L’arrivée au pouvoir de Richelieu et ses luttes contre les protestants et les Grands

La mort soudaine d’Henri IV le 14 mai 1610, assassiné par Ravaillac, laissa le royaume de France dans un grand désarroi, d’autant que le nouveau roi, Louis XIII, né le 27 septembre 1601, n’avait même pas neuf ans. Il fallut donc organiser une régence, qui échut à la reine mère, Marie de Médicis (1575-1642), le parlement la déclarant régente « avec toute puissance et autorité ». En fait, comme l’a écrit Sully, la France allait tomber « en d’étranges mains ».  Et pourtant, elle aurait dû être instruite des affaires du royaume, pour la simple raison qu’Henri IV l’appelait souvent au Conseil pour qu’elle fût au courant de ce qui s’y passait…sans que cela n’ait jamais éveillé son intérêt. En outre, elle ne passait pas pour être capable de décider, ce qui la laissa sous la domination absolue de sa sœur de lait, Leonora Galigaï, qui était la femme d’un certain Concini (1575-1617). Et celui-ci finit très vite, après avoir fait fortune et être devenu marquis d’Ancre et maréchal, par gouverner la France.

Mais ceux qu’on appelait à l’époque les Grands, avec à leur tête le prince de Condé (1588-1646) père du grand Condé (1621-1687), profitèrent de la situation pour essayer de retrouver des prérogatives perdues du temps de feu le roi Henri IV. De fait, ils commencèrent par piller le trésor de guerre qu’avait patiemment constitué Sully (contraint à la démission en janvier 1611), en se faisant payer d’énormes pensions. Cependant, quelque temps plus tard, la régente s’aperçut que le royaume allait se retrouver dans une impasse financière, et décida de se montrer moins généreuse, ce qui incita les Grands à prendre les armes et à réclamer la convocation des Etats généraux. Mais au lieu de se mettre en travers des rebelles, Concini conclut avec eux ce que Sully appela « une espèce de paix assez malotrue », au seul profit financier des Grands, lesquels firent taire leurs revendications à propos des Etats Généraux.

Néanmoins ceux-ci se réunirent quand même en octobre 1614, pour la dernière fois avant 1789, mais ces Etats n’aboutirent à rien, les députés de la noblesse demandant l’abolition de la Paulette, du nom du financier Paulet, qui accordait aux titulaires de charges le droit de les transmettre librement à leurs enfants, moyennant le paiement d’une taxe annuelle, et les députés du Tiers-Etat qui, par riposte, réclamaient la suppression des pensions abusivement payées aux nobles. Du coup on décida de se débarrasser des députés, qui regagnèrent leurs provinces sans avoir obtenu autre chose que des vagues promesses (février 1615).

Mais  les Grands  n’étaient pas pour autant hors d’état de nuire, même si le roi était devenu majeur, ce qui n’empêcha pas sa mère et Concini de continuer à gouverner.  Les Grands en effet n’acceptaient pas le mariage du jeune roi (1615) avec l’infante espagnole, Anne d’Autriche (1601-1666), et reçurent le renfort  des protestants du Midi. Pour désarmer les Grands on leur donna de nouveau de l’argent,  mais cela fut insuffisant pour empêcher Condé d’essayer de s’emparer du pouvoir. Il fut cependant arrêté du fait de la reine mère…pour le plus grand profit de Concini qui parut plus puissant que jamais (1616). Mais cette situation ne dura pas, car Louis XIII ne supportait plus d’être traité en petit garçon et, poussé par un de ses confidents, son dresseur d’oiseaux de chasse Charles de Luynes (1578-1621), il décida de faire tuer Concini (24 août 1617). De plus, pour bien montrer qui était désormais le maître, Marie de Médicis fut invitée à se tenir à l’écart du pouvoir.

