcer celles de l’Ouest. Et pour ajouter encore plus de difficultés, l’hiver 1916-1917 avait été très rude pour les soldats, mais aussi pour les populations à l’arrière. Enfin, il fallut aussi mettre en place des cartes de rationnement (1 er mars 1917).

Sur le plan militaire Nivelle, qui avait remplacé Joffre comme commandant en chef, désireux de lancer une offensive décisive grâce à la supériorité en hommes des Alliés, allait faire une grave erreur de jugement en n’imaginant pas que l’Etat major allemand pût changer de stratégie, et se replier en ordre sans que les troupes alliées s’en rendent compte. Tout cela sur fond de désaccord entre membres des divers Etats-majors, notamment le Britannique Haig réticent à lancer une grande offensive sur un ennemi qui s’était évanoui, mais aussi Pétain qui craignait d’user dans cette bataille toutes les réserves en hommes. Malgré toutes ces réticences, l’offensive prévue par Nivelle s’engagea quand même, mais dans les pires conditions…d’autant que les Allemands avaient eu le temps de la voir venir. Le résultat ne fut pas brillant, et Nivelle fut contraint à la démission laissant sa place à Pétain comme général en chef des armées françaises.

A ce moment de la guerre nous étions aussi à l’époque des mutineries, mais heureusement pour les Alliés, Pétain va redresser la situation en deux mois. Il y aura certes quelques exécutions pour l’exemple, moins nombreuses que ce qui fut dit mais horribles quand même, mais le sort du combattant fut amélioré, notamment l’ordinaire et les périodes de repos. C’est dans ce contexte que quelques mois plus tard, Clémenceau sera appelé à la présidence du Conseil par Poincaré qui ne l’appréciait pas et qu’il n’appréciait pas. Clémenceau accepta, mais à une condition : c’est lui qui choisit ses ministres et qui commande. Comme disait le Canard enchaîné (né en 1916): « Le gouvernement Clémenceau, c’est Clémenceau à tous les ministères ». Et de fait il va faire immédiatement la preuve de son autorité en déclarant son fameux « Je fais la guerre », ajoutant qu’il la faisait partout en politique intérieure comme en politique extérieure. En outre il était devenu interdit d’être défaitiste ou pacifiste. Il fallait faire la guerre…et la finir victorieusement. Et pour ce faire, avec l’accord entre autres de Haig et Pétain, il fit donner à Foch le commandement unique entre les armées alliées.

Après la guerre, il se signala en étant un des principaux artisans du traité de Versailles (1919), voulant « gagner la paix », après avoir gagné la guerre. En fait ce traité de Versailles était aussi désastreux pour le futur que ne fut le fut traité de Francfort du 10 mars1871, qui mit fin à la guerre entre la France et la Prusse, avec l’énorme erreur que fut l’annexion de l’Alsace et la Moselle. En 1919, ce fut différent. Tout d’abord on commença par mettre à genoux l’Allemagne sur le plan économique et financier. Ensuite, on décida de détruire l’empire autrichien, seul susceptible dans l’avenir de faire contrepoids à la puissance allemande en Europe centrale, quand l’Allemagne se relèverait. En revanche, si la France  réintégra l’Alsace-Moselle, la France n’avait même pas obtenu d’annexer la Sarre, se contentant de gérer ses richesses minières en contrepartie des destructions subies dans les mines de charbon du Nord de la France, ni même la création d’un état tampon sur la rive gauche du Rhin, ce que les Américains refusaient. Bref on n’avait obtenu aucune garantie sérieuse sur l’avenir, et Clémenceau, qui disait vouloir « gagner la paix » après avoir été « le Père la Victoire », devint très vite le « Perd la victoire ». Néanmoins cela n’empêcha pas le Bloc national, qui allait de l’extrême droite monarchiste (il y en avait encore !) aux républicains de gauche, de remporter les trois-quarts des sièges à l’Assemblée, et donc de permettre à Clémenceau de se maintenir à la tête du gouvernement.

