Charles X : l’absolutisme désuet

S’il y a bien un roi qui fut décrié de son temps, c’est Charles X. Pourquoi ? Pour de multiples raisons, à commencer par celle de n’avoir pas compris que la vie dans notre pays ne serait plus jamais comme avant 1789. Fermons la parenthèse pour noter que ce petit-fils de Louis XV, qui a perdu ses parents très jeunes, qui s’est marié à seize ans, n’avait a priori rien pour devenir roi, sauf peut-être une manière d’être assez…royale, en comparaison de ses deux frères, Louis XVI et Louis XVIII.  Charles X était bel homme, svelte, avec un éternel sourire charmeur, sachant parfaitement monter à cheval, se déplaçant et vivant avec la courtoisie et la dignité pleine d’aisance qui sied aux princes, alors que les deux autres avaient un physique plutôt disgracieux qui faisait oublier tout le reste. Cela dit, si les trois frères furent tous rois de France, un seul mourut dans son lit, Louis XVIII, le 16 septembre 1824, jour où il s’éteint aux Tuileries.

Quelques instants plus tard, suivant la coutume, on annonça la nouvelle à la famille royale : « Le Roi est mort, vive le Roi », ce qui fit dire à la petite fille de Charles X : « Roi ! Oh ! c’est  bien là le pis de l’histoire ! ».  Manifestement, elle n’avait pas l’air enchanté de voir son grand-père, pour lequel elle avait beaucoup d’affection, monter sur le trône, pressentant peut-être l’avenir douloureux qui attendait son aïeul, âgé de 67 ans quand il devient roi de France. 

Au tout début du règne, tout semblait aller bien pour l’ancien Comte d’Artois devenu roi. Sa gentillesse et sa générosité frappaient tous ceux qui l’approchaient. En revanche, il n’était pas très cultivé au sens où l’on entend le mot, par comparaison avec la culture encyclopédique ou l’esprit voltairien de son frère Louis XVIII. D’ailleurs, pour de nombreux historiens, c’est sans doute ce manque de culture qui s’avéra le plus dramatique pour Charles X, ce qui lui fit croire que l’histoire s’est arrêtée en 1789 (année où il émigra parmi les premiers), comme si la Révolution et l’Empire n’avaient jamais existé. Ainsi il fut sacré à Reims en 1825, une manière de montrer que le « retour des rois » était irréversible.

Sa conception  de la royauté était absolue, comme en témoigne cette phrase qu’il répétait souvent : « j’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre ». Il n’avait de compte à rendre qu’à Dieu et à son peuple. C’était lui, et lui seul, qui devait gouverner, ce qui explique qu’il n’avait guère de théorie politique, ni de programme défini, choisissant ses ministres sur des critères plus affectifs et personnels que politiques.

En conseil des ministres, le roi Charles X se mêlait à toutes les discussions, en donnant à son opinion le caractère d’une volonté arrêtée. Sa préférence allait au travail en comité restreint avec ses principaux conseillers, notamment son principal ministre, Villèle. En outre si l’on en croit Lamartine,  Charles X aimait à s’entourer « d’une petite cour de familiers, sans lumières, enivrés par la faveur, avides de régner sous leur maître ». C’est le propre de tout pouvoir de secréter autour de lui un noyau d’affidés, plus particulièrement quand le pouvoir appartient à un seul homme.  

Charles X avait des rituels en cours de journée qu’il veillait à ne pas négliger. Vers 10 heures, il partait à la chasse qui, comme chacun sait, est une passion très royale, décuplée par le fait qu’il vivait seul, son épouse Marie-Thérèse de Savoie étant décédée en 1805. Il aimait aussi beaucoup les chevaux, les images le présentant juché sur un magnifique cheval arabe quand il fit son entrée dans Paris le 27 septembre 1824 au milieu d’une foule en liesse. Le contraste, diront les observateurs, était saisissant avec Louis XVIII qu’il remplaçait, roi usé par de longues années d’exil et une santé déficiente, plus particulièrement une goutte tenace, d’où son surnom de « roi podagre ».  

Cet absolutisme désuet et cette illusion qu’il restaurait glorieusement le pouvoir du roi, allait faire commettre de nombreuses erreurs à Charles X, notamment quand à peine arrivé aux Tuileries, avec l’appui de Villèle, il fit voter « le fameux milliard aux émigrés », pour compenser les pertes qu’ils avaient subies quand ils quittèrent la France au moment de la Révolution, milliard qui sera pris sur les rentes des épargnants. Ce fut une énorme maladresse, même si les caisses du royaume étaient en bien meilleur état qu’à la fin du règne de Napoléon. En tout cas elle pèsera très lourd et participera largement à sa chute, au même titre que ses « résolutions immuables ».

La chute de Charles X était inéluctable à partir du moment où il a refusé de prendre en compte le résultat des élections de 1830, qui avait vu la victoire des libéraux. N’acceptant pas celle-ci, Charles X et Villèle décident de modifier la loi électorale, ne donnant le droit de vote qu’aux propriétaires fonciers, et restreignent encore un peu plus la liberté de la presse. Ce sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase des revendications, le peuple de Paris se soulevant en masse malgré une répression sanglante de la troupe. Mais au bout de trois jours, les « Trois glorieuses » (27,28 et 29 juillet 1930, le roi finit par abdiquer en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, ce qui fut sans effet sur le déroulement des évènements. Du coup, Charles X quitta une nouvelle fois la France, et mourra en exil en Slovénie à l’âge de 79 ans (6 novembre 1836).

 Son bilan restera pour la postérité extrêmement controversé, même si certains ont essayé de le réhabiliter en raison essentiellement de ses succès en politique étrangère. Cela dit, la manière dont il exigea des anciens esclaves de l’île de Saint- Domingue (qui s’étaient soulevé contre la colonisation française en 1803), qu’ils indemnisent en 1825 leurs anciens maîtres pour s’être affranchis, ne peut qu’être ajouté à son débit. En revanche la victoire de Navarin (Péloponèse), remportée par une coalition franco-anglo-russe (juillet 1827) ce qui amena à l’indépendance de la Grèce en 1830, est à mettre à son crédit, même si la France n’y gagna qu’un supplément de prestige supplémentaire, ce qui ne fut pas le cas pour Charles X et son ministre Villèle, qui ne purent empêcher la victoire des libéraux aux élections. Enfin on n’oubliera pas l’expédition contre le dey d’Alger (6 juillet 1830), premier pas de la conquête de l’Algérie par la France.

Michel Escatafal

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