Le choc de deux mondes (Espagne et Amérique)

Devant une nature aussi grandiose, des hommes et des civilisations aussi éloignés de ce qu’on connaissait jusque-là, il n’y a rien d’étonnant à ce que les Espagnols aient eu une grande surprise en arrivant sur ce nouveau continent. Mais quelle ne fut pas aussi la stupéfaction des Indiens à voir arriver sur leurs terres des êtres et des choses aussi « monstrueuses » que des bateaux à voile, des chevaux et des « dieux guerriers » couverts d’un métal inconnu, et maîtres du tonnerre. Les Aztèques, imprégnés de leurs traditions, croyaient au retour du dieu Quetzalcóatl.

Pour leur part, les conquistadors pensèrent débarquer dans un monde impossible à définir, où l’humain et le chevaleresque se coloraient de diabolisme, mais où on admirait l’éblouissante réalité indienne, sans oublier la vision d’horreur que leur inspiraient les dieux aztèques, qu’ils comparaient à des démons affamés de chair humaine. C’est la raison pour laquelle ils travaillèrent à combattre et à détruire temples et idoles, et à lutter sans merci contre les coutumes sataniques des indigènes. Cette incompréhension mutuelle s’étendit dans tous les domaines, le fanatisme espagnol luttant contre la magie indienne.

La conquête fut facilitée par l’énorme différence d’armement, mais aussi de conception militaire et de tactique. En outre, les Mexicains voulant prendre vivants les ennemis pour leurs sacrifices futurs, il était plus facile pour les soldats de Cortés (1485-1547) de les tuer en masse.  Par ailleurs, la coutume des Indiens étant de prendre la fuite quand le chef était capturé, Pizarro (1476-1541) put devenir facilement le maître de l’empire inca après la capture de l’empereur Atahualpa. Enfin, un dernier élément important favorisa la domination espagnole, en plus de la terreur répandue par de tels méfaits : ce sont les discordes entre tribus et l’impatience des nations récemment soumises ayant souffert du joug des Aztèques et des Quechuas.

La découverte

Nous savons que l’Amérique fut découverte en 1492 par le Génois Christophe Colomb et les frères Pinzón, pour le compte de la reine Isabelle la Catholique (1451-1504, reine entre 1474-1504). Colomb partit de Palos de Moguer le 3 août, pour découvrir le 12 octobre l’île de San Salvador, et ensuite celle du Cuba et de Saint-Domingue. Dans son second voyage (1494) il découvrit Porto Rico et les Petites Antilles. Ensuite, en 1498, il atteignit Panama au cours de son troisième voyage. Un peu plus tard, lors du quatrième voyage, il arriva au Venezuela (1502), et vit les bouches de l’Orénoque après Ojeda (1465-1515) en 1499, puis Yanez Pinzon en 1500, et le Florentin Americo Vespucci (1454-1512) qui donna son prénom au nouveau continent, car il fut le premier des navigateurs à considérer que l’on n’était pas en Asie. Tous ces voyages permirent de découvrir toute la côte nord-est de l’Amérique du Sud.

Ensuite les expéditions se multiplièrent : Ponce de León (1460 – juillet 1521) découvrit la Floride en 1512, puis, en 1513, Núñez de Balboa (1475-1519) croisa l’isthme de Panama et atteignit la Mer du Sud dans le Pacifique. En 1516, Juan Díaz de Solís (1470-1516), à la recherche du passage entre deux océans arriva à l’estuaire du Rio de la Plata (la « mer douce »). Enfin, en 1520, le Portugais Magellan (1480-1521) franchit le détroit qui porte son nom au Sud du Chili.

La conquête

Deux grandes expéditions

La conquête du Mexique (1519-1521)

En 1512, les Espagnols établis dans l’ile de Cuba firent des incursions sur la côte du Mexique. En 1517, Hernández de Córdoba (1475- 1517) débarqua dans le Yucatan, rencontrant une résistance acharnée de la part des Mayas. En 1518, Grijalva atteignit la future Vera Cruz et retourna à Cuba, convaincu de l’existence d’un riche empire dans le Nord. L’année suivante (1519) le gouverneur de Cuba, Diego Velázquez, lança une expédition dirigée par Hernan Cortés, jeune noble plein de talent, discret et cultivé, audacieux et ambitieux. Cette armée se composait de onze navires, avec une dizaine de canons, seize chevaux et cinq cents hommes.

Profitant de la frayeur que causaient les armes à feu et les chevaux sur les indigènes, Cortés remporta une première bataille, et réussit à fonder la ville de Vera Cruz. Il reçut les ambassadeurs du roi du Mexique, Moctezuma (1466-1520). Celui-ci donna de précieux cadeaux à Cortés dans l’espoir d’éloigner les Espagnols. Mais cela n’empêcha pas Cortés de s’allier avec les  Tlascaltecas, petit peuple belliqueux ennemi des Mexicains. Avant de s’engager dans une longue et pénible marche à travers la Meseta et les terres froides pour arriver à Cholula, ville importante et très peuplée, Cortés détruisit ses navires, sur le conseil de ses capitaines, pour priver ses hommes de toute idée de retrait.

