Première dame, hôtesse de l’Elysée…ou rien du tout?

princesse mathildeHenriette PoincaréMichelle AuriolAujourd’hui j’ai envie de parler à nouveau des femmes de président de la République, en raison de l’actualité. Oh certes, je ne vais pas m’amuser à évoquer l’affaire Hollande sur Closer, même si ce sont les conséquences de cette affaire qui m’amènent à reprendre un article que j’avais écrit il y a plus de deux ans et demi. Je l’avais d’ailleurs écrit en parlant de  deux femmes, Cécilia ex-Sarkozy et Carla Sarkozy, qui étaient entrées dans l’histoire, alors qu’a priori rien ne les prédestinait à cela. J’avais évoqué le rôle joué par Cécilia, le 24 juillet 2007 au moment où son mari vivait son état de grâce de président de la République nouvellement élu, dans la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien condamnés à mort puis retenus dans les prisons libyennes pendant presque huit ans. Plus que le rôle de médiatrice que personne n’aurait reproché à Cécilia, surtout si tout cela s’était fait dans la discrétion, ce sont plutôt les conditions de cette libération qui ont posé problème. A quel titre avait-elle offert ses services ? Comment  avait-elle pu discuter en tête à tête avec un chef d’Etat étranger (Kadhafi) dont, ironie du destin, son ex-mari a tout mis en œuvre pour lui faire quitter le pouvoir dans son pays, après l’avoir reçu en grande pompe en décembre 2007 ? Au nom de quoi Cécilia avait-elle pu se déplacer de son propre chef comme on semblait nous le dire ? Autant de questions auxquelles les constitutionnalistes n’avaient pu apporter de réponse à l’époque.

Jusqu’à ce moment, dans l’histoire de nos républiques, rares ont été les épouses de président dont on a retenu le prénom, pour la simple raison qu’elles vivaient généralement dans l’ombre de leur mari. On ne savait pas non plus la manière dont elles appelaient dans l’intimité leur mari, alors que chacun sait que Carla Sarkozy appelle son mari « chouchou »…du moins devant les caméras. Il est vrai qu’à l’époque il n’y avait pas la télévision, pour immortaliser les scènes de la vie de tous les jours de nos dirigeants. En outre, toujours dans le domaine de la vie privée, Carla a eu un enfant avec Nicolas Sarkozy en 2011, après que ce dernier ait été grand-père en janvier 2010. Autant d’évènements insolites et inédits dans la vie à l’Elysée, puisque Nicolas Sarkozy aura été le premier président à divorcer en cours de mandat, à se remarier, et à avoir un enfant.

Avec François Hollande rien de comparable puisqu’il ne s’est jamais marié, sauf que la première conséquence des révélations du journal Closer a été que désormais on ne parlera (peut-être) plus de « première dame » à propos de la femme du président de la République ou de sa compagne, puisque là aussi François Hollande avait innové en ayant une compagne à l’Elysée, avec secrétariat, sans être marié avec elle. J’ai mis « peut-être » entre parenthèse, dans la mesure où nul ne connaît l’avenir sur une institution qui n’a jamais rien eu d’officiel. Pour mémoire je rappellerais que c’est à Madame Vincent Auriol, dont le mari fut président de la République de 1947 à 1954, que la presse attribua pour la première fois l’appellation « première dame de France », à l’instar de ce qui se faisait aux Etats-Unis (First Lady), même si là aussi il s’agit d’un titre non officiel…qui peut être donné à une parente ou une amie du président sous un autre nom (White House hostess) s’il est célibataire. En France c’est avec les présidents de la Cinquième République que cette appellation est devenue quasi institutionnelle.

Cela dit, l’histoire offre quand même quelques particularités de la vie des femmes de président avant les débuts de la Cinquième République. Par exemple Elise Thiers, qui était la fille aînée de la maîtresse du premier président de la Troisième République, Adolphe Thiers (1871-1873). Par ailleurs, si nous savons peu de choses de Coralie Grévy, nous connaissons très bien sa fille, Madame Wilson, parce qu’elle a épousé un aventurier, devenu secrétaire d’Etat, inculpé ensuite de trafic de décorations, ce qui finira par entraîner la démission du président Grévy, le 2 décembre 1887. Quant à Madame Faure, l’histoire a surtout retenu d’elle la phrase prononcée en voyant son mari mort, étendu sur un matelas dans son bureau : « c’était un si bon mari » ! Pour l’anecdote il faut savoir que Félix Faure, président entre 1895 et 1899, a connu une mort galante avec sa maîtresse dans la pièce jouxtant son bureau de l’Elysée, dans lequel il la recevait quasi quotidiennement. C’est pour  une tout autre raison que nous avons entendu parler de l’épouse de Raymond Poincaré (président de 1913 à 1920). Celui-ci en effet, s’était marié civilement avec Henriette, divorcée et veuve, son premier mari étant décédé. Elu président de la République, on pressa gentiment Poincaré de se marier religieusement, ce qui était possible puisque sa femme était veuve. Voilà pour des anecdotes qui font la petite histoire, à côté de la grande.

