Vauban, l’homme qui a construit les frontières françaises

vaubanComme je l’ai déjà souligné dans mes précédents articles, la France fut à l’époque de Louis XIV considérée comme la puissance dominante en Europe, s’imposant notamment par sa forte population, son armée et sa marine puissante, sa diplomatie. Pour ce faire, Louis XIV avait su s’entourer d’une pléiade d’hommes parfois exceptionnels, tels que Colbert à qui j’ai consacré un article. Je n’en dirais pas autant de l’autre ministre important du roi, le secrétaire d’Etat pour la guerre François-Michel Le Tellier, que Louis XIV fit marquis de Louvois (1639-1691). Ce dernier en effet, s’il contribua largement à faire de l’armée française le plus perfectionné des outils de guerre, eut en revanche une influence politique détestable, portant une grande part de responsabilité dans les excès de la politique protestante du roi.

Autre brillante figure de l’entourage direct de Louis XIV et collaborateur de Louvois, Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), sans doute le plus grand des hommes de guerre français avant Napoléon, ce qui lui vaudra de recevoir en 1660 la dignité unique de maréchal-général des camps et armées de la France. Mais on n’omettra pas de citer le Maréchal de Luxembourg, qui s’illustra pendant la guerre de Hollande, pays dont il fut nommé gouverneur en 1672, sans oublier sa victoire sur le prince de Waldeck à Fleurus (1690), son nom figurant sur le monument élevé dans cette petite ville belge avec celui de Jourdan, le second vainqueur de Fleurus en 1794, et de Napoléon le troisième qui remporta là sa dernière bataille l’avant-veille de la défaite de Waterloo (18 juin 1815). N’oublions pas non plus Abraham Duquesne dit le Grand Duquesne (1610-1688),  un des plus grands officiers de la marine de guerre, ni le grand diplomate Hughes de Lionne (1611-1671), et enfin Vauban (1633-1707).

En 1651 Condé, gouverneur de la Bourgogne, traverse sa province. On lui présente un jeune homme de dix-sept ans, de vieille noblesse bourguignonne, qui n’a jamais quitté son village, et qui a appris plus ou moins seul les mathématiques et le dessin. Il s’appelait Sébastien Le Prestre avant de devenir marquis de Vauban et maréchal de France. De nos jours  nous dirions que c’était un autodidacte, terme ayant une connotation beaucoup plus positive qu’aujourd’hui. Condé décide de l’engager à la fois pour les combats, mais aussi pour qu’il poursuive ses études sur les fortifications. Cela lui vaudra à vingt-deux ans de recevoir un brevet d’ingénieur du roi, et de diriger le premier de ses cinquante sièges, sans qu’il en perdît un seul. « Citadelle assiégée par Vauban, citadelle prise », disait-on à l’époque. Pour mémoire, il faut rappeler que les guerres de Louis XIV furent avant tout des guerres de siège, d’où l’importance prise par Vauban aux yeux du roi.

Pendant quarante ans, Vauban va sans cesse arpenter les chemins du royaume, d’une frontière à l’autre, dans sa chaise de poste qui lui servait de cabinet de travail. Il y dirigeait les sièges, sa grande spécialité, et les travaux de fortifications. Il dressa les plans et dirigea les travaux de près de trois cents places fortes. Il a inauguré le tir à ricochet, les tranchées parallèles, faisant face à la place assiégée et reliant les boyaux d’approche. Au lieu des remparts en hauteur, il imagina les fortifications rasantes, protégées par des talus de gazon (glacis) et des fossés. Pour faciliter la défense il décida de tracer des murs en saillants et rentrants.

Partout il tira parti de la configuration du terrain, adaptant remarquablement la fortification au relief. Ainsi à Dunkerque, où il n’y avait à l’époque que du sable et de l’eau, Vauban y construisit ce que certains considèrent comme son chef d’œuvre, profitant des marées et plus généralement de la mer en captant les eaux pour les étendre au long des glacis. En revanche il se servira des eaux terrestres pour combattre l’ensablement du port. Tout était prévu pour que l’ensemble des éléments de la nature puissent servir, les Flandres étant pour lui d’abord un immense réservoir d’eaux dormantes qu’il suffit de pouvoir canaliser, afin de permettre aux vaisseaux de haut bord de disposer d’un passage.

Vauban coordonna aussi les places fortifiées dans un système de défense cohérent, organisé sur plusieurs lignes en profondeur. C’est pour cela que les historiens ont dit qu’il avait véritablement construit les frontières françaises. Il est vrai que cette redoutable ceinture de pierres,  édifiée un peu partout dans le pays, a constitué pour la France un atout considérable pour sa sécurité…qui fut imité un peu partout en Europe, et qui servit pendant plus de deux siècles, jusqu’à l’invention des explosifs à grande puissance et des armes à longue portée.

Mais Vauban ne fut pas seulement le créateur de la fortification moderne et un remarquable conducteur de sièges, comme je l’ai évoqué précédemment, car il fut aussi un intrépide soldat dans l’attaque comme dans la défense, au point qu’il reçut de Louvois l’ordre de ne pas « s’exposer inutilement ». Mais plus encore, cet homme modeste aux goûts simples fut un esprit curieux de tout et un cœur généreux. Emu par la misère du peuple à la fin du règne de Louis XIV, il proposa dans son livre écrit juste avant sa mort, la Dîme royale (1707), tout un plan de réformes qui ne fut, hélas, jamais appliqué et qui déplut au roi…qui ne lui en voulut pas pour autant. La preuve, apprenant la nouvelle de sa mort, Louis XIV n’hésita pas à dire : « Je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’Etat».

Michel Escatafal

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