Les Cholultecas étant disposés à en finir  avec les Espagnols, Cortés ordonna alors un véritable carnage pour réduire toute résistance des Indiens. Ensuite il reprit sa marche vers Mexico où Moctezuma le reçut fastueusement. Puis installé à Tenochtitlàn (ou Mexico), ville au demeurant magnifique, Cortés ne tarda pas à faire prisonnier Moctezuma, seul moyen pour lui de prévenir toute révolte des Aztèques. Peu après, les Espagnols croyant être de nouveau menacés tuérent de nombreux nobles durant une fête religieuse. Alors les Mexicains envoyés par Cuauhtemoc, successeur de Moctezuma, assaillirent les Espagnols, un assaut au cours duquel mourut Moctezuma.

Les Espagnols, assiégés dans les palais, luttant contre des forces très supérieures en nombre, finirent par fuir par des allées unissant Mexico au bord de la lagune, jusque sur la terre de leurs alliés tlascaltecas. C’est la fameuse « Nuit Triste » (30 juin au 1er juillet 1520), nuit triste parce que les troupes de Cortés subirent de lourdes pertes au cours de cette fuite. Néanmoins cette déroute ne fut pas définitive, car Cortés réorganisa ses troupes à Tlascala et surtout reçut des renforts. Après un long et sanglant siège de trois mois  qui détruisit en partie la ville (entre cent et deux cent cinquante mille morts), il réussit à reprendre une nouvelle fois Mexico en août 1521, après la reddition de l’empereur Cuauhtemoc, lequel restera dans l’histoire comme le dernier empereur des Aztèques.

La conquête du Pérou (1531-1533)

Nous connaissons les immenses richesses de certains royaumes (El Dorado) grâce à deux militaires vétérans établis à Panama, Francisco Pizarro (1476-1541) et Diego de Almagro (1480-1538), accompagnés d’un prêtre, Hernando de Luque, qui entreprirent deux expéditions vers le Sud (1527). Dans la seconde, après de terribles difficultés, Pizarro arriva à la cité inca de Tumbez, au Nord de l’actuel Pérou. C’est alors qu’il regagne l’Espagne pour obtenir le soutien de Charles Quint, qui le recevra en juin 1529. Il ne sera pas déçu, et reviendra avec les titres de Gouverneur, Capitaine général et Adelantado de la Nouvelle Castille…tout cela au détriment d’Almagro. Il lui restait seulement à assurer la conquête de ses nouveaux domaines.

Avec ses trois frères, deux cents hommes et quatre-vingts chevaux, Pizzaro embarqua  à Panama à destination du Pérou. Arrivés dans ce pays (1532) les Espagnols eurent la chance de trouver l’empire Inca divisé par une lutte dynastique entre les deux fils de l’empereur Huayna Capac, mort en 1529 : Atahualpa et Huascar.  Atahualpa finit par prendre le dessus et repoussa les troupes de Huascar jusqu’à Quito (Equateur). Avançant à travers le désert et escaladant la Cordillère des Andes, Pizarro et les siens se dirigèrent vers Cajamarca (Nord du Pérou), où se trouvait Atahualpa. Mais au cours de cette entrevue (16 novembre 1532) les choses ne se passent pas comme Atahualpa l’imaginait, puisqu’au lieu d’arriver sans armes, Pizarro et ses hommes font prisonnier l’Inca et massacrent les Indiens qui l’accompagnaient. Ce fut ce que les Espagnols appelèrent la bataille de Cajamarca.

Atahualpa offrit une énorme quantité d’or (six tonnes) et d’argent pour se délivrer. Les Espagnols acceptèrent, mais une fois livré le trésor, ils condamnèrent à mort l’Inca (1533). Ensuite Pizarro entreprit la marche vers Cuzco, la capitale des Incas, au Sud du Pérou. Après plusieurs batailles, il réussit à conquérir l’empire des Incas et fonda la ville de Ciudad de los Reyes qui deviendra Lima. Ensuite éclata la guerre entre Pizarro et son ancien compagnon de route Diego de Almagro, qui avait conquis le Chili. Vaincu, Almagro fut emprisonné et tué (1538). Pizarro organise alors ces nouveaux domaines, une organisation mise à mal par Manco Inca qui continue de résister, en raison notamment des abus des Espagnols, et par les partisans d’Almagro, ces derniers allant jusqu’à conspirer et assassiner Pizarro dans son palais de Lima (1541).

Michel Escatafal

Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s