Richelieu gouverne la France

A cause des luttes incessantes contre les protestants et les Grands, Richelieu n’eut guère le temps de s’occuper activement de l’administration du royaume, ce qui explique aussi la situation financière très difficile de la France à cette époque. Cependant, en raison des guerres qu’il dut mener contre les protestants et la Maison d’Autriche, il réorganisa complètement l’armée et la flotte. En témoigne le fait qu’une ordonnance de 1629 définit pour cent ans les principes administratifs en matière de solde, d’entretien des troupes, et de service d’intendance. Louis XIV profitera pleinement de cette révolution sur le plan militaire.

En 1610, au moment de la mort d’Henri IV, l’armée comptait en temps de paix environ dix mille hommes. En 1629 les effectifs étaient passés à soixante mille, et en 1640, pour la guerre contre l’Espagne et l’Autriche, le chiffre des fantassins dépassa les cent quarante mille et celui des cavaliers vingt mille. Mais l’effort porta aussi sur la marine de guerre, Richelieu voulant que « le roi soit fort sur la terre, mais aussi qu’il soit puissant sur la mer ». Et pour bien montrer qu’il attachait une importance particulière à la marine de guerre, il se nomma Grand maître et surintendant de la navigation, ce qui signifie qu’il avait la haute main sur le ministère de la Marine (1626). Il fit de Brest et Toulon deux arsenaux importants, points d’appui de la flotte du Ponant (Atlantique), composée de vaisseaux de ligne,  et du Levant (Méditerranée) comprenant surtout des galères.

Dans l’aménagement des institutions monarchiques, Richelieu s’efforça surtout d’être pragmatique, son attitude étant essentiellement opportuniste. Richelieu ne changea rien au gouvernement central, se contentant par une ordonnance de 1630, de règlementer les travaux du Conseil du roi en prenant soin d’écarter les grands seigneurs. Les conseillers siégeaient le mardi en Conseil des dépêches, parvenues des provinces. Le mercredi c’était le tour du Conseil des finances, et le samedi du Conseil des parties où l’on s’occupait des affaires liées à la justice. Cela dit, les grandes décisions ne se prenaient qu’en comité restreint, dans ce que l’on appelait le Conseil étroit, où ne figuraient que les principaux ministres de l’Etat, en qui évidemment le roi avait toute confiance. On y traitait essentiellement d’affaires étrangères, de paix ou de guerre, de finances royales.

Richelieu était évidemment le chef de ce Conseil, étant depuis 1629 le principal ministre d’Etat. Il était assisté du chancelier pour la justice, du surintendant des Finances et de quatre secrétaires d’Etat. En outre à partir de 1630, il y avait un secrétaire d’Etat à la guerre. Quant aux affaires étrangères directement reliées à Richelieu, elles furent confiées à un ami sûr en la personne de François Le Clerc du Tremblay plus connu sous le nom de Père Joseph (1577-1638), père capucin à la fois sincère et loyal que l’on avait surnommé l’Eminence grise. Plus tard on allait créer un secrétariat d’Etat de l’Etranger.

Dans les provinces Richelieu avait des gouverneurs dépendant de lui, les nommant, les déplaçant ou les révoquant à sa guise. Richelieu donna aussi davantage de prérogatives  aux intendants, nom donné aux conseillers d’Etat ou maîtres des requêtes envoyés dans les provinces en tournées d’inspection. Ces intendants n’hésitaient à user de pouvoirs plus ou moins officiels, se substituant aux tribunaux réguliers en jugeant et condamnant eux-mêmes, ce qui eut le don  soulever à plusieurs reprises la protestation des Parlements. Ils étaient d’autant plus enclins à le faire que Richelieu, pourtant très jaloux de ses pouvoirs, usa constamment de ménagements avec eux, en particulier le Parlement de Paris. Celui-ci en effet avait essayé à plusieurs reprises de jouer un rôle politique depuis 1610. En 1615, il avait adressé à Marie de Médicis de sévères admonestations sur sa manière de gouverner.