En 1920 Poincaré, dont le mandat de sept ans venait à expiration, ne se représentant pas, beaucoup de députés pressèrent Clémenceau de se présenter à l’élection présidentielle, ce qui était une façon de l’écarter du pouvoir, en lui promettant une élection triomphale. Bien que réticent pour ce poste qu’il avait toujours qualifié de rôle de « potiche », il se laissa convaincre sans se présenter officiellement. Mais le vieil homme avait oublié la détestation que lui portaient de nombreux politiciens, résultat des multiples inimitiés qu’il s’était confectionné au fil des ans depuis 1871, et suite à une vague de contestation animée par Briand (détesté par Clémenceau), il fut battu au premier tour par Deschanel, homme à la santé nerveuse déficiente (408 voix contre 389). Cela mit en fureur « le Tigre » qui décida immédiatement de se retirer de la course à la présidence, et ce fut Deschanel qui fut élu avec une très large majorité. Clémenceau se retira de la vie politique jusqu’à sa mort à Paris le 24 novembre 1929, alors que Deschanel sera contraint à la démission sept mois plus tard pour raison de santé. Sans cette trahison, « le Tigre » aurait fini son mandat, et qui sait s’il n’aurait pas pressenti avant tout le monde le danger que faisait courir la montée de l’extrême-droite en Allemagne? La politique est souvent cruelle !

Michel Escatafal

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Les relations entre l’Elysée et Matignon sous la Vè République

Dans les relations entre le président de la République et le Premier ministre sous la Cinquième République, nous sommes aujourd’hui dans une configuration inédite dans la mesure où le Premier ministre, François Fillon, se cantonne dans un rôle de collaborateur discret. Force est de constater en effet qu’il n’est effectivement rien d’autre qu’une sorte d’adjoint qui sert de relais entre la direction et son équipe. D’ailleurs les Français, qui ne sont pas à une contradiction près, le placent relativement haut dans les sondages précisément parce qu’il vit dans l’ombre du chef de l’Etat.

Essayons donc de faire un peu d’histoire depuis 1958, en précisant tout d’abord que la Constitution de 1958 était mi-présidentielle, mi-parlementaire. D’ailleurs pendant les premières années de la Vè République jusqu’au référendum de 1962, instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel, le général de Gaulle s’est comporté comme un chef d’Etat parlementaire. Michel Debré a lui-même reconnu que durant les trois années où il fut Premier ministre, le général lui laissa conduire librement les affaires intérieures du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958, elle-même issue du discours de Bayeux (1946) où Charles de Gaulle avait exposé sa vision d’un état démocratique dirigé par un éxécutif fort.

La réforme de 1962 va permettre au président de la République de modifier substantiellement le fonctionnement du régime, et de concentrer à l’Elysée les divers moyens du pouvoir. Cette concentration sera d’autant plus facilitée, que les élections législatives de novembre 1962 allaient donner au général de Gaulle une majorité parlementaire nette et homogène. En fait on était déjà dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, sauf que le président de la République s’appelait Charles de Gaulle, et que le Premier ministre était Georges Pompidou.

Si je rappelle le nom des ces deux hommes, c’est précisément parce que ce sont quand même les hommes qui font en partie la fonction. Georges Pompidou fut loin d’être ce Premier ministre falot, type Fillon, en qui certains voyaient au moment de sa nomination un simple faire-valoir du général de Gaulle. Les faits ont largement démontré le contraire, y compris après l’élection au suffrage universel du général de Gaulle en 1965,au point qu’en 1968 ce dernier décida le remplacement de Georges Pompidou, qui finissait par lui porter ombrage, par Maurice Couve de Murville.

Une fois élu à son tour président de la République en 1969, et fort du soutien de la majorité parlementaire pléthorique issue des urnes en juin 1968, Georges Pompidou allait confirmer le présidentialisme qui s’était développé avec le général de Gaulle. Et lui aussi allait céder à la tentation de se séparer de son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas (1972), devenu trop populaire à ses yeux et surtout trop réformiste par rapport aux idées de Georges Pompidou. Avec Pierre Messmer qui ne souhaitait pas mener une politique autonome, le président Pompidou allait gérer plus directement l’action gouvernementale.

Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 après la mort de Georges Pompidou, allait dans un premier temps se comporter lui-aussi comme un véritable chef de gouvernement. De fait cela aboutit très vite à un conflit avec son Premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, ce qui permit à ce dernier de démissionner avec fracas en août 1976. Il est vrai que cette démission tombait bien pour les deux hommes, la situation économique de notre pays, confronté au premier choc pétrolier, s’étant beaucoup dégradée. Cela permit à l’un, Jacques Chirac, de préserver l’avenir et à l’autre, Valéry Giscard d’Estaing, d’appeler au poste de Premier ministre Raymond Barre qui sera, sans aucune contestation possible, le meilleur Premier ministre de toute l’histoire de la Vè République.

