La triste fin du règne de Louis XIV

Louis XIVRares sont les grands rois ou empereurs qui ont laissé à leur mort leur royaume ou leur empire en bonne santé. Louis XIV fait partie de cette catégorie de monarques qui, pour ajouter de la gloire à leur gloire, en firent tant et plus qu’à la fin ils moururent haïs de tous en laissant leur pays exsangue, suite à une succession de guerres le plus souvent inutiles et tellement dévastatrices pour le peuple. En fait, dans le cas de Louis XIV, il a vécu une quinzaine d’années de trop pour que son image la plus glorieuse résiste à la postérité. Cela correspond au temps que dura la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), où la France dut affronter une coalition formée de l’Angleterre, la Hollande, l’Empire, la Suède et le Danemark. Tout le monde n’a pas eu la chance de Jules César, mort au faîte de sa gloire !

Parlons à présent des années tragiques pour la France du début du dix-huitième siècle. A cette époque, pour la première fois depuis les débuts de son règne, les armées de Louis XIV subissent de graves défaites répétées : tout d’abord en Bavière (Blenheim) en 1704, où les troupes françaises furent battues par les Autrichiens du prince Eugène, et les Anglais de John Churchill, futur duc de Malborough. On notera pour l’histoire  que c’est cette même année que les Anglais se sont emparés de Gibraltar…qui est encore territoire britannique de nos jours. Fermons la parenthèse, pour noter que les Espagnols ont changé de roi, le Bourbon Philippe V étant remplacé par l’archiduc Charles, futur empereur d’Allemagne.

Plus tard les Français seront battus à Ramillies, à Turin à l’issue d’un long siège (1706), à Oudenarde (1708). Ces batailles perdues se sont toutes achevées en débandade, des places bien pourvues en hommes et en munitions se rendant sans résistance, ce qui fit dire à Louis XIV : « Je ne reconnais plus les Français ».  Il faut dire qu’en plus de ces guerres contre des coalitions étrangères, Louis XIV devait aussi affronter le soulèvement des protestants des Cévennes, les Camisards emmenés par Cavalier.

Cela étant, Louis XIV aurait quand même dû réaliser que les Français souffraient de plus en plus, à force de voir les magasins se vider, à force aussi de manquer d’argent, sans parler des soldats mal payés qui désertaient par milliers. Ou était passée cette armée de 280.000 hommes, chiffre énorme pour l’époque, qui faisait la fierté du royaume au début des années 1660 ? Il est vrai qu’à ce moment le pays était relativement riche, avec un trésor bien pourvu par Colbert, un trésor dans lequel les diplomates pouvaient puiser pour acquérir des alliances. Ce n’est pas pour rien que l’on dit que « l’argent est le nerf de la guerre » !

En outre, comme si ces guerres ne suffisaient pas au malheur des Français, le pays devait subir les caprices du temps, notamment en 1709, où, lors d’un hiver terrible, des provinces entières mourraient de faim, et où à Paris, de mars à septembre, les attroupements et les émeutes ne cessaient pas. Cependant, même si cette année 1709 est à souligner, ce n’était pas le premier annus horribilis que subissait le pays, car les famines et les misères avaient commencé bien avant.

Devant tout ce désarroi, le roi semblait désemparé, au point de finir par écouter ceux qui lui conseillaient de changer d’attitude vis-à-vis des pays ennemis. Il faut savoir en effet que, depuis 1705, un « parti de la paix » existait à la Cour, avec notamment Chamillart et Chevreuse, en rappelant que la guerre de Succession d’Espagne avait commencé en 1701. Madame de Maintenon, elle-même, préférait une capitulation à la continuation de la guerre, n’hésitant pas à dire : « Il faut céder à la force, au bras de Dieu qui est réellement contre nous. Notre roi est trop glorieux, il veut l’humilier pour le sauver. Notre nation était insolente et déréglée, Dieu veut la punir et l’éclairer ». Fénelon tient le même langage : «  La paix, la paix à quelque prix que ce puisse être ».

Louis XIV finit par se laisser convaincre et tenta de négocier. Mais les exigences des ennemis étaient trop énormes pour pouvoir aller au bout de ces négociations. En effet, ils exigaient que la France renonce à l’Alsace, la Franche-Comté et l’Artois, ce qui était tout à fait inacceptable. Du coup, le vieux roi décide de poursuivre la lutte, lançant même une souscription pour pouvoir former une nouvelle armée, lui-même donnant l’exemple en vendant sa vaisselle en or. Les années 1710-1711 marquent une résistance très ferme des troupes françaises, mais en en 1712 la situation demeure très préoccupante, avec 130.000 Hollandais et Impériaux qui se préparaient à envahir la France.

Il faut savoir qu’en 1710, Louis XIV, qui ne disposait plus que de 70.000 hommes, avait confié son armée au maréchal Villars pour sauver le pays, ce qui sera fait après la bataille de Malplaquet (Flandres), qui ne vit ni vainqueurs, ni vaincus. Par ailleurs le duc de Vendôme remporta sur les Impériaux une bataille décisive à Villaviciosa (décembre 1710), ce qui permit le rétablissement sur le trône d’Espagne de Philippe V, les Anglais ne voulant en aucun cas que se reconstitue l’empire de Charles Quint. Une manière aussi de protéger Gibraltar, fraîchement récupérée par la couronne anglaise.

La victoire de Denain, en 1712, ferma le chemin de Paris aux envahisseurs, ce qui permit à la France de signer les traités de paix d’Utrecht et Rastadt (1713-1714), à des conditions nettement moins défavorables que celles qui furent proposées à Louis XIV quelques années auparavant. Certes la France abandonna quelques importants territoires en Amérique du Nord (une partie de l’Acadie, Terre-Neuve, Baie d’Hudson), mais l’essentiel des conquêtes de Louis XIV était sauvé, alors que  l’Espagne, où les Bourbons règnent encore, devenait une puissance de second ordre, après avoir perdu ses possessions en Italie (Milanais, royaume de Naples, Sardaigne) et la partie des Pays-Bas qui lui restait, ce qui correspondait à l’actuelle Belgique, attribuées à la maison d’Autriche, l’Angleterre recevant Minorque en plus de la confirmation du rattachement de Gibraltar déjà conquise.

Un an plus tard, le 1er septembre 1715, Louis XIV mourut, laissant une France ruinée et lasse des guerres, une France qui accueillit la mort de Louis XIV comme une délivrance. Comme l’a écrit Voltaire à propos du passage du cortège funèbre : « J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on riait ».  Tout est dit dans ce jugement du peuple ! Et encore ce peuple ne réalisait pas que son pays était en train d’abandonner la prépondérance en Europe qui était la sienne jusque là, au profit de l’Angleterre.

Michel Escatafal

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