Colbert (1619-1683), ce grand commis de l’Etat

colbertSous Louis XIV on distingua nettement quatre Conseils ayant chacun des attributions spéciales, à savoir le Conseil d’en haut, le Conseil des finances, le Conseil des dépêches et le Conseil des parties. Rien qu’au nom, chacun devine qu’ils n’avaient pas tous la même importance. Le plus important était évidemment le Conseil d’en haut, appelé ainsi parce qu’il se réunissait habituellement dans l’appartement du roi, situé à Versailles au premier étage du palais. Ce Conseil d’en haut était aussi appelé Conseil d’Etat. Il se réunissait sept fois par quinzaine, et le roi y examinait toutes les grandes affaires, plus particulièrement celles dites du dehors, la paix, la guerre, les négociations. Il n’y appelait que trois ou quatre personnes qui avaient toute sa confiance et qui seules portaient le titre de ministres d’Etat.

Le Conseil des finances se tenait deux fois par semaine, et ne comprenait, comme le Conseil d’Etat, que quelques personnes sûres et expérimentées. Pour sa part le Conseil des dépêches ne se tenait qu’une fois par quinzaine. Il regroupait tous les ministres et secrétaires d’Etat. On y examinait principalement la correspondance des intendants, donc tout ce qui concernait l’administration du royaume.  Quant au Conseil des parties, il était une sorte de tribunal suprême en matière civile et administrative, comme sont aujourd’hui le Conseil d’Etat et la Cour de Cassation. Ses membres étaient seuls à porter le titre de Conseillers d’Etat. Au Conseil des parties étaient attachés des maîtres de requêtes, parmi lesquels le roi choisissait ses principaux agents dans les provinces, les intendants, ceux-ci ayant des pouvoirs sur ces provinces quasi illimités, étant en quelque sorte le roi présent en la province. Leur rôle, sous l’impulsion de Colbert, était non seulement de contrôler de près ce qui se passait, mais aussi de tenir en bride la noblesse provinciale, les Parlements, les officiers de finance, les états provinciaux et les municipalités.

Dans le Conseil d’en haut, Louis XIV n’avait admis dans un premier temps que trois ministres : Fouquet, Le Tellier et Hughes de Lionne. Fouquet, surintendant des finances, aspirait ouvertement à la succession de Mazarin. C’était un personnage à la fois fastueux et prodigue, confondant allègrement le trésor public et le sien, pensionnant des écrivains, artistes et courtisans, il s’était fait construire un magnifique château à Vaux, près de Melun, qu’avaient décoré les plus grands artistes de l’époque, et où il donnait des fêtes éblouissantes. Mais il en faisait trop aux yeux de Louis XIV, qui voulait être le seul maître et qui se chargeait de le faire savoir si nécessaire. Résultat, il fit arrêter brusquement Fouquet en septembre 1661. Ce dernier fut jugé et, après un procès qui dura trois ans, condamné pour malversations à la peine du bannissement que le roi transforma, pour l’aggraver, en celle d’emprisonnement perpétuel.

Mais si Louis XIV se résolut aussi vite à arrêter Fouquet, ce fut à l’instigation de Colbert qui, par ses capacités et ses allures modestes, avait su gagner la faveur de Louis XIV. Jean-Baptiste Colbert avait à ce moment quarante deux-ans. Ce fils de marchand drapier de Reims, était entré au service de Mazarin, et il avait su parfaitement gérer la malhonnête fortune du cardinal, lequel dans son testament pria Louis XIV de « se servir de lui, étant fort fidèle ». Et c’est tout naturellement qu’après la disgrâce de Fouquet il entra au Conseil, étant nommé surintendant des Bâtiments et Manufactures (1664), contrôleur général des Finances (1665), puis secrétaire d’Etat de la maison du Roi et de la marine (1669). Bref, il administrait tout, sauf la guerre et les affaires étrangères.

Colbert était un homme sévère et dur, à la mine plutôt renfrognée, faisant peur à tous les solliciteurs, ce qui explique le surnom que lui donna Michelet, le bœuf de labour, tout le contraire du séduisant Fouquet, assez aimé pour garder des amitiés fidèles jusque dans sa disgrâce. Et ce n’est pas une légende, puisque selon  Madame de Sévigné il était glacial, au point que la grande écrivaine l’appela le Nord. Cela étant, Colbert  était surtout un extraordinaire travailleur, capable de passer jusqu’à seize heures dans son bureau surchargé de dossiers. Son esprit clair et méthodique lui permettait de dénouer les affaires les plus difficiles. Mais plus encore, à l’inverse de Mazarin et Fouquet, Colbert était un administrateur adroit et surtout intègre. C’est pour cela que l’histoire a retenu de lui qu’en plus de mettre de l’ordre dans l’administration, il se préoccupa surtout d’accroître les revenus dont pouvait disposer le roi pour conduire sa politique, C’est ainsi qu’à peine nommé à son poste de contrôleur général des Finances, il commença par poursuivre tous ceux qui avaient volé l’Etat, à commencer par plusieurs centaines de financiers qui furent condamnés à restituer cent dix millions de livres (plusieurs dizaines de milliards d’euros de nos jours). Il s’ingénia à arrêter les gaspillages de tous ordres, allant jusqu’à demander au roi de faire des économies…ce qui n’était pas le plus facile, « pour assurer dans le royaume l’abondance d’argent ».

Bref, comme nous dirions de nos jours, il s’efforça de réduire la dépense tout en essayant d’augmenter le rendement des impôts. A ce propos, il faut noter qu’il diminua le montant global de la taille, pour ne point trop accabler les paysans, mais en revanche il fit la traque aux fraudeurs et augmenta les impôts indirects, la gabelle et les traites, qui frappaient d’une façon plus égale les diverses catégories de sujet. Cette réorganisation fiscale permit pendant une dizaine d’années l’équilibre des dépenses et des recettes. En fait jusqu’en 1672, époque où les guerres et la construction de Versailles entrainèrent une forte croissance des dépenses, qui entraîna de nouveau l’apparition des déficits, et cela allait s’aggraver jusqu’à la fin du règne de Louis XIV.

Michel Escatafal

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