La fin de l’absolutisme anglais et la guerre civile

La chute de l’absolutisme anglais eut pour cause première une crise extérieure à l’Angleterre, un soulèvement des Ecossais, provoqué par la politique religieuse de l’archevêque anglican Laud. L’Ecosse était profondément attachée au régime presbytérien, mais Laud entreprit de lui imposer, comme à l’Angleterre, le cérémonial anglican. Problème, la première fois qu’on voulut l’appliquer à Edimbourg, une émeute éclata  le 23 juillet 1637…dans la cathédrale. Ce jour-là, on se servit du livre de prières imposé par Laud, mais à peine le livre fut-il ouvert que des gens du bas-peuple se mirent à pousser des grands cris et à frapper dans leurs mains. Une vieille dame alla même jusqu’à lancer un petit tabouret pliant sur lequel elle était assise à la tête du doyen. Ce fut le signal d’un mouvement de résistance qui se propagea dans toute l’Ecosse. Par un pacte solennel ou Covenant, les Ecossais s’engagèrent en 1638 «  à repousser toutes les innovations qu’on voulait illégalement les forcer à recevoir ». Puis ils réunirent une armée, ce qui obligea le roi à marcher contre eux, mais ce dernier n’ayant pas assez de troupes fut obliger de traiter avec les insurgés. Cela ne l’empêcha pas de vouloir renforcer son armée, mais pour cela il lui fallait de l’argent. Charles 1er se résigna donc à convoquer le Parlement (1640).

L’irritation qui couvait chez les bourgeois anglais et les puritains de la gentry était d’autant plus redoutable qu’elle avait été longtemps contenue. A peine réunis, les députés protestèrent contre les méthodes de gouvernement du roi. Charles 1er s’en offusqua et les renvoya. Mais comme le danger écossais se faisait toujours plus pressant, il dut de nouveau convoquer un nouveau Parlement. Celui-ci se réunit le 7 novembre 1640, et a été appelé le Long Parlement, parce qu’il siégea…treize ans, jusqu’en 1653. Cette fois les députés revenaient déterminés et prêts à tout pour briser le régime de l’arbitraire. Pym (1584-1643) fut leur principal chef : c’était un gentilhomme plein de sang-froid, mais d’une énergie à toute épreuve et qui avait une grande expérience des débats parlementaires.

Sur l’initiative de Pym, le premier acte du Parlement fut de mettre en accusation et de faire arrêter les deux plus irréductibles tenants du système « absolu », Strafford et Laud. Pour toutes les illégalités commises, Strafford fut accusé de haute trahison, mis hors la loi et décapité (12 mai 1641). Laud devait subir le même sort quatre ans plus tard. Ensuite la Chambre des communes s’attaqua au régime lui-même. Elle décida qu’elle ne pourrait être dissoute que de son propre aveu, ce qui enlevait au roi son principal moyen d’action sur le Parlement. Ensuite elle abolit les tribunaux d’exception et déclara le ship-money illégal. Sur ces entrefaites, un soulèvement éclata en Irlande, où la masse de la population était restée catholique, et des milliers d’Anglais protestants furent massacrés. Le Parlement crut voir dans ce soulèvement la complicité du roi. Il adressa alors à Charles 1er une « solennelle remontrance » et décréta qu’aucune armée ne pourrait être désormais levée sans son consentement (novembre-décembre 1641).

Le Parlement n’ayant voté la remontrance qu’à une faible majorité, Charles 1er crut le moment venu de l’intimider par un coup de force. Il vint aux Communes, avec  plusieurs centaines de gardes et pensionnaires, pour faire arrêter Pym, Hampden et trois autres meneurs de l’opposition. Le coup manqua, car les cinq avaient eu le temps de se mettre à l’abri dans la Cité avec la complicité des autres députés. Malgré les efforts du roi pour qu’on lui envoie ceux qu’il appelait « les traitres », il fut contraint de quitter les lieux et de repartir, mais le peuple de Londres informé de cette tentative de coup de force prit les armes pour défendre la liberté des représentants de la nation. Le roi, bravé par le Parlement et par la foule, quitta Londres le 10 janvier 1642.

Dés lors, de part et d’autre, on se prépara à la guerre civile. Le roi eut pour lui les anglicans, les catholiques et la plupart des grands seigneurs. Ses forces principales se trouvaient dans les régions du nord et de l’ouest, et comme elles consistaient surtout en cavalerie, on donna aux royalistes le surnom de Cavaliers. Le Parlement fut au contraire soutenu par tous les puritains, presbytériens et indépendants. Ses principaux partisans se recrutèrent parmi les bourgeois de Londres et dans la gentry des régions de l’est et du sud. Ils furent surnommés les Têtes rondes, parce que les puritains avaient ordinairement les cheveux coupés assez ras.

Les deux partis cherchèrent des alliés, le roi chez les Irlandais catholiques, le Parlement chez les Ecossais presbytériens. Avec ces derniers, les parlementaires réussirent à signer un accord : ce fut un nouveau Covenant, par lequel Ecossais et Anglais juraient « de vivre en frères, unis par l’amour et la foi, afin d’extirper le papisme, l’épiscopat, la superstition, le schisme et l’impiété ; de défendre les droits et privilèges du Parlement et les libertés nationales, et d’unir étroitement les deux royaumes » (septembre 1643). Cependant la guerre se poursuivait sans qu’aucun des partis ne réussît à prendre un avantage décisif. Les généraux parlementaires, tout en combattant le roi, le ménageaient ; « Nous battrions le roi quatre-vingt-dix-neuf fois, disait le général en chef, qu’il demeurera toujours le roi ». Cela dit, la situation allait se modifier en 1644, sous l’influence d’un homme dont le rôle devint rapidement prépondérant, Olivier Cromwell.

Michel Escatafal

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