La renonciation du pape : un évènement inédit ? (1)

benoît XVIPartie 1

Le 11 février dernier a eu lieu un évènement considérable pour l’histoire de l’Eglise et de la papauté, avec la renonciation, ou si l’on préfère l’abdication (même si ce mot n’appartient pas au vocabulaire de l’Eglise) de Benoît XVI, fait rarissime pour ne pas dire unique depuis deux mille ans que Pierre a des successeurs. Pour mémoire, Pierre est considéré comme le premier pape depuis l’an 59, date à laquelle il décida de se fixer à Rome, mais en réalité saint Pierre fut selon la tradition chrétienne le premier évêque de Rome, où s’était organisée une petite communauté de premiers chrétiens. C’est pour cela que le nom de pape à propos de Pierre est inadéquat, car le premier pontife à prendre le nom de pape fut Sirice (384-399), connu aussi pour avoir « conseillé » le célibat des prêtres. Mais il faudra attendre un synode en 1081 pour que soit conféré officiellement le nom de pape. Ce fut Grégoire VII le Grand qui eut cet honneur, sans doute parce qu’il fut un grand réformateur, et aussi par le prestige qu’il conquit en obligeant l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Henri IV, à implorer son pardon à Canossa (1077) à propos de « la querelle des investitures » ou si l’on préfère des nominations d’évêques et d’abbés.

Mais revenons à Saint-Pierre pour souligner qu’il ne restera pas longtemps dans ces fonctions, qui à l’époque n’avaient rien d’officiel, puisqu’il mourra quelques années plus tard des suites des persécutions de Néron, ce dernier ayant accusé les chrétiens d’être responsables de l’incendie qui ravagea Rome en 64…alors que c’était peut-être lui qui en était l’instigateur. D’autres pensent que Pierre survécut quelques années de plus à ces persécutions, puisqu’ils datent la mort de celui qu’on allait appeler Saint-Pierre, en l’an 67. Quant à la basilique qui porte son nom, elle sera édifiée à l’époque de Constantin (premier empereur chrétien entre 305 et 337) à l’endroit supposé où le corps de Pierre aurait été déposé, en notant que les dernières recherches ont permis de trouver des restes qui pourraient bien lui appartenir dans les souterrains de la basilique vaticane.

A propos de sainteté, en évoquant Pierre, il est à noter que parmi ses successeurs sur le trône pontifical, un seul ne devint pas saint jusqu’à l’an 498, ce qui fait dire à certains n’ayant pas vraiment la foi catholique que la sainteté n’empêche pas de prendre de mauvaises décisions. Un exemple, sous le pontificat d’Anastase 1er ou saint Anastase (399-401), il fut interdit d’ordonner prêtre tous les hommes ayant une infirmité comme être borgne, bigleux, boiteux, bossu, bancal ou bègue. Cependant cet exemple malheureux, qui n’avait pas à cette époque la même importance qu’il aurait de nos jours, ne doit pas occulter le fait que presque tous les évêques de Rome méritaient le titre de saint pour être morts martyres. Pour l’histoire, ce pape non canonisé s’appelait Libère, et son pontificat dura de 352 à 366.

Pourquoi Libère n’eut-il pas droit à la sainteté ? Tout simplement parce qu’on lui reprochait d’avoir beaucoup hésité à condamner l’arianisme, ce qui mettait un frein à ceux qui voulaient que l’on décrète l’infaillibilité pontificale. Le frein fut tellement serré qu’il faudra attendre le 18 juillet 1870, lors du concile Vatican 1, pour que l’on définisse le dogme de l’infaillibilité pontificale, qui signifie que le pape ne peut pas se tromper lorsqu’il s’exprime en matière de foi et de morale. Mais s’il fallut attendre mille cinq cents ans, c’est surtout parce que certains papes commirent aux yeux des docteurs de la loi des erreurs doctrinales qu’on ne leur pardonna pas, notamment Honorius 1er, qui fut condamné par le sixième concile œcuménique (Constantinople 680-681) parce qu’il s’était rallié au monothélisme (Jésus n’a qu’une nature et elle est divine), mais aussi Jean XXII (deuxième pape d’Avignon 1316-1334) qui eut l’idée de considérer que les âmes de ceux qui allaient au ciel ne voyaient pas Dieu immédiatement après leur mort, puisqu’ils devaient attendre le jugement dernier. Il renoncera publiquement à cette idée sur son lit de mort devant les cardinaux réunis, mais le mal était fait. Cela étant, si l’infaillibilité pontificale n’existait pas, celle de l’Eglise reposait surtout sur la formule latine : Vox populi, vox Dei, ou si l’on préfère «  La voix du peuple est la voix de Dieu » !

Pour revenir à la renonciation, le nombre de papes qui y ont eu recours pour mettre fin à leur pontificat a été très faible depuis les débuts du christianisme. En fait, à ma connaissance ils ne sont que six à avoir renoncé, à savoir Pontien, Benoit IX, Grégoire VI, Célestin V, Grégoire XII et donc Benoît XVI. Et encore, sur certaines renonciations, il y a beaucoup à dire, ce que je vais essayer de résumer dans le prochain article, en y ajoutant le cas de trois papes, Martin 1er, Benoît V et Jean XVIII, à propos de qui on a aussi évoqué le mot renonciation…sans que l’on sache exactement si c’en était une, volontaire ou involontaire. Voilà pourquoi cette décision de Benoît XVI est vraiment exceptionnelle, surtout si on la compare aux abdications de souverains temporels qu’ils fussent roi ou empereur.

Michel Escatafal

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