En fait le vrai maître s’appelait désormais Luynes, qui récupéra tout le pouvoir, mais sans faire preuve de grandes capacités pour l’exercer. Surtout, ce changement de pouvoir ne fit pas cesser les désordres. Ainsi, la reine mère ne supportant pas sa disgrâce, fomenta une nouvelle révolte, réprimée par l’armée royale aux Ponts de Cé (Maine-et-Loire aujourd’hui), en 1620. En revanche ce fut plus difficile avec les protestants qui, depuis 1611, avaient reconstitué leurs forces comme au temps des guerres de religion. Ils profitèrent d’un conflit dont la cause fut le rétablissement du catholicisme dans le Béarn (1620) pour affronter Luynes, promu connétable, et le battre devant Montauban. Peu après Luynes mourut, et Louis XIII n’eut pas d’autre issue que négocier avec les protestants qui gardèrent leurs libertés et privilèges (1622).

La mort de Luynes allait redonner de l’influence à Marie de Médicis et, en 1624, elle réussit à faire entrer au Conseil du roi son homme de confiance, Armand du Plessis de Richelieu (1585-1642), cadet d’une famille noble du Poitou, qui était entré dans les ordres et devenu évêque de Luçon (Vendée) en 1606. Il s’était fait connaître en 1614 aux Etats généraux, où il fut l’orateur du clergé, ce qui lui valut d’être pris pour aumônier par Marie de Médicis et d’être fait secrétaire d’Etat par Concini (1616). Ayant réussi à réconcilier le roi et sa mère, Richelieu devint cardinal en 1622, puis le principal ministre en 1624, à l’âge de trente neuf ans. Louis XIII n’avait guère le choix à ce moment, mais il craignait l’appétit insatiable de pouvoir de cette homme, lequel avait pour lui l’évidente supériorité de son esprit par rapport aux autres membres du Conseil.

Très vite le cardinal allait concevoir les grandes idées qui devaient diriger toute sa politique, à savoir faire du roi de France le souverain le plus puissant d’Europe, tout en faisant de lui la seule autorité sur l’ensemble des habitants du royaume, y compris les plus haut placés. Et pour ce faire, il était prêt à ne reculer devant rien, n’hésitant pas à affirmer : « En matière de crime d’Etat, il faut fermer la porte à la pitié ». D’ailleurs, pour lui, les rois étaient « la vivante image de la Divinité », ce qui explique l’obligation d’obéissance au roi et à ses représentants, ajoutant aussi que « les intérêts publics doivent être l’unique fin du prince et de ses conseillers ». A partir de là, on comprend aisément que la raison d’Etat lui commandât de s’attaquer en premier lieu aux protestants, qui constituaient à ce moment la faction politique la plus dangereuse pour la royauté. Après une première attaque pour évaluer ses forces qui se termina par une trêve, l’effort principal de Richelieu se porta en 1627 sur le siège de la Rochelle, centre de la résistance protestante, un siège qui dura un an, avec des Rochelais qui avaient pour alliés les Anglais.

Ces Rochelais étaient dirigés par le maire, Guiton (1585-1654), qui avait fait de la Rochelle une place forte, et qui allait se battre farouchement, contre les troupes de Richelieu, lui-même résolu à en finir avec cette poche de résistance, enveloppant la ville vers l’intérieur d’un retranchement de douze kilomètres, comprenant onze forts et dix-huit redoutes. Puis, afin d’empêcher l’entrée de tout secours anglais, Richelieu fit construire en six mois une digue de pierres longue de mille cinq cents mètres, et large au sommet de huit mètres, qui remplit pleinement son office avec la protection d’une flotte comprenant vingt-six navires de guerre. Résultat, la faim contraignit les défenseurs à capituler (28 octobre 1628). Quinze mille hommes avaient péri au cours de ce siège, au point qu’il n’en restait plus que cent cinquante valides. La guerre continua ensuite quelque temps dans les Cévennes, où la résistance était dirigée par le gendre de Sully, le duc de Rohan (1579-1638), qui finit par faire soumission, ce qui incita Louis XIII à accorder aux  protestants la paix d’Alès en 1629, ce qui les faisait rentrer dans le droit commun, tout en supprimant les privilèges qui leur avaient été concédés par Henri IV. En revanche la liberté de culte et l’égalité avec les catholiques leur étaient garanties.