François Mitterrand élu en 1981, renouera avec la tendance amorcée par Georges Pompidou et la renforcera. A cette époque le Premier ministre, Pierre Mauroy, aura surtout un rôle de relais auprès des organisations syndicales pour mettre en œuvre les réformes décidées par la présidence de la République. Cela étant, si son poids politique était fort, il ne saura pas arrêter les dérives en termes de finances publiques que cette politique produisait, faute sans doute des compétences nécessaires. Il sera remplacé en 1984 par Laurent Fabius, à l’époque très jeune (à peine 38 ans), lequel se singularisera essentiellement par ses prises de position en politique étrangère, refusant parfois de cautionner les décisions de François Mitterrand, notamment  lors de la visite en décembre 1985 du général Jaruzelski, chef d’Etat communiste de la Pologne, au moment où ce dernier réprimait sévèrement la contestation du syndicat Solidarnosc.

Bien entendu, je ne parlerais pas des périodes de cohabitation où la nomination du Premier ministre est imposée par le suffrage universel, et où tout à fait normalement la République redevient en grande partie parlementaire. Ce fut le cas entre 1986 et 1988, où François Mitterrand nomma Jacques Chirac comme Premier ministre, puis entre 1993 et 1995 avec la nomination d’Edouard Balladur, et enfin entre 1997 et 2002 avec Lionel Jospin comme Premier ministre. Entre temps, il n’y aura eu réellement qu’un seul Premier ministre ayant réellement marqué son époque, Michel Rocard. Ce dernier lui aussi très populaire, sera renvoyé sans ménagement en mai 1991 sans jamais avoir été désavoué par la majorité parlementaire, ce qui permettra à François Mitterrand de nommer pour la première fois une femme au poste de Premier ministre, Edith Cresson. Cette dernière ne laissera pas pour autant un souvenir impérissable.

Jacques Chirac, une fois président de la République (1995), essaiera lui aussi d’élargir au maximum sa sphère d’intervention. Je dis bien essaiera, parce qu’entre une dissolution manquée (1997) et une présidence entre 2002 et 2007 où son adversaire le plus farouche, Nicolas Sarkozy, était au gouvernement, ses pouvoirs ont quand même été largement limités. Et nous en arrivons à la période actuelle, avec ce couple improbable à la tête de l’exécutif formé par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Les deux hommes, très dissemblables, avaient en fait un seul point commun, leur farouche opposition à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy parce qu’il voulait prendre sa place et François Fillon parce qu’il ne faisait plus partie du gouvernement. Rien que de l’idéologie ! La suite nous la connaissons puisque nous la vivons.

esca


Petit aperçu des relations entre l’Eglise catholique et le pouvoir en France

La pratique religieuse a beaucoup évolué au cours du dernier siècle, et pas seulement dans notre pays, inversant totalement les tendances des siècles  précédents. Cependant, sans remonter très loin, les relations du Saint-Siège avec les dirigeants français n’ont pas toujours été idylliques. Déjà du temps de Louis XIV, les tensions furent très vives avec les papes Clément X (1670-1676), et plus encore avec Innocent XI (1676-1689), la papauté ne se réconciliant avec Louis XIV qu’avec Innocent XII. Mais pourquoi cette tension ? En fait tout a commencé en 1669, avec ce que l’on appelle « la paix clémentine » (1669), destinée à apaiser la polémique avec les jansénistes, ce que Louis XIV a considéré comme un aveu de faiblesse. Ensuite du temps de Clément X, Louis XIV va essayer d’étendre les droits régaliens à l’ensemble de la France, le roi pouvant toucher les revenus d’un évêché en vacance de siège (système de la Régale). Mais Innocent XI s’oppose aux prétentions du roi de France, lequel réunit une assemblée extraordinaire en 1682, qui publiera la « déclaration des Quatre articles », laquelle définit les droits de l’Eglise gallicane face au Saint-Siège.

