Le procès et l’exécution d’un roi (Charles 1er d’Angleterre)

Olivier Cromwell était un gentilhomme campagnard, puritain convaincu, qui siégeait à la Chambre des Communes où il se fit remarquer par son intransigeance, celle-ci paraissant d’autant plus caractéristique que son éloquence était pleine de ferveur avec sa voix âpre. Ses contemporains l’ont dépeint rouge, joufflu, plutôt vulgaire, et d’une tenue très négligée, mais ses yeux laissaient apparaître une forte expression d’énergie. Bref, son visage reflétait parfaitement ce qu’il était en réalité : un homme de guerre prêt à tout pour arriver à ses fins. D’ailleurs, il fut aussi bon dans la guerre que médiocre dans les débats parlementaires, lesquels ne pouvaient qu’être ennuyeux pour un homme tel que lui.

Pour vaincre ses adversaires Cromwell utilisa le fanatisme religieux, après avoir levé à ses frais, dans son comté, un régiment de cavalerie composé essentiellement d’hommes pieux de la secte dite des indépendants, les protestants les plus exaltés. Et quand on parle de croyants exaltés, cela signifie que toute guerre est d’abord une guerre sainte, où l’on combat en soldats de Dieu. En outre, autre astuce de Cromwell, contrairement au préjugé qui voulait que nul ne fût officier s’il n’était pas gentilhomme, dans le régiment de Cromwell les grades furent donnés au mérite. On comprend mieux pourquoi les hommes de Cromwell étaient décidés à mener contre le roi Charles 1er une lutte à outrance, suivant en cela ce que disait Cromwell : « Si je rencontre le roi dans la mêlée, je le viserai avec mon pistolet comme un simple particulier ». Fortes paroles qui ne pouvaient qu’enfiévrer des esprits faibles.

A la bataille de Marston-Moor (2 juillet 1644), les cavaliers de Cromwell décidèrent de la victoire par des charges furieuses qui leur valurent le surnom de Côtes de fer. A la suite de ce succès, le Parlement entreprit de réorganiser l’armée, une nouvelle armée dite le nouveau modèle, comprenant 20.000 « honnêtes soldats », recrutés principalement par les indépendants. En outre le commandement aussi fut réorganisé, et pour en finir avec les atermoiements dénoncés par Cromwell, on demanda leur démission aux chefs militaires faisant partie du Parlement, Cromwell excepté qui devint lieutenant général et chef de cavalerie.

Le résultat ne se fit pas attendre : le 14 juin 1645 à Naseby, la cavalerie de Cromwell infligeait une terrible défaite à l’armée royale. Le roi essaya bien de regrouper ses partisans, mais en vain, ce qui l’obligea à se réfugier au camp des Ecossais (1646), lesquels exigèrent qu’il adhérât au Covenant, c’est-à-dire au presbytérianisme. Charles 1er s’y refusant, ils le livrèrent au Parlement, moyennant le paiement d’une indemnité de guerre de 400.000 livres (30 janvier 1647).

La guerre entre le Parlement et le roi était terminée, mais survint un autre conflit entre le Parlement, en majorité presbytérien, et l’armée où dominaient les indépendants. Pour se débarrasser de l’armée, le Parlement décida qu’elle serait licenciée. L’armée refusa d’obéir, et élut un conseil des délégués chargés de défendre ses revendications, dont la principale était la tolérance religieuse et la liberté de culte pour tous les protestants. Les deux partis entrèrent en négociation avec le roi, celui-ci essayant de jouer de la division des uns et des autres pour redevenir le maître, préparant en sous-main une reprise de la guerre civile, avec invasion de l’Angleterre par les Ecossais, acquis à présent à sa cause. Mais c’était sans compter sur Cromwell qui déjoua ces plans et réprima tous les soulèvements, occupant militairement Edimbourg.

L’armée resta donc maîtresse de la situation et, furieuse de la duplicité du roi, demanda au Parlement que « le grand et principal auteur des troubles fût cité à comparaître en justice, pour être puni de sa trahison et du sang versé par son ordre ». Le Parlement, resté foncièrement royaliste, répondit en signant la paix avec le roi, mais l’armée ne l’entendait pas de cette oreille et marcha sur Londres, procédant à l’épuration du Parlement (6 décembre 1648). Seuls continuèrent à siéger une centaine de députés appartenant à la secte des indépendants.

Le procès et l’exécution du roi furent imposés par les soldats avec à leur tête leur principal chef, Cromwell. Le Parlement mutilé vota aussitôt la mise en jugement de Charles 1er. Celui-ci fut traduit devant une commission extraordinaire, et condamné à mort comme « tyran, traître, meurtrier et ennemi du pays. Sur son passage les soldats l’injuriaient, criant : « Justice ! Exécution ! ». En revanche on entendait dans la foule des cris : « Dieu sauve le roi » ! L’exécution eut lieu devant le Palais de Whitehall (9 février 1649).

L’attitude digne du roi, son sang-froid et son courage firent impression sur tous les assistants. La scène de la mort du roi a été parfaitement rapportée par le peintre flamand Gonzales Cocx (1628-1684), où l’on voit notamment le bourreau montrant au peuple la tête du roi, ce qui ne fit pas que des heureux. Tout cela nous rappelle furieusement ce qui s’est passé chez nous 144 ans plus tard, quand Louis XVI fut guillotiné.

Michel Escatafal

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One Comment on “Le procès et l’exécution d’un roi (Charles 1er d’Angleterre)”

  1. Dannielle dit :

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