La vie de chaque jour sous le règne de Louis XIV

paysans sous Louis XIVPour terminer ce petit cycle sur Louis XIV, nous allons essayer de regarder comment vivait le peuple à son époque, en notant tout d’abord que la vie à ce moment de notre histoire n’avait guère évolué depuis le moyen-âge, plus particulièrement à la campagne. Ensuite les différences entre classes sociales étaient beaucoup plus marquées que de nos jours, même si ces inégalités se sont beaucoup creusées depuis une trentaine d’années. Il est vrai qu’ au siècle du Roi Soleil il n’y avait pas le plus petit amortisseur social, ce qui signifie que l’on pouvait voir des gens mourir de faim, alors que d’autres au contraire pouvaient perdre la vie chaque jour d’indigestion…sans que cela n’inquiète les hauts représentants du clergé, dans cette France pourtant tellement empreinte de chrétienté.

Ces inégalités se manifestaient dans tous les domaines de la vie, à commencer par le logement. A la campagne les maisons étaient faites en bois et torchis, avec un toit de chaume. Il y avait généralement une grande pièce, avec une fenêtre sans vitre et une cheminée, séparée de l’étable par une cloison. On s’éclairait avec un lampion à huile, ou dans les grandes occasions à la chandelle. L’ameublement était très sommaire avec un lit, un grabat pour les enfants, une table avec des bancs, des écuelles en bois ou en terre, et des cuillères de fer ou d’étain. Les habitants des villes, du moins les classes poulaires comme nous dirions aujourd’hui, n’étaient pas mieux lotis, s’entassant dans des maisons construites en bois enduit de plâtre, aux façades étroites, avec boutiques et auvents au rez-de-chaussée, ce qui obligeait les gens à emprunter un escalier tortueux pour accéder à leur logement. On imagine aisément !

En revanche les hôtels particuliers des nobles et des riches bourgeois étaient bâtis en pierre de taille, comme les bâtiments publics, avec de vastes pièces bien éclairées par de hautes fenêtres, de grandes portes cochères pour l’entrée des carrosses, une cour intérieure et des jardins de plaisance. Ces hôtels particuliers étaient au nombre de sept cents environ à Paris vers la fin du dix-septième siècle, à comparer aux vingt-trois mille maisons que comptait la capitale. Cela dit, même si le confort dans ces demeures de luxe était incommensurablement plus développé que dans les habitations du bas peuple, le chauffage et l’éclairage (chandelle de suif) n’avaient guère évolué depuis la fin du règne de Saint-Louis, c’est-à-dire quatre cents ans auparavant.

A ce propos, il faut noter que si les Romains avaient inventé le chauffage central à air chaud, ce mode de chauffage n’a jamais été repris depuis des siècles, y compris dans les belles demeures où la cheminée était privilégiée. Résultat, tout le monde avait froid, au point que la Maréchale de Luxembourg se calfeutrait dans une chaise à porteurs, la tête recouverte de plusieurs coiffes, ce qui lui faisait dire : « Je deviens sourde à la Saint-Martin (11 novembre) et ne retrouve l’ouïe qu’à Pâques ». En fait, les seules personnes supportant le froid étaient celles qui travaillaient dur, donc les plus endurcies. Cela dit, globalement le froid faisait de nombreuses victimes chaque hiver.

En ce qui concerne l’habillement, chaque costume était règlementé selon les classes sociales. Le campagnard portait des vêtements de toile ou de drap grossier, et marchait pied nus ou en sabot. Le dimanche et jours de fête, les plus aisés mettaient des souliers. Les femmes du peuple étaient habillées avec des tissus bon marché et des petits draps, notamment la grisette. Evidemment, les bourgeois achetaient des étoffes infiniment plus confortables, draps sombres pour les hommes, et camelots de Hollande et soie tramée de laine ou de coton pour les femmes. A noter qu’après 1663, à l’exemple du roi devenu chauve à moins de vingt ans suite à sa maladie contractée à Calais (en 1658), sans doute le typhus, l’usage de la perruque s’est généralisée.