Mais les autres Parlements n’hésitèrent pas non plus à protester contre les actes arbitraires de Richelieu et de ses intendants…ce qui leur valut parfois de subir les foudres de Richelieu, mais sans que celles-ci ne se traduisent par des sanctions trop sévères. Il fallut attendre 1641, peu avant sa mort, pour que Richelieu publiât un édit interdisant aux Parlements de se mêler aux affaires de l’Etat, même s’il leur était permis de faire des remontrances sur les édits de finances, ce qui mettait quelques restrictions à cette loi. Quant au roi, il se bornait à menacer les gens de robe, pour lesquels il avait un certain mépris, n’hésitant pas à les appeler « petit homme ».

Richelieu étant le principal ministre d’Etat, il avait évidemment la haute main sur l’administration et les activités qui en relevaient. Il s’intéressa donc aux finances, essayant en vain d’enrichir le royaume avec de grands projets, dont une bonne partie n’aboutit pas. En outre le poids des guerres fut trop lourd pour que le royaume puisse se donner des marges de manœuvre budgétaires. Et s’il vivait à notre époque, il serait sévèrement jugé, car les finances de l’Etat furent dans une situation beaucoup moins prospère qu’à l’époque de Sully, au point que le peuple accablé d’impôts et poussé par la misère se révolta dans plusieurs provinces du royaume. Ce fut le cas dans la Marche (Creuse, Haute-Vienne), le Périgord et une partie du Midi, avec le soulèvement des Croquants (1634-1637), mais aussi des Va-nu-pieds (1639) en Normandie, impitoyablement réprimés.

Mais les résultats ne furent guère plus probants en ce qui concerne l’agriculture qui, en plus n’était pas le sujet favori du cardinal, mais aussi l’industrie. En fait ses principales réussites furent plutôt liées au commerce extérieur et plus encore à la colonisation, avec la colonie du Québec établie par Champlain en 1608, qui marqua les premières lignes de l’implantation de la langue française, encore en vigueur de nos jours au Canada au milieu d’un espace anglophone. A cette époque aussi, grâce à l’appui de Richelieu, des aventuriers normands s’implantèrent aux Antilles, dans l’Ile Saint-Christophe (1625) aujourd’hui Ile Saint Kitts, à la Guadeloupe, et à la Martinique. On créa aussi des petits comptoirs sur les côtes du Sénégal et de Madagascar. En fait seule cette partie de l’œuvre de Richelieu, plus la préparation de l’annexion par la France de l’Alsace (traité de Westphalie en 1648), de l’Artois et du Roussillon (traité des Pyrénées en 1659), peuvent témoigner de sa réussite. Richelieu mourra en étant détesté par les Grands et le peuple, malgré les flagorneurs toujours prompts à le soutenir comme le poète Voiture (1598-1648) ou encore ceux qui écrivaient sur le journal hebdomadaire La Gazette, fondé (30 mai 1631) par le médecin Théophraste Renaudot (1586-1653), publication quasi officielle servant essentiellement à cette époque d’instrument de propagande.

Et le roi que faisait-il ? En fait Louis XIII laissait faire son ministre tout en se voulant roi dans la plénitude de ses fonctions. C’était une monarchie à la manière de ce qu’on a connu sous la Cinquième République à l’époque du général de Gaulle avec Michel Debré, ou encore de  Valéry Giscard d’Estaing avec Raymond Barre. Le roi travaillait et restait jaloux de son autorité, comme le confirmait Richelieu, affirmant que « les quatre pieds carrés du cabinet du roi sont plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille d’Europe ».  Rien ne se faisait sans son consentement, Richelieu lui présentant en détail les avantages et les inconvénients de chaque décision. Bref, il y avait un pacte de confiance entre eux, qui allait durer jusqu’à la mort du cardinal (4 décembre 1642). D’ailleurs pour le remplacer Louis XIII appela dans son conseil celui qui avait été désigné par Richelieu, le cardinal Mazarin. Mais cet attelage n’allait pas durer bien longtemps dans la mesure où Louis XIII décédait sept mois après Richelieu (14 mai 1643). Et comme son fils, Louis XIV, n’avait que cinq ans, c’est Mazarin qui allait exercer la réalité du pouvoir au début du long règne du Roi soleil.

esca

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One Comment on “Richelieu gouverne la France”

  1. Mary dit :

    Richelieu ne fut pas un bon gestionnaire, ce que vous semblez lui reprocher, mais on lui doit beaucoup sur le plan administratif. Excellent travail comme d’habitude.


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