L’œuvre de Colbert, sans équivalent dans l’histoire de notre pays

colbertL’oeuvre de Colbert est multiple, à la mesure des fonctions qui lui étaient dévolues, ce qui signifie qu’elle eut une importance capitale dans les finances, mais aussi dans l’industrie, les douanes, les colonies et la marine. Le sujet des finances a déjà été évoqué précédemment, mais cela ne nous empêche pas d’insister sur le fait qu’il fallait s’appeler Colbert pour ne pas être découragé d’avance devant la situation économique de la France en 1661. Il fallait aussi et surtout être rompu depuis une vingtaine d’années, auprès des divers ministres, à la pratique des affaires administratives, et donc posséder une longue expérience, la passion de l’ordre et du détail pour pouvoir assumer une tâche considérable…qu’il ne pourra toutefois mener à bien qu’en partie, ce qui finit par l’épuiser et le désespérer.

Passons à présent aux autres aspects de l’œuvre de Colbert, à commencer par l’agriculture qui avait à cette époque un rôle infiniment plus important que de nos jours, en premier lieu celui d’assurer la subsistance de la population du royaume. L’industrie pour sa part devait non seulement fournir le nécessaire aux Français, mais aussi produire pour l’exportation, de manière à faire rentrer de l’or. C’est la raison pour laquelle, après une intense et minutieuse enquête, toujours ce souci de la bonne information, Colbert dressa un véritable plan de créations d’industries, aidant certains fabricants, leur accordant des avances de capitaux ou des primes. Il créa aussi des manufactures royales subventionnées et exemptées d’impôts, mais aussi des manufactures du roi (comme les Gobelins dont l’œuvre avait été renouvelée par Henri IV), qui sont de véritables ateliers d’Etat. Mais Colbert s’appliquera surtout à développer les industries du luxe, notamment la soierie, les verreries et les tapisseries, faisant appel au besoin à des spécialistes étrangers payés à prix d’or.

Ces spécialistes étaient des Suédois pour la métallurgie de Saint-Etienne et de Grenoble, des Vénitiens pour les glaces et la broderie, des Milanais pour les soieries. Ils pouvaient aussi être hollandais, comme on disait à l’époque, pour les draps d’Abbeville, ou danois pour une fabrique de goudron. Pour compléter cette action d’industrialisation forcée, Colbert fit la chasse aux oisifs et aux vagabonds, mais aussi contraignit les parents à mettre leurs enfants en apprentissage.  Autant de mesures qui paraissaient d’une grande modernité à l’époque, et qui allaient permettre à notre industrie de réaliser en quelques années de remarquables progrès. Les draps du Languedoc, les toiles de Normandie,  les soieries de Lyon, les dentelles d’Alençon et du Puy, les tapisseries d’Aubusson et de Beauvais, les faïences de Nevers, par exemple, ont survécu jusqu’au vingtième siècle.

Afin d’obtenir des produits de qualité irréprochables, Colbert développa le système des corporations, déjà très répandu, des règlements minutieux prescrivant les conditions de fabrication. Ceux qui ne s’y conformaient pas firent l’objet de sévères sanctions, avec amendes, confiscation des articles défectueux, exposition au pilori sur la place publique du nom voire même de la personne du marchand. Avec un tel arsenal de mesures contraignantes, on comprend pourquoi ces produits rencontraient autant de succès en France et ailleurs. En revanche, Colbert n’hésita pas pour favoriser l’industrie française d’interdire l’importation de produits de fabrication étrangère (glaces, dentelles de Venise), et quand il n’y avait pas interdiction c’étaient des droits de douane considérables qui s’abattaient sur les produits importés. Bref, une véritable politique protectionniste, telle que certains en rêvent aujourd’hui, à la différence qu’au siècle de Louis XIV la mondialisation n’avait pas encore accompli son œuvre. Cela dit, les pays étrangers n’hésitaient pas à user parfois de représailles face à ce protectionnisme, au point même d’être une des causes de la guerre avec  la Hollande (1672-1678), un des pays les plus touchés par les tarifs douaniers exorbitants imposés par Colbert en 1667.

