Le capitalisme à Rome – Partie 1 : l’agriculture et l’industrie

Agriculture RomeRome n’était pas une cité industrielle au premier siècle de notre ère, ne possédant comme gros établissements qu’une papèterie et une fabrique de produits colorants. En fait, de tout temps, sa seule et véritable industrie était la politique, qui était un moyen infaillible de s’enrichir beaucoup plus facilement que par le travail. D’ailleurs la principale richesse des personnages importants à Rome était la spéculation dans les couloirs des ministères et la mise à sac des provinces.  A ce propos, ils dépensaient beaucoup d’argent pour faire carrière, mais ce n’était jamais ou quasiment jamais à pure perte. Dès qu’ils arrivaient à quelque haute situation dans l’administration, ils se rattrapaient avec usure, et investissaient leurs gains dans l’agriculture, source de revenus facile en raison de la manière d’exploiter les fermes.

La petite propriété que les Gracques, César et Auguste avaient voulu faire renaître par leurs lois agraires n’avait pu résister à la concurrence de la grande propriété. Une guerre, une année de sècheresse suffisait à la détruire au bénéfice des grands fiefs qui avaient, eux, la possibilité de tenir bon. Certaines de ses propriétés étaient, à en croire Sénèque, vastes comme des royaumes, cultivés par des esclaves qui ne coûtaient rien, mais qui traitaient aussi la terre sans aucun jugement. En réalité, on pratiquait essentiellement l’élevage du bétail…parce que c’était le plus rentable, plus en tout cas que le travail des champs. Les zones de pâturages pouvaient en effet faire dix ou vingt mille hectares, sur lesquels vivaient jusqu’à quinze ou vingt mille têtes de bétail.

Cependant une lente transformation s’opéra entre l’époque de Claude (41-54) et celle de Domitien (81-96), notamment sous l’effet de la longue période de paix qu’il y eut à ce moment. Autre élément important, l’extension des droits du citoyen romain aux provinciaux interrompit l’afflux des esclaves qui se firent plus rares, par conséquent plus coûteux. Dans un autre ordre d’idées, l’amélioration des croisements conduisit à une crise de surproduction du bétail pour lequel on avait peine à trouver de la nourriture, et dont le prix baissa. Du coup nombre d’éleveurs considérèrent comme plus avantageux d’en revenir au travail de la terre, et divisèrent leurs grandes exploitations en petites propriétés qu’ils louèrent et firent exploiter par des « colons », lesquels sont les ancêtres des paysans d’aujourd’hui. Et si ce que disait Pline était  vrai, ils avaient les mêmes caractéristiques, à la fois solides, tenaces, avares, méfiants et conservateurs.

Ces gens qui connaissaient parfaitement la terre, et avaient tout intérêt à avoir le  meilleur rendement, permirent de faire évoluer la profession vers plus de technicité. Ainsi on commença à employer de l’engrais, les cultures devinrent plus alternées et les semences sélectionnées. Les arboriculteurs importèrent et transplantèrent de la vigne, mais aussi des pêchers, des abricotiers et des cerisiers. Pline compta jusqu’à vingt-neuf variétés de figues. Autant d’éléments qui allaient augmenter les productions dans des proportions importantes, au point que le vin fut produit en de telles quantités que, pour conjurer une crise, Domitien interdit de planter de nouvelles vignes.

Les industries naquirent sur une base artisanale et familiale, autour de ces microcosmes agricoles, pour en compléter l’autarcie. Une ferme était jugée d’autant plus riche qu’elle suffisait mieux à ses besoins. Ici il y avait l’abattoir, où on tuait les bêtes, la viande étant ensuite mise dans des sacs. Là se trouvaient le dépôt de bois, la scierie, l’atelier pour construire meubles et chars. On trouvait aussi le four à cuire les briques, mais aussi l’endroit où on tannait les peaux et où on confectionnait les chaussures, plus un autre où on tissait la laine et on coupait les vêtements. On était loin de la spécialisation d’aujourd’hui où le travailleur est transformé en robot. L’industrieux paysan de cette époque-là, après avoir dételé ses bêtes de la charrue, devenait charpentier ou se mettait à marteler le fer pour faire des crochets ou des marmites. La vie de ces agriculteurs-artisans était beaucoup plus pleine et beaucoup plus variée que de notre temps.

En fait la seule industrie pratiquée, selon des critères que l’on appellerait modernes, était l’industrie minière. Théoriquement le propriétaire des sous-sols était l’Etat, mais celui-ci, moyennant une redevance modeste, en confiait l’exploitation à des particuliers. Poussés par leur intérêt, ceux-ci découvrirent du soufre en Sicile, du charbon en Lombardie, du fer dans l’île d’Elbe, du marbre dans la Lunigiane, et aussi la manière de se servir de ces minérais. Le coût de la production était minime, parce que le travail dans les puits était confié exclusivement à des esclaves et à des condamnés aux travaux forcés, à qui on avait rien à payer, et qu’il n’était nécessaire d’assurer contre aucun malheur. Etant donné la situation des mines, il devait y avoir d’incessantes catastrophes, faisant des milliers de morts. Les historiens romains ont négligé de nous le dire parce que ces épisodes n’étaient pas des évènements pour eux.

Une autre grande industrie comprenait tout ce qui avait trait à l’urbanisme, depuis les bûcherons jusqu’aux plombiers et aux vitriers. Mais si le développement d’un véritable capitalisme industriel fut impossible, ce fut surtout en raison de la concurrence que le travail des esclaves faisait à celui des machines. Cent esclaves coûtaient nettement moins cher que n’eut coûté une turbine, et la mécanisation eut créé un problème de chômage insoluble. Curieusement, on s’aperçoit de plus en plus de nos jours que le problème du chômage est aussi dû au fait que l’industrie a été robotisée ou déplacée dans des pays où le coût de la main d’œuvre est extrêmement faible.

Michel Escatafal

Publicités

One Comment on “Le capitalisme à Rome – Partie 1 : l’agriculture et l’industrie”

  1. hello, je voulais à te remercier pour la pertinence des articles de ton blog ! je gère moi aussi un blog depuis peu et j’espère pouvoir faire aussi bien 🙂 A bientôt, ZAK


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s