Le pape la déclare nulle et refuse de ratifier la nomination d’évêques (35 en tout). Pour amadouer le pape, autant que pour préserver l’unité religieuse du pays, Louis XIV décide alors de révoquer en 1685 l’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, par lequel le roi de France reconnaissait la liberté de culte aux protestants. Hélas pour le Roi soleil, Innocent XI trouve ses méthodes trop brutales vis-à-vis des protestants, et excommunie le roi et ses ministres, ce qui provoque la fureur de Louis XIV, qui ordonne aux troupes françaises d’investir les propriétés du pape en Avignon. Il fallut l’intervention de Fénelon (à l’époque directeur de la maison « les Nouvelles catholiques » chargé de recueillir les jeunes filles qui venaient d’abjurer le protestantisme) et de Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre protestant qui vient de chasser du trône Jacques II, pour éviter le schisme.

Louis XIV et Innocent XI vont poursuivre leur affrontement dans « l’affaire des franchises » (droit d’asile) en 1687, la police pontificale ayant poursuivi des malfaiteurs dans l’enceinte même de l’ambassade de France. Innocent XI ne règlera pas ces différents, car il mourra en 1689, et pas davantage son successeur Alexandre VIII qui ne règnera qu’un peu plus d’un an (1689-1691). Ce sera donc à Innocent XII (1691-1700), grand réformateur de l’administration des Etats pontificaux, à faire la paix avec Louis XIV. Ce dernier, en proie aux difficultés de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), finira même par accorder à Clément XI (1700-1721) d’importantes concessions concernant le gallicanisme. En contrepartie, Clément XI donnera son aval à la succession française (Philippe V) en Espagne, en 1700.

Un siècle plus tard, Napoléon lui-même n’aura jamais de très bonnes relations avec le pape Pie VII, qui a toujours opposé une vive résistance à l’empereur des Français. Certes du temps du Consulat (1801) Napoléon Bonaparte s’était crû obligé de signer un concordat avec le Pape Pie VII,  le but étant bien évidemment de mettre l’Eglise Catholique, très influente,  à son service. Ce concordat va rester en application quasiment jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Bonaparte tirera un grand bénéfice de cette signature, car cela va lui apporter le soutien des catholiques et même de certains monarchistes, alors qu’il était issu de la Révolution. Toutefois, sans entrer dans les détails de l’histoire, il est permis de dire que c’est probablement  le Pape Pie VII qui fut le plus grand adversaire de Napoléon, et qui sans doute participa le plus à sa chute. Cela nous fait penser au combat, il n’y a pas d’autre mot,  livré par Jean-Paul II aux régimes communistes avec le résultat que l’on sait.

Ensuite, les relations de la France avec le Vatican s’améliorèrent,  et furent même très proches au moment du Second Empire. Certes, la France aida l’Italie à recouvrer son indépendance (1859), mais en se gardant bien de toucher aux Etats pontificaux,  qui vont être protégés des assauts des nationalistes italiens (1867). En revanche,  le Pape Pie IX formulera des exigences trop fortes politiquement pour Napoléon III, notamment en demandant de rendre obligatoire le mariage religieux.

Malgré tout l’ultramontanisme de l’Impératrice Eugénie fera de nouveau  de la France « la fille aînée de l’Eglise », ce qu’elle était déjà à l’époque de Pépin le Bref (roi des Francs de 751 à 768), fils de Charles Martel et père de Charlemagne. Pépin le Bref en effet, avait accordé son soutien au pape Etienne II, menacé par les  Lombards du roi Astulf. Etienne II avait traversé pour l’occasion les Alpes, et était présent le jour de l’Epiphanie, prétexte pour sacrer de nouveau Pépin dans la basilique Saint-Denis. En outre il avait interdit aussi, sous peine d’excommunication, aux seigneurs francs de se donner des rois d’une autre lignée. En remerciement Pépin donna au pape les terres lombardes, prémices de l’Etat temporel du Vatican jusqu’en 1870.

Fermons la parenthèse pour noter que les rapports seront plus difficiles avec l’avènement définitif de la République, dont les principaux dirigeants étaient peu disposés vis-à-vis de l’Eglise Catholique. Il est vrai que cette dernière s’y entendait pour semer d’embûches l’affermissement de la jeune République. Par exemple en 1890, quand le Pape Léon XIII,  pourtant chef de l’Eglise catholique, invite l’épiscopat à s’accommoder du régime républicain, il se heurte aux évêques royalistes nommés par Pie IX. Trente ans plus tard, Pie XI rencontrera les mêmes difficultés avec les évêques nommés par Pie X. En plus l’Action Française, mouvement politique royaliste et nationaliste, a une influence considérable sur le clergé.

