César conquiert la Gaule

Lorsque César arriva en Gaule en 58 av. J.C., les Romains ne connaissaient de ce qui est la France aujourd’hui que les provinces méridionales qui leur servait de passage avec l’Espagne. En revanche ils ignoraient tout des terres qui se trouvaient au nord. Ce pays qu’ils appelaient Gallia n’était en aucun cas une nation, avec des tribus de race celtique éparpillées dans diverses régions qui passaient leur temps à guerroyer les unes contre les autres. C’est d’ailleurs ce qui incita César à croire que pour dominer le pays et ces tribus il suffisait de les laisser s’entretuer, ou plutôt de faire en sorte que la classe noble ou les chevaliers de chaque tribu continuent à s’opposer à celle des autres. Les chevaliers en effet avaient le monopole de l’armée, comme les druides avaient celui de la religion, alors que le peuple avait surtout celui de la faim et de la peur. 

En fait le seul danger pour César, le jour où il passerait à l’offensive, résidait dans une entente spirituelle organisé par les différents druides, les seuls à pouvoir réaliser une sorte d’union sacrée contre l’ennemi. Il fallait donc faire en sorte qu’ils ne réalisent pas cette unité nationale. Cela étant César avait beaucoup de sympathie pour les Gaulois, car c’était un Gaulois qui avait été son premier précepteur, et il en avait conservé de bons souvenirs. Ensuite les Gaulois étaient frères de sang des Celtes de la Lombardie et du Piémont que Rome avait déjà soumis, et qui constituaient ses meilleurs fantassins. Du coup, s’il réussissait à soumettre tous les autres, il y trouverait une ressource inépuisable de soldats de valeur.

Toutefois César n’avait pas les forces nécessaires pour une conquête de cette envergure, la Gaule étant un immense territoire, car on ne lui avait donné que trente mille hommes. Et au moment où il en prit le commandement quatre cent mille Helvètes déferlaient sur la Narbonnaise, mais aussi cent cinquante mille Germains traversaient le Rhin pour venir renforcer dans les Flandres leur confrère Arioviste, qui s’y était établi treize ans auparavant. De fait, toute la Gaule effrayée demande aide et protection à César, lequel sans rien demander au Sénat enrôla quatre autres légions pour combattre Arioviste, qui refusait de discuter un arrangement avec lui, mais aussi pour faire la guerre aux Helvètes. Ce furent deux campagnes dignes du meilleur Annibal, celui de Cannes. Les Helvètes malgré leur énorme supériorité numérique furent vaincus, et n’eurent d’autre ressource qu’accepter la paix en devenant vassaux de Rome, et les Germains furent anéantis dans la région d’Ostheim. Pour l’histoire elle fut appelée la bataille de l’Oschsenfeld (58 av. J.C.).

Profitant de ces succès, César allait proposer aux Gaulois de s’unir sous son commandement. Hélas pour lui, on pouvait tout demander aux Gaulois sauf de s’unir y compris entre eux. Alors à plus forte raison avec les Romains… De nombreuses tribus se révoltèrent et appelèrent au secours les Belges. César les battit, ce qui lui permit d’annoncer à Rome que la Gaule était soumise…ce qui était largement prématuré. Il n’empêche, sentant que ses ennemis de l’intérieur s’apprêtaient à lui jouer un mauvais tour, il décida de rentrer en Italie pour y rencontrer à Lucques Pompée et Crassus sous le prétexte d’affermir le triumvirat. Il faut savoir que César n’étant plus consul, Rome était en proie à une agitation fomentée par des gens comme Caton, petit-fils de l’autre, chef des aristocrates, réactionnaire obtus mais empreint d’honnêteté, ce qui était une qualité extrêmement rare chez ses amis, et qui l’empêcha d’arriver à une charge plus élevée que préteur.

Celui qui était le maître de Rome depuis le départ de César était en fait un certain Clodius, grand démagogue mais mauvais politicien. Par exemple, il poursuivit de sa haine Cicéron, le contraignant à l’exil en Grèce, et allant jusqu’à lui confisquer son patrimoine. Cela déclencha un conflit entre Clodius et les deux triumvirs César et Pompée, lesquels provoquèrent le retour de Cicéron, mais aussi une forme de guerre des gangs entre des hors-la-loi recrutés, d’une part par Pompée, et d’autre part par Clodius. Cicéron, trop heureux de son retour à Rome, se fit alors l’avocat des triumvirs, et permit à César d’obtenir de nouveaux fonds pour ses troupes en Gaule. Mais c’était sans compter sur le retour de Caton (57 av. J.C.), parti auparavant à Chypre, et qui retrouvant ses prérogatives sur les conservateurs reprit la lutte contre les triumvirs.