Comme Richelieu en son temps, Colbert s’est toujours intéressé à la possession de territoires lointains, susceptibles de fournir des produits bon marché et d’être un réservoir d’écoulement des marchandises fabriquées en France. Le Canada est un bon exemple de cette expansion française, même si les mesures d’émigration forcée à destination de ce pays nouveau furent un échec. En revanche le commerce des fourrures s’y est beaucoup développé, notamment les peaux de castor destinées à la fabrication de chapeaux. La colonisation se fit aussi grâce aux explorateurs qui parvinrent au Mississipi, puis, en descendant le fleuve, jusqu’au Golfe du Mexique (Cavelier de la Salle en 1681-1682). Dans les Indes orientales, des Français créèrent Pondichéry et Chandernagor. Aux Antilles, la production de sucre s’accrut fortement.

Enfin, pour ne plus être dépendant de la flotte marchande hollandaise ou anglaise, Colbert résolut de faire une gros effort pour que la France fût dotée d’une flotte qui lui assure une partie de la maîtrise des mers. En 1661, la flotte marchande française était extrêmement réduite, ce qui contrastait avec la forte croissance du commerce extérieur. Par ailleurs, la marine militaire ne comptait que huit vaisseaux et six galères en état de naviguer, situation intolérable aux yeux de Colbert qui s’appliqua très vite à la redresser. Il encouragea donc les constructeurs de navire, leur accordant des primes, s’efforçant de regrouper les négociants armateurs  dans de puissantes compagnies de commerce, financées à l’aide d’emprunts lancés dans le public. Parmi celles-ci on peut citer la Compagnie des Indes orientales, des Indes Occidentales, du Nord, du Levant, du Sénégal ou de Guinée. Le succès de ces placements ne fut pas toujours au rendez-vous, mais des comptoirs subsistèrent au Sénégal, en Inde et au Canada.

Comme dit précédemment, l’effort sur la marine de guerre était surtout destiné à protéger le commerce des marchandises hors du royaume, mais aussi à accroître le prestige du roi. Secondé par son fils aîné, Seignelay, Colbert accomplit une œuvre immense, puisque dès 1667 la marine militaire possédait 270 bâtiments. Les ports et arsenaux de Brest et de Toulon furent aménagés, celui de Rochefort créé. Pour former des cadres, on créa des écoles d’hydrographie, de pilotage, de tir, et un collège de la marine à Saint-Malo. Si les équipages de galère continuaient à être composés de condamnés ou d’esclaves turcs, ceux des autres navires étaient fournis par le système de l’inscription maritime, avec des marins et pêcheurs des paroisses littorales , recensés et divisés en trois ou quatre classes, devant à tour de rôle un certain temps de service rétribué sur les vaisseaux du roi.

Un tel effort économique est à peu près unique dans notre histoire, et sans les dépenses liées aux guerres, mais aussi celles de Versailles et de la Cour, le trésor royal aurait été rempli et n’aurait pas eu besoin d’avoir recours à l’emprunt…ce que ne supporta pas Colbert, qui mourut en 1683 à l’âge de soixante quatre ans. Cela étant, pour l’ensemble de son œuvre, Colbert restera dans l’histoire comme un des plus grands administrateurs que notre pays ait connu. Tout juste si l’on pourra lui reprocher d’avoir peut-être voulu trop vite transformer son pays, essentiellement rural, en un Etat industriel. Mais cette restriction n’aurait pas lieu d’être, si Louis XIV avait davantage écouté son ministre, et surtout n’avait pas dilapidé l’or et l’argent qu’avait procuré Colbert au bénéfice de ses envies de grandeur et de gloire. Résultat, un peu plus de trente ans après la mort de Colbert, Louis XIV mourut à son tour (1715) en laissant son pays exsangue financièrement, et incapable de bénéficier des bienfaits de la politique mise en place par Colbert.

Michel Escatafal

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