Enfin, le rôle de l’Eglise fut loin d’être glorieux au moment de l’affaire Dreyfus (1895-1906), nombre de religieux se rangeant dans le chœur antisémite, ce qui contribua d’une certaine façon à accélérer le vote de la loi qui sépare l’Eglise et l’Etat (1905). Cette loi, pour aussi douloureuse qu’elle apparaisse aux catholiques pratiquants, nombreux à l’époque, a été quand même considérée par certains  comme une véritable aubaine pour l’Institution, l’Eglise de France ayant l’occasion de revenir aux sources dans la pauvreté. Cela étant, cela ne lui permettra pas de renouer avec certaines catégories sociales dont elle aurait dû se sentir proche, notamment la classe ouvrière.

La doctrine marxiste était passée par là avec son slogan : « la religion est l’opium du peuple », à laquelle la hiérarchie catholique, par ses comportements avait donné force. De fait, les gens les plus proches de l’Eglise de France se retrouvent dans la bourgeoisie, petite et grande,  et les campagnes. L’expérience des prêtres ouvriers dans les années 1960 ou 1970 ayant été un fiasco, l’influence de l’Eglise dans les milieux ouvriers défavorisés s’est semble-t-il définitivement éloignée d’un monde qui, a priori, aurait dû être le sien.  Il est vrai que le cadre traditionnel d’un catholicisme conventionnel et encore un peu bourgeois,  semble mal adapté auprès d’une misère qui ne semble guérissable que par une refonte totale des rapports sociaux. Hélas, ce n’est pas pour demain !

esca


La Cagoule

Parmi les nombreuses ligues qui pullulent au milieu des années 30, il y a un certain Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR) qui n’était rien d’autre qu’un groupement d’extrême droite soutenu par quelques gros industriels, mais aussi par certains éléments de l’armée, dont le fondateur (en 1935) était un polytechnicien du nom d’Eugène Deloncle. Ce mouvement affiche sans s’en cacher des idées à la fois anticommunistes et antirépublicaines, ce qui est dans l’ordre des choses puisque cette association était composée essentiellement d’anciens royalistes et de ligueurs proches de l’idéologie fasciste. Cette association allait être vite dénommée par la presse « la Cagoule ».

Né après les émeutes du 6 février 1934, ce mouvement allait très vite se signaler par des actions violentes destinées à déstabiliser le gouvernement de Front Populaire, arrivé au pouvoir (le 4 juin) à la faveur de la victoire de la gauche aux élections d’avril et mai 1936. La manière de lutter de « la Cagoule » se manifeste notamment par des assassinats, tels ceux des frères italiens antifascistes Rosselli sur ordre vraisemblablement de Mussolini (juin 1937), et par le sabotage des bâtiments de la Confédération générale du Patronat français, tuant deux policiers en faction, et de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (septembre 1937). A ce propos on peut constater que « la Cagoule » ne s’en tenait pas uniquement à faire des exactions vis-à-vis des mouvements de gauche.

La lutte contre le mouvement s’engage sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur Max Dormoy, lequel s’inquiète de plus en plus des projets de « la Cagoule ». Celle-ci en effet voulait renverser la république, qualifiée avec insolence de « gueuse », pour être remplacé par un régime autoritaire dont le chef de l’Etat serait Philippe Pétain. Dormoy réussit à démanteler en partie l’organisation à la fin de l’année 1937, laquelle avait compté jusqu’à 3000 « abonnés » (ils s’appelaient ainsi) à Paris et sans doute autant en province, ce qu’il paiera de sa vie en 1941 (nuit du 25 au 26 juillet). Au passage cela montre que non seulement Dormoy n’avait pas mis totalement hors de nuire « la Cagoule », mais que celle-ci continuait à disposer des moyens suffisants pour poursuivre ses méfaits, et maintenir un stock d’armes important.

