La période coloniale espagnole en Amérique

Après avoir détruit une grande partie des institutions indigènes, les Espagnols imposèrent les leurs, ce qui donna à l’Amérique un caractère très original.

L’administration

Les plus hautes autorités étaient les Virreyes, sorte de vice-rois. Au début il y eut seulement deux vice-royaumes : en 1521, la Nouvelle Espagne (Mexique) et le Pérou en 1543, avant la création plus tard (1717) de celui de la Nouvelle Grenade (capitale Bogota), et de celui du Rio de la Plata (capitale Buenos-Aires) en 1776. A Cuba, au Chili, au Venezuela et au Guatemala, on avait envoyé un capitaine général, et en Equateur un président.

Le pouvoir du vice-roi, nommé par le roi d’Espagne, était absolu, mais il était surveillé par un Conseil d’Audience. Ensuite, venaient après eux des magistrats et des conseils composés d’hommes de premier plan élus. En Espagne, le Conseil des Indes et la Maison du Commerce des Indes (Casa de Contratación de las Indias) avaient accès à tous les sujets relatifs à l’Amérique.

Organisation sociale

Les Indiens, libres en théorie (ordonnances d’Isabelle, Charles Quint et Charles II), furent répartis entre de nombreux « commissionnaires », en fait des colons gratifiés pour services rendus par la monarchie espagnole. Ces colons avaient reçu une « commission », ou si l’on préfère la libre disposition de terres appartenant auparavant aux Indiens, avec pour objet de protéger et instruire les indigènes, les convertir au christianisme et organiser leur travail.

Mais très vite cela devint un système de travail forcé et d’exploitation inhumaine pour ceux qui étaient sous les ordres de ces colons. Ceux-ci, en effet, obligeaient les indigènes à travailler dans les mines dans des conditions épouvantables et dans ce que l’on appelait les « obrajes », qui n’étaient rien d’autre que des grands ateliers publics de tissage. Des milliers d’Indiens succombèrent à ces conditions de vie abominables, ce qui amena les colons à importer de nombreux esclaves d’Afrique (la traite des noirs).

De tels abus, indignes d’une nation soi-disant civilisée, provoquèrent des rebellions parmi les indigènes, durement réprimées. Ce fut le cas notamment à Vélez de Cordoba en Bolivie (1739) et à Tupac Amaru au Pérou (1780). Toutefois, malgré ces horreurs, les Espagnols admirent l’égalité des races, ce qui explique le nombre important de mariages entre eux et les femmes indigènes, formant ainsi un groupe chaque jour plus nombreux de métis. A la fin du dix-huitième siècle, sur les dix-huit millions d’habitants en Amérique espagnole, plus de huit millions étaient Indiens, et plus de six millions des métis.

La religion

La religion était à la base de la notion espagnole d’égalité des races, d’où aussi l’effort d’évangélisation à destination des indigènes. A peine arrivés sur le nouveau continent, les Espagnols commencèrent à détruire les idoles et les temples des Indiens pour édifier à la place des églises et des couvents. Dans cette œuvre de conversion, que l’on appela « la conquête spirituelle des Indes », certains ordres religieux jouèrent un grand rôle (Franciscains, Dominicains). Des missions de jésuites établirent au Paraguay une sorte de société collectiviste, dans lesquelles furent établis avec succès des règles de vie et de travail pour les Indiens. En outre de nombreux clercs se firent les défenseurs des droits des indigènes. Ainsi, dès 1521, le père Montesinos dénonça en chaire les abus des « encomenderos ». Mais le plus célèbre de tous fut le Père de las Casas (1474-1566), appelé « le Défenseur des Indiens ».

Organisation économique

En arrivant en Amérique, les Espagnols ne rencontrèrent pas d’autre animal que le lama des Andes, ce qui les obligea à acclimater le cheval, la vache et le mouton. Ils introduisirent aussi des cultures nouvelles comme le blé, la vigne, la canne à sucre, le café, la banane, mais en échange découvrirent des produits jusque-là inconnus en Espagne et en Europe : le maïs, la pomme de terre, le tabac, le cacao, le caoutchouc ou encore la tomate. Ainsi, avec les grandes richesses minières (or et argent), mais aussi l’agriculture et le commerce, l’Espagne eut le monopole du commerce dans ses colonies.

La Lutte pour l’indépendance

Les causes

Le mécontentement des créoles (blancs nés en Amérique) est allé croissant tout au long du dix-huitième siècle parce qu’ils furent mis à l’écart des emplois élevés et rentables, réservés aux Espagnols de la métropole. Ensuite il y a les causes économiques, notamment le fait qu’il était interdit aux colonies d’avoir des industries et des cultures susceptibles d’entrer en compétition avec celles d’Espagne. Le commerce était strictement règlementé au profit exclusif de la métropole. Un convoi spécial, « la flota », amenait en Espagne les produits coloniaux et, en contrepartie, on amenait dans les colonies les marchandises en provenance d’Espagne. Evidemment les créoles comme les métis auraient préféré la liberté du commerce.

