Où va la Belgique ?

S’il y a bien un pays qui est proche du notre, c’est la Belgique. Nous avons en commun une longue histoire, et pour une partie du pays la même langue. La Belgique a été rattachée à la France à certaines époques, à d’autres pays aussi, puis elle a été indépendante, mais sa souveraineté n’a été parfois que de façade.  Elle a été souvent l’enjeu de discussions ou de négociations entre les grandes puissances. Aujourd’hui ce pays, membre fondateur de l’Union Européenne, dont la capitale est aussi celle de l’Europe, ne tient plus qu’à un fil, tellement la distance apparaît grande entre ses deux principales communautés linguistiques. Pourtant, il suffirait sans doute d’un peu de bonne volonté entre les Flamands et les Wallons, pour que ce pays riche reste uni derrière ses trois couleurs, noir, jaune, rouge.

Faisons un peu d’histoire tout d’abord, pour constater que le « Plat Pays » a finalement beaucoup souffert de sa géographie, ne serait-ce que par son absence de frontières naturelles, à part son exposition à la Mer du Nord. Pendant l’Antiquité, la Belgique actuelle était habitée essentiellement par des tribus celtes. En 57 avant J.C., Jules César soumet les peuples de la Belgique, et installe la domination romaine pour plusieurs siècles. La région va connaître, comme le reste de la Gaule plus tard, un développement important avec la création de quelques grandes cités, mais aussi les débuts d’une division qui va se pérenniser pendant les siècles qui suivront. Au nord, les Francs germaniques, futurs Flamands, au sud les francs latinisés, futur Wallons. Déjà !

Ensuite vint le traité de Verdun en 843, avec le partage de l’empire de Charlemagne, qui divisa le territoire belge entre la Francie à l’ouest et la Lotharingie à l’est. Curieusement Charles le Chauve, qui reçoit ce qui sera plus tard la France, aura parmi ses possessions l’actuelle Flandre, alors que la Wallonie, aujourd’hui francophone, sera intégrée aux territoires de Lothaire, et plus tard au Saint-Empire romain germanique. En 1302, les Flamands se révolteront contre l’occupant français et, malgré les efforts de Philippe le Bel, l’armée française sera vaincue. Un peu plus tard, après la Guerre de Cent ans, la Flandre deviendra bourguignonne sous l’appellation Pays-Bas bourguignons, puis passera sous la domination de l’Espagne (Philippe II qui en hérita de Charles-Quint son père). Les Pays-Bas espagnols, comme ils ont été surnommés, sont délimités quasiment avec les mêmes frontières du Bénélux que nous connaissons aujourd’hui. Ils passeront à l’Autriche en 1713 (traité d’Utrecht).

Suite à un soulèvement contre les Autrichiens, la Belgique va proclamer enfin son indépendance en 1789, mais pour peu de temps puisqu’elle va être intégrée à la France en 1792, et y restera jusqu’en 1815, où elle est unie à la Hollande, sous domination hollandaise. Elle redeviendra indépendante en 1830 avec Léopold 1er proclamé roi des Belges, mais pendant le Second empire elle se comportera comme un protectorat de la France. Enfin, pendant les deux guerres mondiales la Belgique sera envahie par l’Allemagne, mais retrouvera son unité et sa souveraineté après la fin des conflits, bien que les Allemands aient essayé pendant leur occupation de séparer administrativement la Flandre et la Wallonie.

Ce court résumé ne serait pas suffisant pour comprendre la situation que vit notre voisin, si nous n’évoquions pas ce que les chroniqueurs appellent «  le poison linguistique ». La question des langues tient en effet une place démesurée dans la vie de la Belgique depuis le 19è siècle, surtout en comparaison d’un pays comme la Suisse, où cela ne semble poser aucun problème. Comme explication, les Belges évoquent la géographie dont ils ont hérité avant leur indépendance, avec la région sud-est partant du Luxembourg belge jusqu’au sud de la région de Bruxelles parlant français, et les plaines du nord et de l’ouest où l’on parle le néerlandais. Ils pourraient aussi évoquer la politique, elle-même liée en partie à la religion, avec des tendances constantes depuis le dix neuvième siècle : les libéraux favorables à la langue française, et la droite à la langue flamande  parlée surtout par les catholiques. Cela n’a pas tellement changé depuis cette époque, la Flandre se situant très à droite sur l’échiquier politique.

Le français a été langue officielle après 1850 en raison du protectorat de fait durant le Second empire, mais ensuite l’usage du flamand s’est peu à peu imposé dans certaines administrations, comme la justice et l’enseignement. Par exemple l’université de Gand (Gent en flamand)  enseigne en flamand depuis 1923, après une longue lutte avec les autorités royales. Aujourd’hui les deux langues coexistent à Bruxelles, bien que cette dernière soit francophone à 93%. Toutefois la réalité peut-être très différente à quelques encablures de la capitale. Ainsi à 10 km de Bruxelles, une école située à la « frontière » si l’on ose dire de la Flandre et de la région bruxelloise, n’enseigne plus qu’en flamand, cette langue étant aussi la seule parlée dans l’administration avec, en outre, cette suprême ânerie de ne pas répondre en français aux francophones.

Cela étant, ceux-ci admettent qu’ils se sont le plus souvent comportés en conquérants dans une région qui, de surcroît, est beaucoup plus riche de nos jours que la Wallonie, laquelle a accumulé au cours des dernières décennies les avatars économiques, notamment avec son industrie. Et oui,  le nord est beaucoup plus riche que le sud, ce qui explique bien des choses. En effet, avec ses 6 millions d’habitants et son économie largement tournée vers l’extérieur, la Flandre pourrait être assimilée à des pays comme le Danemark, la Suède, la Finlande ou l’Autriche. Les partis de droite flamands, largement majoritaires, ne cessent par ailleurs de dire que la séparation de la Tchécoslovaquie en 1993, montre qu’une fédération peut se dissoudre démocratiquement et pacifiquement, tout en restant dans l’Union Européenne.

Mais que deviennent les Wallons dans l’hypothèse d’une scission ? La question est ouverte, même si apparemment on s’orienterait vers un état wallon qui continuerait à s’appeler la Belgique, avec un lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie. D’autres, moins nombreux, pensent que la Wallonie pourrait être rattachée à la France, avec un statut spécial pour Bruxelles, les Wallons favorables à cette solution estimant que notre pays aurait tout à gagner à voir le rattachement d’un territoire 4 millions d’habitants avec une administration, des infrastructures et un système éducatif dignes des Etats les plus avancés.  Si cela devait arriver, cette intégration serait infiniment plus facile que celle de la RDA au moment de la réunification de l’Allemagne.

En tout cas le processus relatif à la scission semble bien ancré dans l’esprit des Flamands. il l’est moins dans l’esprit des francophones qui, aux dires de certains, semblent vivre dans l’illusion, faute de voir la réalité en face. Une chose est certaine : jamais personne (sondages, médias…) ne se hasarde à demander aux citoyens du nord et du sud ce qu’ils entendent par « être belge ». Il paraît d’ailleurs que l’on aurait des résultats très différents selon la région où vivent les citoyens, ce dont on ne doute pas. Cela dit, les Belges sont au moins d’accord sur un point : le problème du maintien ou non de la monarchie ne se pose pas, les habitants ne se sentant pas ou très peu concernés par le devenir de la famille royale.

Michel Escatafal

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