Cela dit la guerre va provoquer de profondes divisions parmi les représentants de l’organisation, avec toutefois un penchant vers le régime de Vichy pour la plupart d’entre eux. Certains « cagoulards » sont mêmes de hauts responsables de la police de Vichy ou des collaborateurs avérés. Joseph Darnand par exemple était un des chefs de la Milice, ce qui lui vaudra d’être condamné à mort et exécuté en octobre 1945. En revanche Maurice Duclos sera un des premiers à rejoindre de Gaulle. D’autres encore comme Gabriel Jeantet  ont soutenu clandestinement la Résistance, après avoir été au cabinet civil du maréchal Pétain. Paul Dungler pour sa part sera un des héros de la résistance alsacienne

« La Cagoule » sera démantelée définitivement en 1947. Certains des « abonnés » seront mis sous les verrous, mais en nombre finalement assez limité (un peu plus d’une centaine), et beaucoup d’autres seront amnistiés ou même réhabilités. Ensuite en 1948 ce sera le procès de l’organisation elle-même qui va concerner en tout 49 inculpés…arrêtés en 1937. Les peines iront de la condamnation à perpétuité à dix ans d’emprisonnement, mais ceux qui avaient fui à l’étranger seront condamnés à mort par contumace, la peine de mort n’étant requise que pour deux d’entre eux. Quant à Eugène Deloncle, son fondateur, il sera assassiné par la Gestapo le 7 janvier 1944, cette dernière le soupçonnant de relations avec les services secrets de l’armée allemande opposés à Hitler.

esca


L’enseignement en France au milieu du 19è siècle

Les problèmes de l’enseignement sont récurrents dans notre pays, plus peut-être que partout ailleurs, car nous sommes à la fois le pays des Lumières et celui où l’enseignement laïque et obligatoire a sans doute le plus contribué à notre rayonnement intellectuel dans le monde. Revenons un peu plus de 150 ans en arrière, et nous verrons que les questions posées dans les années 1850 ressemblaient beaucoup à celles que nous nous posons aujourd’hui. Remontons donc le temps vers le milieu du dix-neuvième siècle, très exactement en 1849, quand se réunit une commission qui doit préparer un nouveau statut de l’enseignement et qui aboutira à la loi Falloux de 1850. Il faut d’abord se rappeler que la loi de 1833, établie par Guizot, donnait à l’instituteur une relative indépendance, mais celle-ci a davantage été un vœu pieux qu’une réalité, sous l’influence de l’Eglise qui protégeait les privilèges qui lui restaient. Malgré tout 15 ans plus tard (en février 1848) Hippolyte Carnot,  descendant du grand Lazare Carnot qui sauva la République en 1793-1794, s’installe rue de Grenelle au ministère de l’Instruction Publique, ancêtre du Ministère de l’Education Nationale.  Même si personne ne lui reconnaît un grand sens politique, il sait prendre quelques initiatives intéressantes.

Ainsi pour démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat, idée à souligner à l’époque, il crée une Ecole d’Administration qui va vite tomber aux oubliettes mais qui, un siècle plus tard, renaîtra et deviendra l’Ecole Nationale d’Administration (l’ENA). Les instituteurs de leur côté prennent de l’importance. Ainsi en 1848, lors des élections à l’Assemblée Constituante, Carnot invite les instituteurs à élargir leur rôle en conseillant aux nouveaux citoyens d’élire des gens honnêtes et plein de bon sens, hors de toute considération de fortune ou d’éducation. Certes la Chambre des députés ne doit pas nécessairement être envahie par des rigoleurs invétérés, mais pour siéger au Palais-Bourbon et accomplir le travail législatif il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel, ce qui signifie qu’un employé ou un ouvrier peut parfaitement faire l’affaire.

Sur ce plan  aussi la circulaire de Carnot restera lettre morte, nombre d’électeurs trouvant cette idée saugrenue, les instituteurs eux-mêmes n’étant pas nécessairement convaincus du bien-fondé des suggestions du ministre. Cela étant, 150 ans après, le Parlement est largement ouvert à des hommes ou des femmes qui ne sont pas nécessairement énarques ou diplômés de grandes écoles. Dans le même ordre d’idées, on notera que l’actuel président de la République lui-même n’est ni l’un, ni l’autre. Cependant, même si le temps donnera raison à Carnot, il fut obligé de démissionner le 5 juillet 1848, pour être remplacé par un personnage cultivé, pieux, fils de riches commerçants anoblis en 1825, dénommé Frédéric de Falloux, promoteur de la loi de 1850 établissant le principe de la liberté de l’enseignement.

