Pyrrhus et les Romains

Après la guerre contre la coalition formée par les Etrusques, les Lucaniens, les Ombriens, mais aussi les Samnites et les Sabins qui furent contraints de se rendre en 290 avant J.C., les Romains avaient jeté leur dévolu sur l’Adriatique, parce qu’ils avaient besoin d’un plus grand espace vital pour sécuriser leurs territoires. Ainsi ils conquirent Naples pour protéger Capoue et, pour conforter le nouvel ensemble, ils conquirent le Bénévent, jusqu’au moment où ils arrivèrent à Tarente qui était une sorte de point final, parce qu’au-delà il n’y avait plus que la mer. Tarente était devenue une grande métropole industrielle, commerciale, et même artistique sous la direction éclairée d’un philosophe ingénieur, Archytas (430-360 av. J.C.), lequel fut sans doute un des plus grands dirigeants de l’Antiquité.

Tarente avait aussi la réputation d’une ville tranquille qui, en 303 avant J.C., avait obtenu des Romains qu’ils la laissent en paix côté mer, parce que personne  n’imaginait  que les Romains puissent arriver jusque là par voie terrestre, ce en quoi on se trompait lourdement. En effet, les Tarentins allaient s’en rendre compte après avoir fourni aux Romains le prétexte d’une guerre que ces derniers attendaient, et qui sera la première marque d’intérêt donnée par Rome aux problèmes du commerce maritime. Tout est parti d’une demande de protection des habitants de Thurium menacés par les Lucaniens. Rome bien évidemment accéda à leur requête,  et envoya une garnison pour défendre Thurium, mais décida  que ses navires dépasseraient  le cap des Colonnes, ce qui contrevenait à l’accord passé auparavant. Du coup les Tarentins, prirent prétexte de cette provocation pour attaquer et couler quatre vaisseaux romains, ce qui de facto obligeaient les Romains à répliquer et à entrer en guerre.

Problème, les Tarentins ne pouvaient absolument pas rivaliser avec l’armada romaine, ce qui les obligea à chercher de l’aide à l’extérieur, aide impossible à trouver en Italie, totalement soumise à Rome. Il fallait donc chercher ailleurs, et ce fut Pyrrhus, le roi d’Epire qui la leur fournit. L’Epire n’était qu’un petit royaume montagnard (aujourd’hui partagée entre la Grèce et l’Albanie), mais son roi et ses soldats étaient de redoutables guerriers (25.000 hommes  dont 3.000 cavaliers), comme les Romains allaient s’en rendre compte dès la première bataille qu’ils durent livrer à Héraclée (280 av.J.C.), et ils disposaient d’une arme inconnue des Romains, les éléphants, lesquels bien qu’étant en très petit nombre (20) furent décisifs . En effet, en voyant ces animaux foncer sur eux, les soldats romains furent tellement terrifiés qu’ils  perdirent la bataille, non sans avoir infligé à leurs ennemis de terribles pertes, d’où l’expression de « victoire à la Pyrrhus ».

La bataille reprit l’année suivante (279 av.J.C.) à Asculum en Apulie, et là encore fut la bataille fut sanglante avec des pertes énormes des deux côtés, au point que  Pyrrhus envoya son secrétaire à Rome (Cinéas) pour négocier la paix, négociations facilitées par le fait que nombre de Romains étaient capables de discuter (en grec) sans interprète. Cependant, si le Sénat se montrait plutôt bienveillant à cette idée, c’était sans compter sur l’ancien censeur  Appius Claudius l’Aveugle, lequel estima qu’il était indigne de traiter avec un étranger dont l’armée bivouaquait encore en Italie. Ce fait n’est pas avéré, mais il n’en reste pas moins que le Sénat refusa la proposition, ce qui eut pour effet de mettre quand même fin à la guerre avec les Romains. Cela dit Pyrrhus ne rentra pas pour autant en Epire, car les Syracusains lui avaient demandé son aide pour être délivrés des Carthaginois. Il fila donc jusqu’en Sicile, mais les choses ne se passèrent pas comme il aurait voulu, les cités grecques qu’il était venu défendre n’arrivant pas à se mettre d’accord pour lui fournir les contingents promis.

Du coup Pyrrhus repartit de nouveau vers Tarente pour prêter main forte à ses anciens alliés que les légions romaines venaient d’attaquer, mais contrairement à ce qui s’était passé auparavant, les soldats romains ne se laissèrent pas impressionner par les éléphants, et Pyrrhus fut battu à Malévent que les Romains appelèrent désormais Bénévent (275 av. J.C.). Cette fois Pyrrhus comprit qu’il avait vu trop grand en s’attaquant à Rome, et il rentra chez lui, non pas pour se reposer, mais pour préparer une nouvelle expédition en Grèce, où il mourut accidentellement (jet de tuile lancé par une femme) à l’âge de 46 ans (272 av. J.C.). Ce parent éloigné d’Alexandre le Grand, qui avait donc du sang macédonien dans les veines, grand admirateur des exploits d’Achille dans l’Iliade, avait régné 23 ans de 295 à 272 avant notre ère.

esca

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2 commentaires on “Pyrrhus et les Romains”

  1. coco dit :

    Bien votre article. Je sais enfin pourquoi on parle de victoire à la Pyrrhus


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