L’alimentation au dix-septième siècle différait très sensiblement de la nôtre aujourd’hui. Certains légumes, communs aujourd’hui, étaient alors une rareté, par exemple les petits pois considérés comme un met de grand luxe, de même d’ailleurs que la pomme de terre, très répandue en Allemagne et en Angleterre, mais presque inconnue en France, sauf dans quelques provinces, par exemple le Vivarais (Ardèche). Les oranges aussi, mises au goût du jour par le roi, ne se trouvaient que sur les tables des riches. Le sucre coûtait très cher, tout comme à leur apparition dans la seconde moitié du siècle le thé, le chocolat et le café. Mais le plus étonnant résidait surtout dans la manière de cuisiner : les potages à la volaille, notamment, avaient bouilli pendant…dix à douze heures, ce qui avait le mérite de compenser le manque d’hygiène pour tuer ces volailles. On mettait aussi beaucoup de parfums dans les viandes, les sauces ou les confitures.

Les menus des classes riches étaient pantagruéliques, avec plusieurs services de nombreux plats. La princesse Palatine (belle sœur de Louis XIV) écrivait à ce propos : « J’ai souvent vu le roi manger quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de jambon, du mouton au jus et à l’ail, une assiette de pâtisseries et puis encore des fruits et des œufs durs ». Un repas que les sumotori n’auraient pas renié! En revanche la masse du peuple vivait surtout de pain grossier et compact, de soupe plus ou moins à l’eau et de légumes, la viande étant naturellement un luxe pour cette catégorie de citoyens. En outre les disettes étaient fréquentes, ce qui faisait que les trois-quarts de la population étaient gravement sous-alimentés.

Comme on peut l’imaginer, l’hygiène la plus élémentaire était complètement ignorée. En ville, les maisons, y compris le Palais de Versailles, n’avaient pas de vrais lieux d’aisance. On jetait les immondices par la fenêtre en criant : « Gare à l’eau » ! Les tas d’ordures s’entassaient devant les portes, le long des ruelles empuanties. On buvait l’eau des puits à la campagne, et à Paris l’eau de la Seine. Par ailleurs personne n’avait le souci de l’hygiène corporelle, y compris les riches bourgeois et les nobles pour qui prendre un bain constituait une véritable épreuve…qu’ils ne voulaient pas endurer. Enfin dans les hôpitaux, les malades, contagieux ou non, couchaient à deux, à trois ou même quatre par lit, ce qui permettait aux épidémies de prospérer. La peste apparut plusieurs fois dans le siècle, et la typhoïde et la variole faisaient de terribles ravages. La mortalité infantile était considérable, au point que la durée moyenne de vie des Français n’atteignait pas trente ans.

Cette situation était due également au fait que la médecine ne progressait pas depuis des années. Il suffit de voir comment on a soigné Louis XIV quand il fut atteint de sa maladie à Calais, essentiellement à base de saignées, de purges et de lavements (Louis XIV en aurait reçu entre 1500 et 2000 au cours de son existence !). La Faculté de Paris, par exemple, en proie à des querelles qui n’auraient pas dû être, se montrait constamment hostile aux nouveautés. Ainsi elle rejeta longtemps la théorie de l’Anglais Harvey sur la circulation du sang, qui affirmait que le cœur, et non pas le foie, est bien le centre de la circulation sanguine. Les caricatures de Molière ne faisaient d’ailleurs que traduire la réalité concernant ces charlatans qu’étaient en vérité les médecins, lesquels n’hésitaient pas à prescrire pour soigner leurs malades des bouillons de vipère, de la fiente d’oie ou de la cendre d’abeille. Enfin, on notera que les chirurgiens ne faisaient aucune étude médicale, avant d’exercer leur métier de barbiers-chirurgiens, les barbiers transformant leur rasoir en bistouri.