Cela dit, la lutte contre les Grands allait être plus longue, et jusqu’à sa mort Richelieu allait subir toutes sortes d’assauts ou de complots armés, avec au centre de toutes ces intrigues le frère cadet du roi, Gaston d’Orléans (1608-1660), homme à la fois léger et lâche. En fait le détonateur de tous ces complots, fut la naissance que certains qualifièrent de miraculeuse, en 1638, du fils de Louis XIII (le futur Louis XIV), ce qui de facto privait Gaston d’Orléans de tout espoir pour hériter un jour de la couronne. Ces désordres à la fois dramatiques et fertiles en épisodes romanesques allaient durer pendant dix-huit ans, sans que le pouvoir de Richelieu ne fût réellement menacé en raison de la faiblesse légendaire de Gaston d’Orléans. Celui-ci, par exemple, fit capoter un complot ourdi en 1626 en dénonçant tous ses complices, entraînant la mort par décapitation du Comte de Chalais (1599-1626), qui appartenait à la famille Talleyrand –Périgord, engagé dans le complot par amour pour une intrigante, Madame de Chevreuse (1600-1679), dont le premier mari fut  de Luynes.

 Néanmoins, les évènements furent plus difficiles à gérer pour Richelieu, notamment en 1630, lors d’un nouvel assaut, mieux organisé, où Marie de Médicis s’efforça d’arracher à Louis XIII, malade, le renvoi du Cardinal, qu’elle jugeait trop puissant et trop indépendant, allant même jusqu’à sommer le roi de choisir « entre un valet et sa mère », à l’issue d’une scène que l’on a qualifiée de très violente. Cette péripétie eut lieu le 10 novembre, et reste dans l’histoire comme « la journée des Dupes ».  Richelieu crut vraiment ce jour-là qu’il serait disgracié, mais le soir même Louis XIII lui faisait savoir qu’il lui gardait toute sa confiance, après avoir appris que sa mère était au courant du projet d’assassinat de son père, le roi Henri IV. Du coup, Marie de Médicis s’exila à l’étranger, où elle mourra dans le dénuement (1642), parce que privée de toutes ses pensions.

Gaston d’Orléans essaya lui-même de fomenter une nouvelle révolte en 1632, avec l’aide du duc de Montmorency (1595-1632), gouverneur du Languedoc.  Celui-ci, filleul d’Henri IV,  sera fait prisonnier à Castelnaudary, puis condamné à mort et exécuté. Gaston, pour sa part, s’enfuit à Bruxelles jusqu’en 1634. Deux ans plus tard, en 1636, alors que Corbie (en Picardie) était  occupée pendant quelques mois par les Espagnols, le duc d’Orléans recommença à comploter, avec cette fois l’appoint du Comte de Soissons (1604-1641), un prince de la maison de Condé. Les conjurés avaient pour dessein d’assassiner Richelieu, mais, une fois encore, Gaston n’osa pas aller au bout de ses intentions, ce qui obligea Soissons à s’enfuir à Sedan, sur les terres du duc de Bouillon.

Enfin, en 1642, pendant que l’armée française assiégeait Perpignan(entre mai et septembre), le favori de Louis XIII, Cinq-Mars (1620-1642), jeune ambitieux de vingt-deux ans, introduit par Richelieu dans l’entourage du roi pour contrebalancer l’influence de Madame de Hautefort, mais qui en voulait au cardinal parce que celui-ci s’était opposé à ce qu’il se marie avec Marie de Gonzague, d’un rang beaucoup plus élevé que le sien, complota avec Gaston d’Orléans, encore lui, afin de renverser Richelieu. Les conjurés signèrent un traité secret avec l’Espagne, mais Richelieu en eut une copie, ce qui valut à Cinq-Mars et son ami de Thou (1607-1642), d’être décapités à Lyon et ce, bien que de Thou ait formulé son désaccord sur la finalité de ce plan…qu’il avait eu tort de ne pas révéler. Peu après, le 4 décembre 1642, Richelieu mourut. Il avait réussi à survivre à douze ans de conspirations de toutes sortes, bien aidé il est vrai par la faiblesse notoire de ses adversaires, mais aussi par sa fermeté et son habileté.

Michel Escatafal

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One Comment on “L’arrivée au pouvoir de Richelieu et ses luttes contre les protestants et les Grands”

  1. browaeys dit :

    qui a lutté contre la noblesse et les protestants


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