Cette loi, dont on parle encore à intervalles réguliers, a mis en place le statut de l’enseignement primaire. Les instituteurs, au nombre de 36000 en 1849, étaient des personnages très décriés à l’époque, considérés par Thiers comme « des petits rhéteurs et des anticurés ».  Désormais ils vont être placés sous la coupe du Préfet, le recteur lui-même étant installé au chef-lieu du département. La 3è République perpétuera la situation. Plus tard on optera pour une organisation plus rationnelle, où le rectorat sera centré autour d’une ville dotée d’une faculté. Toutefois, il y a un fait acquis depuis la loi Falloux, à savoir des écoles primaires publiques et privées.

Les conseils municipaux étaient libres de choisir pour l’école privée des religieux ou des laïcs. Les religieux étaient évidemment choisis dans les villes ou les gros villages industriels, car ils étaient considérés par le patronat comme les meilleurs remparts contre le socialisme. De plus, les ouvriers et les paysans étaient plus préoccupés de voir les enfants travailler le plus rapidement possible plutôt que de poursuivre des études, car ils apportaient un surcroît de main d’œuvre ou de  ressources pour des familles qui en manquaient cruellement. Par ailleurs, les divers types d’enseignement tels que nous les connaissons de nos jours n’existaient pas.

Il y avait la culture gréco-latine pour ceux qui faisaient des études et c’est tout. Même Duruy, ministre de l’Instruction Publique entre 1863 et 1869, pourtant très lié personnellement à l’empereur Napoléon III, ne réussira pas à développer l’enseignement scientifique, ce qui nous rappelle qu’à notre époque nombreux sont ceux qui regrettent qu’on n’investisse pas davantage dans notre pays sur la recherche scientifique à l’Université. Bien mieux, les socialistes ou assimilés des années 1860, tel  Auguste Blanqui, redoutaient l’école professionnelle « qui risque de faire un homme techniquement compétent, mais civiquement servile ».

D’autres comme Frédéric Bastiat  s’en prendront au baccalauréat, disant  aux bourgeois de l’époque à propos de ce diplôme : « Il conduit le pays à la ruine. Il fait des tribuns, des Caïus Gracchus, des esprits critiques ou lyriques, mais non des producteurs. Il fabrique trop de légistes, trop d’avocats qui ne peuvent vraiment fleurir que sur le terreau des sociétés décomposées ». Il ajoutait également : « Que la bourgeoisie ouvre la soupape de l’école professionnelle ; son intérêt et l’intérêt du pays tout entier lui commandent ce geste »! Les bourgeois resteront sourds à l’appel.

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Léon Gambetta : tribun exalté au service de la République

Léon Gambetta, avocat de profession, né à Cahors en 1838 de parents italiens, va devenir célèbre très jeune, en 1868, en prononçant contre l’Empire un réquisitoire sévère pour défendre le journaliste républicain L.C. Delescluze.  Au moins lui savait de quoi il parlait quand il évoquait la liberté de la presse, d’autant qu’il a créé son propre journal, « La République Française » en 1871. Elu député radical en 1869, il va mettre au point ce que l’on appellera « le programme de Belleville », véritable charte du parti radical. Un peu plus tard, c’est lui qui proclamera la république le 4 septembre 1870. Ensuite il se rendra encore plus célèbre en quittant Paris en ballon pour organiser la résistance aux Allemands. Il se rend à Tours, prend la direction de la délégation du gouvernement, mais l’avance allemande l’oblige à se replier sur Bordeaux. Il ne va pas y rester longtemps car il va démissionner au moment de la reddition de Paris. De nouveau élu député, il  va encore démissionner quand la France se résout à laisser l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne (1er mars 1871).

Ensuite il se fera remarquer en s’opposant au projet de restauration monarchique, après la chute de Thiers en 1873. Il fera aussi voter les lois constitutionnelles de 1875 qui établissent la république. En 1877, après la dissolution de la chambre,  il prend la tête du mouvement de résistance au président Mac Mahon, avec cette célèbre déclaration : « Quand la France aura fait entendre sa voie souveraine, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ». Ces propos peu diplomatiques lui valurent trois mois de prison. Après le départ de Mac Mahon et l’élection de Grévy en 1879, il sera président de l’Assemblée et surtout président du Conseil en 1881, se réservant aussi  le portefeuille des Affaires étrangères).