Des causes idéologiques aussi ne furent pas étrangères à ce désir d’indépendance, entre autres les idées des philosophes français (Montesquieu, Rousseau), plus particulièrement la souveraineté populaire ou la division des pouvoirs, qui se répandirent peu à peu sur le continent américain. A cela s’ajoutent des causes plus purement politiques, comme l’indépendance des Etats-Unis en 1776 et la Révolution française en 1789. Enfin, à partir de 1794, circula la déclaration des Droits de l’Homme traduite en espagnol.

Mais parmi les causes majeures de ces soulèvements, il y eut aussi l’invasion de l’Espagne par les troupes de Napoléon. Après l’abdication de Charles IV, il n’y avait plus de gouvernement légitime aux yeux des colonies. Du coup, les « cabildos » (conseils d’administration coloniale régissant une municipalité) prirent une importance politique considérable avec leurs citoyens élus. Ils formèrent des assemblées de gouvernement qui luttaient contre l’absolutisme des gouverneurs, même s’ils continuaient à reconnaître la souveraineté de l’Espagne…qui elle-même n’était plus souveraine.

Les premiers soulèvements (1809-1812)

Les premières insurrections eurent lieu en 1809 à Caracas (Venezuela) et à La Paz (Bolivie). En 1810, le curé Hidalgo (1753-1811) proclama l’indépendance du Mexique, ce qui lui valut d’être fusillé un an plus tard. Pendant ce temps des soulèvements eurent lieu à Santiago du Chili, à Bogota (Colombie), Buenos-Aires (Argentine) et au Paraguay, pour ne citer que ces pays. Mais les Espagnols résistèrent avec succès dans les endroits les mieux défendus, notamment au Pérou et au Mexique.

La guerre

Elle commença par des succès espagnols. En 1814, Ferdinand VII (fils de Charles IV), le nouveau roi d’Espagne, envoya au Venezuela une importante armée qui renversa la jeune république vénézuélienne proclamée par Miranda (1750-1816) et Bolivar dit le Libérateur(1783-1830). Mais très vite les insurgés allaient prendre le dessus, d’abord dans le Sud, dès 1818, quand le général argentin San Martin (né en 1778 et décédé en 1850 en France où il vivait en exil), qui avait combattu en Espagne contre Napoléon, forma dans la nouvelle République du Rio de la Plata (Argentine et Uruguay), proclamée en 1816, l’armée des Andes. Celle-ci, après avoir traversé la Cordillère, mit en déroute les Espagnols et s’empara de Santiago du Chili (victoire de Chacabuco en février 1817). San Martin et O’Higgins proclamèrent la République du Chili le 12 février 1818, la bataille de Maipo en avril 1818 assurant l’indépendance du Chili, ce qui mit fin à la domination espagnole dans cette région.

Dans le Nord, Bolivar débarqua au Venezuela en 1819, et fut élu président de la République de Grande Colombie, formée par l’union entre le Venezuela et la Colombie. Venu du Chili par mer, San Martin entra à Lima en 1821 et proclama la République du Pérou. Ensuite Francisco Javier de Santa Cruz et le général ami de Bolivar, Sucre, libérèrent l’Equateur en 1822. Au Mexique, le général espagnol Iturbide conclut un pacte avec Guerrero, chef des insurgés, et l’indépendance fut proclamée en 1821, Iturbide devenant empereur sous le nom d’Augustin 1er. Enfin, après la victoire de la Junin en août 1824, celle de Sucre à Ayacucho (Pérou) en décembre 1824, marqua le dernier grand affrontement entre les révolutionnaires de diverses nationalités (Argentins, Vénézuéliens, Colombiens, Chiliens et Péruviens) et l’armée espagnole, certes supérieurement armée, mais comptant dans ses rangs de nombreux soldats prêts à déserter et à rejoindre les troupes indépendantistes. Sucre proclama l’indépendance de la Bolivie, (1824-1825) et en devint son président en 1826. Son nom est tellement resté un symbole, qu’il est aujourd’hui celui de l’unité monétaire pour le commerce entre les membres de l’Alliance bolivarienne ( Bolivie, Cuba, Equateur, Nicaragua et Venezuela).

Toutes ces mouvements insurrectionnels avaient abouti à une situation inédite depuis trois siècles, l’Espagne n’ayant conservé, en 1830, de son immense empire américain que Cuba et Porto-Rico, qu’elle perdit en 1898. Cela étant, ce grand empire colonial aura quand même permis à la langue espagnole d’être toujours la langue officielle et parlée dans toute l’Amérique centrale et du Sud, à l’exception du Brésil (portugais), Haïti (français) et de quelques petites dépendances de pays européens, comme notre Guyane.

Michel Escatafal

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