Petit aperçu des relations entre l’Eglise catholique et le pouvoir en France

La pratique religieuse a beaucoup évolué au cours du dernier siècle, et pas seulement dans notre pays, inversant totalement les tendances des siècles  précédents. Cependant, sans remonter très loin, les relations du Saint-Siège avec les dirigeants français n’ont pas toujours été idylliques. Déjà du temps de Louis XIV, les tensions furent très vives avec les papes Clément X (1670-1676), et plus encore avec Innocent XI (1676-1689), la papauté ne se réconciliant avec Louis XIV qu’avec Innocent XII. Mais pourquoi cette tension ? En fait tout a commencé en 1669, avec ce que l’on appelle « la paix clémentine » (1669), destinée à apaiser la polémique avec les jansénistes, ce que Louis XIV a considéré comme un aveu de faiblesse. Ensuite du temps de Clément X, Louis XIV va essayer d’étendre les droits régaliens à l’ensemble de la France, le roi pouvant toucher les revenus d’un évêché en vacance de siège (système de la Régale). Mais Innocent XI s’oppose aux prétentions du roi de France, lequel réunit une assemblée extraordinaire en 1682, qui publiera la « déclaration des Quatre articles », laquelle définit les droits de l’Eglise gallicane face au Saint-Siège.

Le pape la déclare nulle et refuse de ratifier la nomination d’évêques (35 en tout). Pour amadouer le pape, autant que pour préserver l’unité religieuse du pays, Louis XIV décide alors de révoquer en 1685 l’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, par lequel le roi de France reconnaissait la liberté de culte aux protestants. Hélas pour le Roi soleil, Innocent XI trouve ses méthodes trop brutales vis-à-vis des protestants, et excommunie le roi et ses ministres, ce qui provoque la fureur de Louis XIV, qui ordonne aux troupes françaises d’investir les propriétés du pape en Avignon. Il fallut l’intervention de Fénelon (à l’époque directeur de la maison « les Nouvelles catholiques » chargé de recueillir les jeunes filles qui venaient d’abjurer le protestantisme) et de Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre protestant qui vient de chasser du trône Jacques II, pour éviter le schisme.

Louis XIV et Innocent XI vont poursuivre leur affrontement dans « l’affaire des franchises » (droit d’asile) en 1687, la police pontificale ayant poursuivi des malfaiteurs dans l’enceinte même de l’ambassade de France. Innocent XI ne règlera pas ces différents, car il mourra en 1689, et pas davantage son successeur Alexandre VIII qui ne règnera qu’un peu plus d’un an (1689-1691). Ce sera donc à Innocent XII (1691-1700), grand réformateur de l’administration des Etats pontificaux, à faire la paix avec Louis XIV. Ce dernier, en proie aux difficultés de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), finira même par accorder à Clément XI (1700-1721) d’importantes concessions concernant le gallicanisme. En contrepartie, Clément XI donnera son aval à la succession française (Philippe V) en Espagne, en 1700.

Un siècle plus tard, Napoléon lui-même n’aura jamais de très bonnes relations avec le pape Pie VII, qui a toujours opposé une vive résistance à l’empereur des Français. Certes du temps du Consulat (1801) Napoléon Bonaparte s’était crû obligé de signer un concordat avec le Pape Pie VII,  le but étant bien évidemment de mettre l’Eglise Catholique, très influente,  à son service. Ce concordat va rester en application quasiment jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Bonaparte tirera un grand bénéfice de cette signature, car cela va lui apporter le soutien des catholiques et même de certains monarchistes, alors qu’il était issu de la Révolution. Toutefois, sans entrer dans les détails de l’histoire, il est permis de dire que c’est probablement  le Pape Pie VII qui fut le plus grand adversaire de Napoléon, et qui sans doute participa le plus à sa chute. Cela nous fait penser au combat, il n’y a pas d’autre mot,  livré par Jean-Paul II aux régimes communistes avec le résultat que l’on sait.

Ensuite, les relations de la France avec le Vatican s’améliorèrent,  et furent même très proches au moment du Second Empire. Certes, la France aida l’Italie à recouvrer son indépendance (1859), mais en se gardant bien de toucher aux Etats pontificaux,  qui vont être protégés des assauts des nationalistes italiens (1867). En revanche,  le Pape Pie IX formulera des exigences trop fortes politiquement pour Napoléon III, notamment en demandant de rendre obligatoire le mariage religieux.

Malgré tout l’ultramontanisme de l’Impératrice Eugénie fera de nouveau  de la France « la fille aînée de l’Eglise », ce qu’elle était déjà à l’époque de Pépin le Bref (roi des Francs de 751 à 768), fils de Charles Martel et père de Charlemagne. Pépin le Bref en effet, avait accordé son soutien au pape Etienne II, menacé par les  Lombards du roi Astulf. Etienne II avait traversé pour l’occasion les Alpes, et était présent le jour de l’Epiphanie, prétexte pour sacrer de nouveau Pépin dans la basilique Saint-Denis. En outre il avait interdit aussi, sous peine d’excommunication, aux seigneurs francs de se donner des rois d’une autre lignée. En remerciement Pépin donna au pape les terres lombardes, prémices de l’Etat temporel du Vatican jusqu’en 1870.

Fermons la parenthèse pour noter que les rapports seront plus difficiles avec l’avènement définitif de la République, dont les principaux dirigeants étaient peu disposés vis-à-vis de l’Eglise Catholique. Il est vrai que cette dernière s’y entendait pour semer d’embûches l’affermissement de la jeune République. Par exemple en 1890, quand le Pape Léon XIII,  pourtant chef de l’Eglise catholique, invite l’épiscopat à s’accommoder du régime républicain, il se heurte aux évêques royalistes nommés par Pie IX. Trente ans plus tard, Pie XI rencontrera les mêmes difficultés avec les évêques nommés par Pie X. En plus l’Action Française, mouvement politique royaliste et nationaliste, a une influence considérable sur le clergé.

Enfin, le rôle de l’Eglise fut loin d’être glorieux au moment de l’affaire Dreyfus (1895-1906), nombre de religieux se rangeant dans le chœur antisémite, ce qui contribua d’une certaine façon à accélérer le vote de la loi qui sépare l’Eglise et l’Etat (1905). Cette loi, pour aussi douloureuse qu’elle apparaisse aux catholiques pratiquants, nombreux à l’époque, a été quand même considérée par certains  comme une véritable aubaine pour l’Institution, l’Eglise de France ayant l’occasion de revenir aux sources dans la pauvreté. Cela étant, cela ne lui permettra pas de renouer avec certaines catégories sociales dont elle aurait dû se sentir proche, notamment la classe ouvrière.

La doctrine marxiste était passée par là avec son slogan : « la religion est l’opium du peuple », à laquelle la hiérarchie catholique, par ses comportements avait donné force. De fait, les gens les plus proches de l’Eglise de France se retrouvent dans la bourgeoisie, petite et grande,  et les campagnes. L’expérience des prêtres ouvriers dans les années 1960 ou 1970 ayant été un fiasco, l’influence de l’Eglise dans les milieux ouvriers défavorisés s’est semble-t-il définitivement éloignée d’un monde qui, a priori, aurait dû être le sien.  Il est vrai que le cadre traditionnel d’un catholicisme conventionnel et encore un peu bourgeois,  semble mal adapté auprès d’une misère qui ne semble guérissable que par une refonte totale des rapports sociaux. Hélas, ce n’est pas pour demain !

esca

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