L’enseignement en France au milieu du 19è siècle

Les problèmes de l’enseignement sont récurrents dans notre pays, plus peut-être que partout ailleurs, car nous sommes à la fois le pays des Lumières et celui où l’enseignement laïque et obligatoire a sans doute le plus contribué à notre rayonnement intellectuel dans le monde. Revenons un peu plus de 150 ans en arrière, et nous verrons que les questions posées dans les années 1850 ressemblaient beaucoup à celles que nous nous posons aujourd’hui. Remontons donc le temps vers le milieu du dix-neuvième siècle, très exactement en 1849, quand se réunit une commission qui doit préparer un nouveau statut de l’enseignement et qui aboutira à la loi Falloux de 1850. Il faut d’abord se rappeler que la loi de 1833, établie par Guizot, donnait à l’instituteur une relative indépendance, mais celle-ci a davantage été un vœu pieux qu’une réalité, sous l’influence de l’Eglise qui protégeait les privilèges qui lui restaient. Malgré tout 15 ans plus tard (en février 1848) Hippolyte Carnot,  descendant du grand Lazare Carnot qui sauva la République en 1793-1794, s’installe rue de Grenelle au ministère de l’Instruction Publique, ancêtre du Ministère de l’Education Nationale.  Même si personne ne lui reconnaît un grand sens politique, il sait prendre quelques initiatives intéressantes.

Ainsi pour démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat, idée à souligner à l’époque, il crée une Ecole d’Administration qui va vite tomber aux oubliettes mais qui, un siècle plus tard, renaîtra et deviendra l’Ecole Nationale d’Administration (l’ENA). Les instituteurs de leur côté prennent de l’importance. Ainsi en 1848, lors des élections à l’Assemblée Constituante, Carnot invite les instituteurs à élargir leur rôle en conseillant aux nouveaux citoyens d’élire des gens honnêtes et plein de bon sens, hors de toute considération de fortune ou d’éducation. Certes la Chambre des députés ne doit pas nécessairement être envahie par des rigoleurs invétérés, mais pour siéger au Palais-Bourbon et accomplir le travail législatif il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel, ce qui signifie qu’un employé ou un ouvrier peut parfaitement faire l’affaire.

Sur ce plan  aussi la circulaire de Carnot restera lettre morte, nombre d’électeurs trouvant cette idée saugrenue, les instituteurs eux-mêmes n’étant pas nécessairement convaincus du bien-fondé des suggestions du ministre. Cela étant, 150 ans après, le Parlement est largement ouvert à des hommes ou des femmes qui ne sont pas nécessairement énarques ou diplômés de grandes écoles. Dans le même ordre d’idées, on notera que l’actuel président de la République lui-même n’est ni l’un, ni l’autre. Cependant, même si le temps donnera raison à Carnot, il fut obligé de démissionner le 5 juillet 1848, pour être remplacé par un personnage cultivé, pieux, fils de riches commerçants anoblis en 1825, dénommé Frédéric de Falloux, promoteur de la loi de 1850 établissant le principe de la liberté de l’enseignement.

Cette loi, dont on parle encore à intervalles réguliers, a mis en place le statut de l’enseignement primaire. Les instituteurs, au nombre de 36000 en 1849, étaient des personnages très décriés à l’époque, considérés par Thiers comme « des petits rhéteurs et des anticurés ».  Désormais ils vont être placés sous la coupe du Préfet, le recteur lui-même étant installé au chef-lieu du département. La 3è République perpétuera la situation. Plus tard on optera pour une organisation plus rationnelle, où le rectorat sera centré autour d’une ville dotée d’une faculté. Toutefois, il y a un fait acquis depuis la loi Falloux, à savoir des écoles primaires publiques et privées.

Les conseils municipaux étaient libres de choisir pour l’école privée des religieux ou des laïcs. Les religieux étaient évidemment choisis dans les villes ou les gros villages industriels, car ils étaient considérés par le patronat comme les meilleurs remparts contre le socialisme. De plus, les ouvriers et les paysans étaient plus préoccupés de voir les enfants travailler le plus rapidement possible plutôt que de poursuivre des études, car ils apportaient un surcroît de main d’œuvre ou de  ressources pour des familles qui en manquaient cruellement. Par ailleurs, les divers types d’enseignement tels que nous les connaissons de nos jours n’existaient pas.

Il y avait la culture gréco-latine pour ceux qui faisaient des études et c’est tout. Même Duruy, ministre de l’Instruction Publique entre 1863 et 1869, pourtant très lié personnellement à l’empereur Napoléon III, ne réussira pas à développer l’enseignement scientifique, ce qui nous rappelle qu’à notre époque nombreux sont ceux qui regrettent qu’on n’investisse pas davantage dans notre pays sur la recherche scientifique à l’Université. Bien mieux, les socialistes ou assimilés des années 1860, tel  Auguste Blanqui, redoutaient l’école professionnelle « qui risque de faire un homme techniquement compétent, mais civiquement servile ».

D’autres comme Frédéric Bastiat  s’en prendront au baccalauréat, disant  aux bourgeois de l’époque à propos de ce diplôme : « Il conduit le pays à la ruine. Il fait des tribuns, des Caïus Gracchus, des esprits critiques ou lyriques, mais non des producteurs. Il fabrique trop de légistes, trop d’avocats qui ne peuvent vraiment fleurir que sur le terreau des sociétés décomposées ». Il ajoutait également : « Que la bourgeoisie ouvre la soupape de l’école professionnelle ; son intérêt et l’intérêt du pays tout entier lui commandent ce geste »! Les bourgeois resteront sourds à l’appel.

esca

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