Que dire d’autre sur ces femmes, appelées depuis l’après-guerre les premières dames, et qui en avaient le rôle à l’Elysée ? D’abord à l’époque de Louis-Napoléon Bonaparte il n’y eut pas d’épouse à l’Elysée,  puisque ce dernier était célibataire pendant sa présidence (il s’est marié le 29 janvier 1853 avec Eugénie de Montijo quand il était empereur). En revanche celle qui joua le rôle de première dame ou plutôt « d’hôtesse de l’Elysée » pour parler comme les Américains, quand L.N. Bonaparte était président de la République, fut la princesse Mathilde, jeune femme d’une trentaine d’année, d’une grande beauté et nièce du futur empereur. Le fait d’ailleurs d’ambitionner la restauration de l’empire empêcha Louis-Napoléon d’épouser celle que l’on appela Miss Howard, qui hérita d’un de ses amants d’une fortune considérable, et qui aida grandement le neveu de Napoléon pour le financement de sa campagne électorale.

Madame Mac Mahon, femme du duc de Magenta, président de la République (1873-1879) élu par une assemblée monarchiste voulant rendre possible une nouvelle restauration de la royauté, se signala  immédiatement par sa grande classe et fit de l’Elysée un lieu que tout le monde voulait connaître. Cette femme qui appartenait à la famille de Castries fut en fait une des femmes de président qui marquèrent le plus la fonction. En plus de présider le comité central de la Croix Rouge, créée peu avant (en 1864) par le Suisse Jean-Henri Dunant, suite au spectacle terrifiant laissé par la bataille de Solférino (24 juin 1859) à laquelle participa Mac Mahon, Elisabeth Mac Mahon fit installer une fabrique de layettes à l’Elysée, pour les enfants défavorisés. Elle éblouit le tout Paris, notamment le 5 janvier 1875, lors de l’inauguration de l’opéra Garnier. Enfin elle s’avéra un conseiller pour son mari, allant même jusqu’à discuter avec lui  de la composition d’un gouvernement.

Autre femme qui méritera l’estime de la postérité, Madame Carnot, qui vécut à l’Elysée de décembre 1887 au 24 juin 1894, date de l’assassinat de son mari. Elle se signala plus particulièrement par deux actions qui ne peuvent qu’attirer la sympathie, à savoir la création de l’arbre de Noël pour les enfants pauvres, et par le fait qu’après la mort du président elle refusa la pension qu’on voulait lui attribuer. En revanche on notera l’extrême « radinerie » de Madame Fallières, laquelle revendait les fruits reçus des serres du jardin du Luxembourg. On affirme aussi qu’elle donnait ses réceptions le jeudi soir (veille du vendredi, jour de jeune pour l’Eglise catholique) de façon à ce que ses invités, chrétiens pratiquants pour nombre d’entre eux, ne mangent pas de petits pains contenant de la viande rouge ou de la charcuterie à partir de minuit. Il n’y avait pas de petits bénéfices pour les locataires de l’Elysée !

Quant aux autres elles ne laissèrent quasiment pas de trace, sinon très marginale. A ce propos, il y a le cas de Madame Gaston Doumergue, née Jeanne Graves, qui ne fut femme de président de la République que pendant quelques jours en juin 1931. Elle resta à l’Elysée encore moins longtemps que Cécilia Sarkozy, puisqu’elle épousa le président (célibataire depuis toujours) dans les tous derniers jours de son septennat, avant de partir avec lui en retraite dans une propriété qui lui appartenait à Tournefeuille en Haute-Garonne, retraite dont il sortira un peu plus tard en devenant président du conseil de février 1934 à novembre de la même année.

Je ne parlerai pas des épouses des présidents de la Cinquième République, en dehors des deux de Nicolas Sarkozy. De toute façon, à part Cécilia et Carla Sarkozy, toutes (Yvonne de Gaulle, Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d’Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac) se sont cantonnées dans le rôle classique de première dame de France, tel qu’on l’imaginait jusqu’à la rupture de F. Hollande avec sa compagne, Valérie Trierweiler, celle-ci ayant eu la mauvaise idée (aux yeux de nombreux Français) d’avoir voulu se mêler de politique à ses débuts à l’Elysée, ce qu’elle ne fit plus par la suite. En revanche N. Sarkozy a donné à ses épouses une autre dimension…médiatique, dans la mesure où il en a fait un argument d’autopromotion, et ce dès avant son accession à l’Elysée, au point que tous les médias ont parlé de Cécilia et de Carla, des journaux les plus sérieux aux plus « people ». Personne n’ignorait rien de ces deux dames, de leur vie  passée comme de celle d’aujourd’hui, l’anti modèle de ce que l’on avait connu jusque-là dans l’histoire de la République française. Nous verrons si le successeur de F. Hollande (en 2017 ou 2022) reprendra la voie tracée par N. Sarkozy, s’il reviendra à la tradition de première dame ou si ce faux statut aura complètement disparu…à moins que ce ne soit une femme qui prenne possession de l’Elysée, ce qui serait une première dans l’histoire de la république. Dans ce cas je suis sûr que personne n’osera parler de « premier homme de France ».

Michel Escatafal

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