La fin de la république et la jeunesse d’Octave

A part les intimes de la maison de César, personne ne connaissait Caïus Octave qui allait devenir quelques temps plus tard Auguste, et passer dans l’histoire comme le plus grand homme d’Etat de Rome, et surtout réaliser ce que César n’avait pu réaliser par la faute des Ides de Mars. La grand-mère d’Octave s’appelait Julie, la sœur de César, lequel était donc son oncle. Et comme ce dernier n’avait jamais eu eu de fils légitime, il s’était attaché à son neveu, le faisant grandir dans une discipline quasi spartiate. Ensuite, alors qu’il avait à peine dix-huit ans (né le 23 septembre 63 av. J.C.), César l’emmena en Espagne quand il y était allé (en 45 av.J.C.) pour battre les derniers bataillons de l’armée de Pompée. A cette occasion, le jeune Octave fit preuve d’une détermination et d’une force de volonté extraordinaires et, bien que souffrant constamment de colite, d’eczéma et même de bronchite, autant de maux qui l’obligèrent à vivre avec à ses côtés un médecin au cours des différentes batailles qu’il dut livrer, et à faire très attention à son hygiène de vie, ne buvant jamais d’alcool et mangeant comme un oiseau.

Comment pareil tempérament avait-il pu plaire à son oncle, d’autant que le contraste était assez saisissant, Octave ne faisant jamais un seul geste, même le plus ordinaire, sans qu’il eût pesé le pour et le contre, alors que César était avant tout un brillant improvisateur, casse-cou, avec l’esprit large et une générosité irréfléchie. Mais c’est peut-être aussi ce contraste qui permit à Octave d’être pris en sympathie par César, au point qu’après ses études ce dernier lui confia dès l’âge de dix-sept ans un petit commandement en Illyrie pour qu’il puisse s’entraîner à la fois à la guerre et au gouvernement. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’un messager lui fit part de la mort de César et de son testament. Du coup il courut à Rome pour prendre contact avec Marc Antoine, malgré les réserves de sa mère qui se méfiait de lui, d’autant que Marc Antoine traitait Octave par le mépris, le qualifiant de « petit garçon ».

Mais « le petit garçon » ne se laissa pas démonter, et demanda paisiblement si l’argent que César avait laissé aux citoyens et aux soldats avait été effectivement distribué, ce à quoi Marc Antoine répondit qu’il y avait des choses plus urgentes à faire, ce qui incita Caïus Jules César Octave, son nouveau nom après son adoption par César (45 av. J.C.), a se faire prêter les fonds nécessaires par de riches amis de César pour les distribuer conformément aux volontés de ce dernier. Du coup les vétérans commencèrent à trouver beaucoup de qualités au jeune homme, ce qui eut le don d’irriter Marc Antoine, allant jusqu’à attribuer à Octave une tentative d’attentat. Celui-ci ayant demandé à Marc Antoine de lui fournir des preuves, ce qu’il fut évidemment incapable de faire, Octave décida de rejoindre immédiatement les deux légions qu’il avait rappelées d’Illyrie, les unit à celles des deux consuls Irtius et Pansa, et marcha avec eux contre Antoine. Les deux consuls moururent dans cette expédition, mais Octave allait non seulement sortir victorieux de cette bataille qui eut lieu près de Modène (21 avril 43 av. J.C.), mais aussi y gagner le soutien de Cicéron et du Sénat, qui ne se méfiaient pas d’un jeune homme de dix-huit ans, fut-il très brillant.

En revanche les aristocrates n’aimaient pas le despotisme d’Antoine qui, après s’être vu frustré de l’héritage de César, avait essayé de le récupérer par la force, pendant les quelques jours qu’il avait eu le pouvoir, pillant le trésor, occupant le palais de Pompée et se nommant gouverneur de la Gaule Cisalpine. De fait le Sénat se persuada très vite que le César mort serait remplacé par un autre bien pire, ce qui les décida à soutenir Octave, a priori trop jeune pour présenter un quelconque danger pour les institutions en place. Cicéron prêta son éloquence à cette lutte contre Marc Antoine, que l’on retrouve dans les Philippiques, attaquant Marc Antoine notamment sur sa vie privée dissolue, mais aussi sur son amoralité, le prenant uniquement pour un aristocrate ignorant qui n’avait pour lui que des prouesses militaires.. Du pain bénit pour le grand orateur !

La défaite de Modène, première fois que Marc Antoine était battu, obligea ce dernier à prendre la fuite. Et c’est ainsi que le « petit garçon » rentra à Rome à la tête de toutes les troupes stationnées en Italie, alla au Sénat, imposa sa propre nomination comme consul, l’annulation de l’amnistie accordée aux conspirateurs des Ides de Mars et leur condamnation à mort. Le Sénat était en train de s’apercevoir que le « petit garçon » avait vite grandi, ce qui incita les sénateurs à résister. Mais Octave n’était pas pour rien devenu le fils de César, ce qui signifie qu’il « savait y faire » comme disaient les vétérans qui avaient accompagné son oncle-père adoptif, et qui à présent le soutenaient. Et il allait le prouver en envoyant un messager de paix à Antoine pour établir avec lui un second triumvirat, Lépide (89-13 av. J.C.) le troisième triumvir ayant assuré la médiation. Le Sénat baissa la tête en méditant sur le fait que le successeur d’un dictateur fait toujours regretter son prédécesseur.