On comprend pourquoi les triumvirs se sont retrouvés pour sauver l’essentiel pour eux, à savoir se présenter au consulat pour Crassus et Pompée, ce qui leur permettrait dès l’élection terminée de confirmer César dans sa charge de gouverneur de la Gaule. Ensuite leur consulat fini, Crassus aurait la Syrie, Pompée l’Espagne, et César la Gaule, ce qui signifiait qu’à eux trois ils seraient maîtres de la totalité de l’armée. Le plan s’effectua à la perfection, à la fois grâce aux richesses de Crassus et Pompée, et à la contribution de César grâce à la Gaule, ce qui leur permit d’acheter la majorité au Sénat. Du coup César put repartir en Gaule pour massacrer les Germains qui essayaient de nouveau d’y rentrer, allant ensuite jusqu’en Angleterre à deux reprises (55-54 av. J.C.), poussant jusqu’à la Tamise la deuxième fois.

Mais la révolte grondait  à nouveau en Gaule, et César  fut contraint de retrouver le continent plus tôt qu’il ne l’avait prévu, afin de mettre en déroute les Eburons qui avaient pris l’initiative de la révolte (54 av. J.C.), puis après avoir laissé la plus grosse partie de son armée pour les surveiller, il regagna la Lombardie avec seulement une petite escorte. Mais à peine arrivé César apprit que la Gaule unie, une première dans leur histoire, s’était rangée sous les ordres de Vercingétorix, guerrier d’Auvergne, fils de Celtillos qui avait aspiré à devenir roi de toute la Gaule, ce qui lui avait coûté la vie. César connaissait Vercingétorix qui était un compagnon de tente, et il avait appris à apprécier ses qualités de soldat, mais aussi son ambition de réaliser le vieux rêve de son père.

Pour cela il fallait absolument que Vercingétorix obtienne le concours des druides, et il l’obtint, ce qui lui donnait l’appui religieux, seul moyen d’espérer voir les Gaulois s’unir au moins temporairement pour chasser l’envahisseur. En outre Vercingétorix avait bien choisi son moment pour livrer son offensive, avec une puissante armée entre César et ses maigres troupes au Sud et le gros des légions stationnées au Nord. Apparemment la situation ne pouvait être pire pour le génial capitaine romain qui allait quand même se décider à livrer bataille à un contre dix, après avoir traversé les Cévennes enneigées. Il mit en déroute les Avares et les Cénabes, puis se retrouva devant Gergovie, mais dut reculer sous les assauts des Eduens qu’il avait considérés comme ses plus proches alliés, et qui cette fois l’abandonnaient. Tout autre que César aurait essayé d’amorcer une sorte de repli stratégique face à des forces aussi importantes face à lui. Mais lui joua le tout pour le tout, en marchant sur Alésia pour assiéger Vercingétorix qui avait amassé ses troupes à cet endroit.

Aussitôt les Gaulois accoururent pour délivrer leur chef. Ils étaient au nombre de deux cent cinquante mille, à comparer aux quatre maigres légions romaines, ce qui ne fit pas fuir César pour autant, puisqu’il décida de dresser deux tranchées. La première fut installée dans la direction d’Alesia, et l’autre en face des forces qui venaient au secours de la ville. C’est entre ces deux minuscules bastions qu’il retrancha ses soldats après avoir rassemblé le peu de munitions et de vivres qu’il lui restait. Après à peine une semaine de résistance sur les deux fronts, les Romains se trouvèrent réduits à la famine. Heureusement pour eux, l’éternelle anarchie qui caractérisait les Gaulois avait repris le dessus et ils commencèrent à se retirer en désordre. C’est ce qui sauva César, qui racontera plus tard que si les Gaulois avaient tenu un jour de plus, ils seraient sortis vainqueurs de ces combats.

Voyant la situation lui échapper, Vercingétorix sortit de la ville pour demander grâce (52 av. J.C.). César fit grâce à la ville, mais les rebelles gaulois devinrent la propriété des légionnaires romains qui les vendirent comme esclaves et s’enrichirent avec eux. Ensuite Vercingétorix fut amené à Rome où, l’année suivante, il suivit chargé des chaînes le char du triomphateur. Ensuite, en 46 av. J.C., il sera sacrifié aux dieux comme on disait à l’époque, et sera exécuté dans sa cellule. Quant à César, il passa le reste de l’année en Gaule pour liquider les derniers foyers d’insurrection, en ayant recours à des méthodes sanglantes inhabituelles chez lui. Une fois matée la rébellion et leurs chefs exécutés, César allait de nouveau agir comme il en avait l’habitude, maniant à la fois la fermeté et la clémence. Et cela lui valut de faire des Gaulois un peuple respectueux et attaché à Rome. Un peuple de cinq millions d’habitants vivant sur un territoire deux fois plus grand que l’Italie, qu’on allait appeler les Gallo-Romains, et qui allait diffuser le latin et la civilisation romaine dans toute l’Europe Occidentale.

esca

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