Mazarin et Anne d’Autriche avant la Fronde

Tout en servant Richelieu, Mazarin (1602-1661) avait su se concilier les bonnes grâces de la reine. En effet, devenue régente, Anne d’Autriche (1601-1666) allait avoir pour son ministre un attachement que certains jugèrent passionné, sans que l’on sache très exactement jusqu’où est allée leur relation. En tout cas, elle l’a soutenu contre toutes les cabales et lui a abandonné toute la charge des affaires. Cela permit à Mazarin de se retrouver maître du royaume autant qu’avait pu l’être Richelieu, avec une différence de style dans la manière de gouverner, l’un, Richelieu, étant rude et redouté par tous, alors que l’autre, Mazarin, se comportait d’une manière plus souple et plus affable. C’était surtout un fin négociateur, mais aussi un être fourbe et avide de richesses. D’ailleurs, s’il fut un excellent diplomate, menant à bien et terminant la lutte contre l’Autriche et l’Espagne, il fut en revanche un médiocre administrateur, pire encore que Richelieu, car il ne comprenait rien aux finances…exceptées les siennes.

Le règne de Mazarin commença par ce que l’on a appelé « la cabale des Importants », ces derniers étant furieux d’avoir été évincés par Mazarin. Néanmoins il a suffi pour la mettre en déroute d’arrêter son chef, le duc de Beaufort (petit-fils d’Henri IV et cousin germain de Louis XIV, surnommé le « Roi des Halles »), en septembre 1643, lequel s’évadera de sa prison au Château de Vincennes cinq ans plus tard pour jouer un rôle important pendant la période de la Fronde. Mais les premières vraies difficultés de Mazarin vinrent de la détresse financière dans laquelle se trouvait le royaume, le revenu des impôts ayant été dépensé par anticipation pour quatre ans, jusqu’à 1646. Et tout redressement à court terme était exclu parce qu’il fallait poursuivre la guerre entreprise contre l’Espagne (depuis 1635), dont le roi Philippe IV était le frère d’Anne, et fournir des subsides à la Suède et autre alliés de la France.

Pour se procurer de l’argent, tous les moyens furent bons à Mazarin et à son financier italien Particelli d’Emery (1596-1650), qui devint surintendant des Finances, à savoir augmenter les impôts, ventes d’offices, emprunts aux gens de finances, retranchement de rentes ou de gages. A noter que ces derniers, certes pas très élevés, avaient l’inconvénient d’être versés pendant toute la vie du titulaire. Cela dit, tout cela était très insuffisant pour combler le déficit, au point que l’on remit en vigueur une ordonnance d’Henri II (édit du toisé) qui, pour des raisons militaires, défendait toute construction hors de l’enceinte de Paris, au voisinage des murailles, les contrevenants étant contraints à payer de lourdes amendes. En 1646, on surtaxa toutes les marchandises entrant à Paris (édit du tarif) et en 1648, à l’occasion du renouvellement de la Paulette (hérédité des offices accordée en 1604), on décida qu’au lieu de payer pendant neuf ans une taxe annuelle, les officiers des cours souveraines (Cour des comptes, Cours des aides et Grand Conseil sauf le Parlement) abandonneraient quatre années de leurs gages. Toutes ces mesures avaient exaspéré à la fois la bourgeoisie et le peuple parisien, ce qui fut l’occasion d’une révolte.

Celle-ci partit du Parlement de Paris, les parlementaires s’étant toujours opposé à l’enregistrement des taxes nouvelles, y compris quand ces taxes étaient des mesures équitables comme par exemple l’édit du tarif, sans parler du fait qu’ils n’ont jamais renoncé à leurs prétentions politiques.  En outre, à cette époque, Mazarin devenait de plus en plus impopulaire, et en 1648, année où la révolution triomphait en Angleterre (Cromwell), ils jugèrent le moment de frapper un grand coup. Bien qu’ils aient été exemptés de la suspension des gages dans l’affaire de la Paulette, les membres du parlement n’hésitèrent pas à s’affirmer solidaires des autres cours souveraines, invitant leurs officiers à venir délibérer en commun sur la réforme du royaume (13 mai 1648). En fait, la royauté voyait se dresser en face d’elle une puissance nouvelle qu’elle avait plutôt favorisée, la « caste des officiers royaux ».

La régente interdit la réunion…qui eut lieu quand même, les magistrats rédigeant une déclaration en vingt sept articles, sorte de charte  ou de constitution pour le royaume (juin-juillet 1648) qui limitait l’absolutisme royal, comme l’avait fait en Angleterre la Grande Charte de 1215. Dès qu’elle fut connue, cette charte suscita l’enthousiasme populaire, la foule parisienne (bourgeoisie et peuples confondus) se pressant au palais de justice en réclamant le départ du cardinal et acclamant les « pères de la patrie ». Dans un premier temps Mazarin conseilla à la régente de faire semblant de céder, la plupart des intendants étant rappelés. Mais quelques semaines plus tard, profitant de la célébration à Paris de la victoire de Lens (20 août 1648) contre les Espagnols, Anne d’Autriche tenta un coup d’autorité et fit arrêter plusieurs magistrats, dont le vieux conseiller Broussel, homme pauvre et simple qui avait fait montre d’une grande fermeté dans la résistance aux taxes.

Nous étions le 26 août 1648, et cette décision allait provoquer une émeute de grande ampleur (Journée des barricades), avec des centaines de barricades coupant les rues, rendant tout mouvement de troupes impossible, et bloquant le Palais-Royal pendant deux jours. Cela n’empêcha pas la reine de rester ferme vis-à-vis de Broussel, qu’elle refusait de libérer pour l’exemple, affirmant qu’elle « préférait l’étrangler de ses propres mains ». Cependant Mazarin conseilla de nouveau à la reine de céder et de le remettre en liberté, ce qui fut fait deux jours après (28 août 1648).

Un peu plus tard, lorsque la paix fut signée en Westphalie (octobre 1948), qui mit fin à la guerre de Trente ans même si l’Espagne poursuivit la lutte jusqu’en 1659, la régente put appeler à elle les troupes de Condé. Mais dès qu’elles s’approchèrent, Anne d’Autriche s’enfuit secrètement de Paris à Saint-Germain-en-Laye avec le petit roi Louis XIV et Mazarin, le 5 janvier 1649 (nuit des Rois), le cardinal étant condamné au bannissement par un arrêt du Parlement du 8 janvier. C’était le début d’une guerre civile qui allait durer plus de trois ans (1649-1652), et que l’on appela Fronde, du nom d’une arme d’enfant qui donne un côté dérisoire à ce mouvement qui, en plus de ruiner encore un peu plus les finances de l’Etat, allait surtout aboutir à un résultat inverse de celui recherché, le renforcement de l’abolutisme royal.

Michel Escatafal

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