Et effectivement ce fut la grande vengeance qui commença, avec des patrouilles de soldats envoyées à toutes les portes de la ville. Trois cents sénateurs et deux mille fonctionnaires furent accusés de l’assassinat, soumis à un procès et exécutés, après séquestre de tous leurs biens. Vingt cinq mille drachmes, c’est-à-dire une somme considérable, étaient le prix de la tête de quiconque s’enfuyait.  Mais nombre de ces aristocrates préférèrent  se donner la mort, comme le tribun Salluste qui donna un banquet au cours duquel il but un poison, et sa dernière volonté fut que le banquet continuât en présence de son cadavre, ce qui lui fut accordé. Fulvia, la femme de Marc Antoine, fit pendre devant la porte de sa maison Rufus, qui était innocent, uniquement parce qu’il n’avait pas voulu lui vendre cette maison. Son mari ne put l’en empêcher, parce qu’à ce moment il couchait avec la femme de Coponius, ce qui valut à celui-là d’avoir la vie sauve.

Mais la victime la plus convoitée pour Marc Antoine fut Cicéron, cible principale d’Antoine, non seulement parce qu’il n’avait pas digéré les Philippiques du grand avocat, mais aussi parce qu’il avait à venger Clodius, dont il avait épousé la veuve, et Lentulus, que Cicéron avait fait mettre à mort sur une galère à l’époque de Catilina, et dont Antoine était le beau-fils. Celui que l’on appelait « le Père de la patrie » avait tenté de s’enfuir en s’embarquant à Antium, mais il souffrait du mal de mer….ce qui lui parut pire que la mort et le contraignit à débarquer à Formies, où les patrouilles d’Antoine fondirent sur lui. Cicéron comprenant l’inanité de toute résistance offrit docilement son cou aux soldats.  Nous étions le 7 décembre 43 av. J.C. Sa tête coupée ainsi que sa main droite furent apportées aux triumvirs, mais si Antoine exulta, Octave s’indigna ou du moins fit semblant, d’autant qu’il n’avait aucune sympathie pour Cicéron. Celui-ci en effet avait certes loué César au cours de sa vie, mais s’était allié à ses assassins. Et puis son attitude envers lui, Octave, était pour le moins ambigüe, le couvrant parfois d’éloges (« la valeur n’attend pas le nombre des années »), mais parlant de lui comme quelqu’un qu’il fallait supprimer, et avec Cicéron l’interprétation de ce double-sens n’était pas difficile à comprendre.

Cicéron éliminé, restaient à châtier les deux principaux coupables de la mort de César, Brutus et Cassius. Respectivement gouverneurs de la Macédoine et de la Syrie, ils avaient uni leurs forces et constitué la dernière armée républicaine, une armée qui avait pillé la Palestine, la Cilicie, la Thrace dépouillant et réduisant à l’esclavage  des populations entières de Juifs qui ne pouvaient pas payer les contributions imposées. Cela explique pourquoi les armées de d’Octave et de Marc Antoine furent accueillies en libératrices. La rencontre eut lieu à Philippes (42 av. J.C.). Brutus enfonça les lignes d’Octave, mais Antoine enfonça celles de Cassius qui se fit tuer par son ordonnance. Octave pour sa part était au lit en proie à une des ses grippes habituelles. Antoine attendit sa guérison pour se jeter avec lui à la poursuite de Brutus. Quand celui-ci vit ses hommes en déroute, il se jeta sur l’épée d’un ami et fut transpercé. Antoine chercha son cadavre qu’il couvrit pieusement de sa tunique de pourpre…parce qu’il se rappelait que Brutus n’avait posé qu’une condition à sa participation au complot contre César, à savoir qu’on épargnât Antoine.

Philippes marqua la fin à la fois de la république et des plus beaux noms de l’aristocratie qui la soutenait. Ceux qui n’avaient pas trouvé la mort sur le champ de bataille la cherchèrent dans le suicide, ciomme le fils d’Hortensius ou celui de Caton. C’était tout ce qui restait de mieux de l’ancien patriciat romain, et force était de reconnaître qu’ils se comportèrent jusqu’à la fin avec courage. Ceux qui étaient restés chez eux étaient les embusqués et les courtisans véreux, gens tout à fait disposés, pour ne pas se donner de peine ou encourir de risques, à tout accepter, y compris le partage que les vainqueurs firent entre eux du grand empire. Octave garda l’Europe, Lepide prit l’Afrique et Antoine choisit l’Egypte, la Grèce et le Moyen-Orient. Un arrangement qui ne pouvait être que provisoire, chacun, sauf Lepide qui se contentait de sa part, espérant supprimer tôt ou tard les deux autres.

esca

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