Le Brésil, ce n’est pas que le football…

Il y a des nations qui sont marquées par quelques clichés qui ont tellement la vie dure qu’ils occultent tout le reste. Le Brésil en fait partie, au point que dans la quasi-totalité des pays on est étonné si on n’évoque pas le football quand on parle de cette grande nation. Et oui, le Brésil ce n’est pas que le football, même si celui-ci a tenu un rôle très important dans sa notoriété. Les noms de Pelé, Didi, Garrincha, Tostao, Zico, Ronaldo sont connus dans le monde entier, au même titre d’ailleurs que celui des pilotes de Formule 1, Ayrton Senna, évidemment, Nelson Piquet ou Felipe Massa.

En écrivant cela je m’aperçois que je tombe moi aussi dans le même travers que le commun des mortels. Essayons donc de parler de ce grand pays sur le plan économique et politique, le cinquième dans le monde par sa superficie (15 fois la France), peuplé de presque 195 millions d’habitants. De plus, contrairement à ce qui est écrit un peu partout, le Brésil ne figure plus parmi les pays émergents, son industrialisation ayant été réalisée dans les années 1970.

Son PIB (2.200 milliards de dollars) est parmi les plus élevés du monde (8è), et celui-ci ne cesse de s’élever si on le rapporte au nombre d’habitants (12.400 dollars environ). Il est vrai que le Brésil a la chance d’avoir  un sous-sol d’une grande richesse en minerais (fer, bauxite, étain), mais aussi en pétrole puisque sa production et ses réserves connues sont équivalentes, voire même supérieures à celles de l’Algérie. Ses richesses agricoles sont également très importantes, puisque le Brésil est premier producteur mondial de café, de canne à sucre ou de bovins. Enfin ses réserves en bois (forêt amazonienne) et en eau douce (Amazone) sont considérables, en espérant que l’on ne saccagera pas la forêt comme certains le craignent.

Bref, le Brésil est un pays très riche, malgré une dette publique importante, ce qui devrait lui permettre de devenir dans les 20 ans à venir une authentique grande puissance, pour peu que le « plan d’accélération de la croissance » initié en 2007, d’un montant de 235 milliards de dollars, aille à son terme. En effet, le Brésil, pour le moment, manque cruellement d’infrastructures pour parvenir à rattraper le peloton de tête des grands pays industrialisés.

Et là nous retrouvons le sport car, comme chacun le sait, le Brésil va organiser la Coupe du Monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques en 2016, ce qui va donner un gros coup d’accélérateur à ses équipements à la fois sportifs, techniques, mais aussi en transports ou en assainissement. Cela va obliger aussi le Brésil à mettre encore davantage l’accent sur la sécurité, l’organisation de compétitions de cette ampleur et de cette durée (un mois) ne souffrant pas de risques à ce niveau…et continuer à prêter une attention soutenue à l’éthique dans les milieux proches du pouvoir, parce que la démission récente de six ministres en cinq mois fait mauvais genre. Cela étant, la nouvelle présidente, Dilma Roussef, a fait de la corruption son cheval de bataille, ce qui entraîne nécessairement l’ouverture d’enquêtes. 

Mais tout cela c’est le présent, ce qui ne nous interdit pas de se pencher sur l’histoire du Brésil. D’abord c’est un pays à la fois très ancien et très neuf. Son histoire est d’ailleurs surtout connue depuis l’arrivée des Portugais en 1500. Jusque là le Brésil était peuplé d’Indiens semi nomades, vivant de chasse, de cueillette, et d’une agriculture très primaire. Quand le navigateur portugais Cabral (1467-1520 ou 1526) atteignit les côtes brésiliennes, il proclama officiellement la région possession du Portugal, le nouveau pays prenant le nom de Brésil à la place de Terra de Vera Cruz. A partir de 1530, ce territoire fit l’objet d’un programme de colonisation systématique, avec une administration et une justice mise en place par la métropole portugaise.

