Aristide Briand : le pélerin de la paix

Le grand serviteur de la république que fut Aristide Briand est né à Nantes, en 1862, dans une famille de cafetiers, et après de brillantes études il devint avocat, mais aussi journaliste à La Lanterne (journal anti-clérical), puis fut élu député socialiste en 1902, ce qui marqua le commencement d’une carrière politique très brillante, puisqu’il fut onze fois président du Conseil et vingt-cinq fois ministre.

Servi par un extraordinaire don d’orateur, mais aussi par de remarquables qualités de négociateur, il fut à de nombreuses reprises l’homme chargé de rapporter ou de négocier des accords importants, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Ainsi, c’est lui qui a fait adopter la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), sans que cela ne provoquât trop de tensions avec le clergé français, ce qui était en soi une performance. Il eut aussi un rôle de premier plan pendant la Première Guerre mondiale, en tant que président de Conseil et ministre des affaires Etrangères entre 1915 et 1917. A ce titre, il fut l’instigateur de l’expédition de Salonique et des Balkans (janvier 1915- septembre 1918). Plus tard, il participe à la signature du Traité de Versailles (28 juin 1919), dont il veut une application stricte en termes de réparations à payer par l’Allemagne.

Très vite, cependant, Briand se rend compte que des aménagements de la dette allemande sont nécessaires, afin d’éviter d’étouffer la république de Weimar, en contrepartie d’une garantie des frontières françaises. Briand avait compris qu’il ne sert à rien d’humilier encore plus un pays vaincu, sous peine de voir ce dernier ne penser qu’à la revanche, comme l’avait fait cinquante ans plus tôt Bismarck vis-à-vis de la France après la première guerre franco-allemande, le chancelier exigeant une rançon énorme (5 milliards de franc-or) et surtout l’annexion de l’Alsace-Moselle (1871). Cela dit, tout le monde était loin d’être d’accord avec Briand sur cette attitude réaliste, et notamment le président de République Millerand. Désavoué, Briand démissionnera (on avait du panache à cette époque !), mais après la démission de Millerand en 1925, le pèlerin de la paix qu’était devenu A. Briand allait de nouveau être ministre des Affaires étrangères, et obtenir le rapprochement avec l’Allemagne en signant le Traité de Locarno, qui garantissait les frontières de la France et de la Belgique avec l’Allemagne, et qui établissait un pacte d’assistance mutuelle. Cela vaudra à Briand d’obtenir en 1926 un prix Nobel de la paix bien mérité.

Cette même année l’Allemagne est admise à la Société des Nations (créée en 1924), ancêtre de l’ONU. Ensuite Briand signera le pacte Briand-Kellog (secrétaire d’Etat américain en 1928) qui devait mettre « la guerre hors-la-loi ». Fort de tous ces succès Briand, en véritable visionnaire, suggère la création d’une fédération européenne, aux prérogatives essentiellement économiques, approuvée par 27 pays européens. Hélas pour Briand, pour la France, et l’Europe, cette idée est rapidement enterrée, d’autant qu’en 1929 éclatait la crise économique du siècle, et avec elle la montée des dictatures nationalistes (Italie, Pologne, Portugal, Yougoslavie). Heureusement pour lui, Briand ne verra pas l’avènement en Allemagne du gouvernement national-socialiste d’Hitler en 1933, ni la prise du pouvoir de Franco en Espagne en 1939, après trois ans de guerre civile, puisqu’il mourra à Paris le 7 mars 1932, terme d’une vie extrêmement bien remplie.

esca

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