La situation n’était guère meilleure dans l’éducation que dans la médecine, la masse du peuple demeurant aussi ignorante qu’au moyen-âge. En 1684, à l’apogée du règne de Louis XIV, près de 80% des nouveaux époux sont incapables de signer leur acte de mariage (86% pour les femmes et 70% pour les hommes).  S’il en était ainsi, c’était tout simplement parce que les petites écoles, où pouvaient aller les enfants des villageois et des compagnons des villes, étaient payantes (3 à 5 sous par mois), et elles étaient complètement désertées à la campagne entre Pâques et la Toussaint, c’est-à-dire au plus fort des travaux des champs.

Pour ceux qui néanmoins allaient à l’école, ils apprenaient à lire en latin, puis en français. Ensuite on enseignait l’écriture, quelques éléments de calcul, et bien évidemment le catéchisme, le maître étant en réalité un auxiliaire du curé, remplissant aussi les fonctions de chantre, sacristain, fossoyeur et parfois de chirurgien et d’horloger. En revanche les fils des nobles  et des riches bourgeois étaient instruits à domicile dans un premier temps par un précepteur, puis au Collège de la ville voisine tenu par des religieux, le plus souvent des Jésuites. De 14 à 18 ou 20 ans, le garçon apprenait le latin, un peu de grec ancien, quelques notions d’histoire et géographie, et les rudiments des sciences. Plus tard, à l’Université, il pouvait prendre ses grades de licencié et de docteur.

Michel Escatafal

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4 commentaires on “La vie de chaque jour sous le règne de Louis XIV”

  1. comy dit :

    Après avoir lu le livre « le soleil sous la soie » d’éric Marchal, j’avais envie d’approndir certaines notions: à savoir comment vivaient les gens sous Louis XIV ?
    Merci pour vos explications, et surtout merci de mettre vos connaissances à la porté de ceux qui ne les ont pas.

  2. honte au roi louis xiv et toute sa cour alors que le petit peuple crever de faim,

  3. walkyrie dit :

    Il faut à mon avis modérer les images tranchées décrites ci-dessus. Les paysans ne mourraient pas de faim, c’est impossible, ils ne sont jamais morts de faim dans toute l’Histoire. Qu’ils fussent mal nourris, peut-être sous-alimentés parfois, admettons. Mais on ne meurt jamais de faim dans un pays de campagnes de forêts riches en gibier, de cours d’eau riches en poissons, d’océans et de mers poissonneuses. On se débrouille, on cultive, on braconne, et le reste. Le cas de la pomme de terre désignée ici comme rare, non. La preuve c’est qu’elle servait uniquement à la nourriture des cochons. Parmentier l’a mise en vogue pour nourrir les indigents de villes en faisant fabriquer des soupes que l’on dirait populaires aujourd’hui. Car la différence est nette entre gens des villes et gens des champs. En ville effectivement, si l’on n’a rien, on n’a rien et on ne peut que mendier ou voler. Les idées reçues et mal reçues des moeurs et modes de vie du passé ont la vie dure car elles ont été imprimées et réimprimées en vue de l’instruction des enfants sans que personne ou quasiment personne ne les mette en doute. L’Histoire de France est tronquée et totalement mensongère si on se réfère aux manuels scolaires. Il suffit pourtant dans la plupart des cas de faire montre de logique et de bon sens. Je me souviens d’un cours d’instituteur dans lequel on nous apprenait que le seigneur du moyen-âge était un quasi- monstre qui maltraitait ses serfs, et qui lors de ses parties de chasse traversait sans vergogne leurs champs et détruisait leurs récoltes. Si j’étais seigneur – champs et récoltes m’appartenant – croyez-vous que j’irais saboter le travail de mes « employés » ?

  4. Houaria REBIB dit :

    Merci
    Pour votre aide, je suis reconnaissante , au moi je suis sur d’avoir une bonnes note mai tenons je serais ou aller en ça si j’ai un praublem .


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