A ce propos, il faut noter que les Français essayèrent de récupérer ce territoire en installant une colonie sur les rives de la baie de Rio de Janeiro. Ils n’y restèrent pas longtemps, les Portugais reprenant le contrôle de ce qui allait devenir la ville de Rio de Janeiro en 1567. Les Portugais subirent d’autres agressions de la part des Hollandais et des Anglais, mais le Brésil resta sous souveraineté portugaise. Il le fut tellement que lorsque Napoléon envahit le Portugal en 1807, le gouvernement royal du Portugal s’installa à Rio de Janeiro jusqu’à la chute de Napoléon.

Mais la contagion des idées révolutionnaires se fit sentir jusque là-bas et quelques années après, le 7 septembre 1822, le Brésil proclama son indépendance. Une trentaine d’années plus tard, en 1853, l’empereur Pierre II interdit le débarquement d’esclaves noirs et, en 1871, le Parlement approuva une loi affranchissant les enfants nés d’une mère esclave. Moins de vingt ans plus tard, le Brésil devint une République avec une constitution, inspirée sur le modèle américain, et des lois qui ressemblaient à celles de notre troisième République, notamment la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Mais il y a république et république, ce qui signifie que le Brésil a été loin d’être dans sa jeune histoire une démocratie comme les Etats-Unis et la France. Il y eut en effet une longue période de dictature appuyée sur l’armée qui organisa quelques coups d’Etat. Même quand des élections avaient lieu, elles ne débouchaient pas nécessairement sur la démocratie, les militaires voulant garder le contrôle du pouvoir.

En fait, il fallut attendre 1985 pour que le Brésil retrouve un gouvernement civil. S’ensuivit une période très difficile sur le plan économique qui a conduit le Brésil à avoir recours à l’aide du FMI et des pays riches, avec à la clé une potion extrêmement douloureuse pour le peuple brésilien. Cependant le Brésil finit enfin par redresser son économie, et comme pour marquer une rupture avec une période ô combien difficile, il a élu un président de la République de gauche en 2002, Luis Inacio Lula Da Silva qui, d’ailleurs, sera de nouveau réélu en 2006, avant de laisser la place à sa candidate en 2011, Dilma Roussef, première femme à présider le Brésil, qui semble avoir définitivement pris la voie de la démocratie.

Certes, tous les problèmes du pays ne sont pas réglés. L’inflation menace de nouveau et a atteint en 2010 le chiffre de 5%, avec une prévision de 6,3% cette année, ce qui empêche la Banque Centrale de trop abaisser ses taux d’intérêts. Du coup la monnaie du pays (le réal) se situe à un niveau élevé, ce qui provoque la grogne dans certains secteurs comme la production agricole et la confection. En effet, l’appréciation du real, outre qu’elle affecte la compétitivité des productions locales, rend aussi plus chers les investissements. En revanche la hausse du real par rapport au dollar s’avère positive pour le transport (en containers) du sucre, du café, du soja ou du riz. De plus les Brésiliens sont, eux aussi, convaincus qu’une économie forte doit aussi disposer d’une monnaie forte.

D’ailleurs, ces dernières années le Brésil a renoué avec une croissance forte grâce à la fois aux exportations, ce qui n’empêche pas sa balance commerciale d’être fortement déficitaire (62 milliards de dollars), et une demande interne de plus en plus vigoureuse, ceci expliquant cela. Pour l’année 2010 l’augmentation du PIB se chiffrait à 7.5%, chiffre à faire pâlir les grands pays occidentaux. Il devrait retomber cette année, mais à un niveau encore élevé, de l’ordre de 4.5%.

En ce qui concerne la dette publique, son niveau par rapport au PIB apparaît de prime abord supportable (65% du PIB), mais elle coûte très cher car les taux d’intérêts de cette dette sont élevés. De plus, la pression fiscale reste plus forte que dans la plupart des pays développés. Enfin, plus que tout encore, les inégalités se creusent de plus en plus entre les classes favorisées et les plus pauvres, de loin les plus nombreuses. Certes la mondialisation et le développement des techniques ont stimulé les processus de développement, mais cela s’est fait « en laissant beaucoup de monde au bord de la route ».  Il reste à souhaiter que les évènements sportifs dont j’ai parlé précédemment, permettent une réelle avancée dans les infrastructures, dont pourrait profiter une frange beaucoup plus importante de la population.

esca

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