Ce « Grand Ministère », ainsi qu’on l’a appelé par dérision  parce qu’aucun grand chef républicain n’en faisait partie, ne durera que 73 jours. Sa volonté de créer un gouvernement suffisamment fort pour s’affranchir de l’influence des parlementaires, à laquelle il faut ajouter  ses projets de révision de la constitution, plus une réforme électorale instituant le scrutin de liste pour les députés, auront suffi à lui aliéner en moins de trois mois la plus grande partie de l’Assemblée. Gambetta  va donc quitter le pouvoir au plus haut niveau, et redevenir  bien malgré lui simple député tout en s’occupant de son journal, avant de mourir fin 1882 des suites d’un accident (mal soigné) avec une arme à feu. Cela dit, même en faisant un résumé très succinct de sa vie, on mesure l’immensité de l’œuvre accompli par ce grand tribun en moins de quinze ans de vie politique.

esca


Aristide Briand : le pélerin de la paix

Le grand serviteur de la république que fut Aristide Briand est né à Nantes, en 1862, dans une famille de cafetiers, et après de brillantes études il devint avocat, mais aussi journaliste à La Lanterne (journal anti-clérical), puis fut élu député socialiste en 1902, ce qui marqua le commencement d’une carrière politique très brillante, puisqu’il fut onze fois président du Conseil et vingt-cinq fois ministre.

Servi par un extraordinaire don d’orateur, mais aussi par de remarquables qualités de négociateur, il fut à de nombreuses reprises l’homme chargé de rapporter ou de négocier des accords importants, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Ainsi, c’est lui qui a fait adopter la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), sans que cela ne provoquât trop de tensions avec le clergé français, ce qui était en soi une performance. Il eut aussi un rôle de premier plan pendant la Première Guerre mondiale, en tant que président de Conseil et ministre des affaires Etrangères entre 1915 et 1917. A ce titre, il fut l’instigateur de l’expédition de Salonique et des Balkans (janvier 1915- septembre 1918). Plus tard, il participe à la signature du Traité de Versailles (28 juin 1919), dont il veut une application stricte en termes de réparations à payer par l’Allemagne.

Très vite, cependant, Briand se rend compte que des aménagements de la dette allemande sont nécessaires, afin d’éviter d’étouffer la république de Weimar, en contrepartie d’une garantie des frontières françaises. Briand avait compris qu’il ne sert à rien d’humilier encore plus un pays vaincu, sous peine de voir ce dernier ne penser qu’à la revanche, comme l’avait fait cinquante ans plus tôt Bismarck vis-à-vis de la France après la première guerre franco-allemande, le chancelier exigeant une rançon énorme (5 milliards de franc-or) et surtout l’annexion de l’Alsace-Moselle (1871). Cela dit, tout le monde était loin d’être d’accord avec Briand sur cette attitude réaliste, et notamment le président de République Millerand. Désavoué, Briand démissionnera (on avait du panache à cette époque !), mais après la démission de Millerand en 1925, le pèlerin de la paix qu’était devenu A. Briand allait de nouveau être ministre des Affaires étrangères, et obtenir le rapprochement avec l’Allemagne en signant le Traité de Locarno, qui garantissait les frontières de la France et de la Belgique avec l’Allemagne, et qui établissait un pacte d’assistance mutuelle. Cela vaudra à Briand d’obtenir en 1926 un prix Nobel de la paix bien mérité.

Cette même année l’Allemagne est admise à la Société des Nations (créée en 1924), ancêtre de l’ONU. Ensuite Briand signera le pacte Briand-Kellog (secrétaire d’Etat américain en 1928) qui devait mettre « la guerre hors-la-loi ». Fort de tous ces succès Briand, en véritable visionnaire, suggère la création d’une fédération européenne, aux prérogatives essentiellement économiques, approuvée par 27 pays européens. Hélas pour Briand, pour la France, et l’Europe, cette idée est rapidement enterrée, d’autant qu’en 1929 éclatait la crise économique du siècle, et avec elle la montée des dictatures nationalistes (Italie, Pologne, Portugal, Yougoslavie). Heureusement pour lui, Briand ne verra pas l’avènement en Allemagne du gouvernement national-socialiste d’Hitler en 1933, ni la prise du pouvoir de Franco en Espagne en 1939, après trois ans de guerre civile, puisqu’il mourra à Paris le 7 mars 1932, terme d’une vie extrêmement bien remplie.

esca